Le Messager (Lewiston, Me.)
June 3, 1925
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LA VIE AMUSANTE Le bout de (Il OA est maniaque ou on 'ne l’est pas. Je as suis pas maniaque. Mme Colette, femme de lettres d'une fine psychologie, a subitement deviné le maniaque. C'est uo monsieur, a-t-elle écrit quelque part, qui se relève la nuit pour aller dans son cabinet de toi lette s'assurer que ses serviettes, à cheval sur le séchoir, alignent, bien leurs franges à la même hauteur.” Iai pauvre monsieur! Moi, je me relève bien la nuit, mais c’est pour iHler m’assurer que mes serviettes de toilett-e sont dis posées de façon a avoir un pan pln3 long que l'autre. Je ne suis donc pas maniaque pour un sou1, puisque je fais le con traire de ce que fait le monsieur de Mme Colette. Je ne suis pas maniaquqo, mais U y a diverses choses dont j'ai une sainte horreur. Par exemple, dans la rue, je ne poserais pas. pour un empire, mes pieds sur les raies qui séparent les dalles des trottoirs—et. je ne des cends jamais du pied droit sur la chaussée, si cela m’arrive, par inad vertance, je remonte et jo descends du pied gauche. Ce n'est pas de la manie: ce sont des habitudes auxquelles je tiens, voilà tout. Il y a surtout une chose que je ne puis voir sans souffrir; c'est uu bout de fil sur un vêtement. (Un bout de fil d’une autre cou seur que le vêtement, bien entendu. S’il était de la même couleur, je ne le verrais pas et je ne serais pas malheureux.) Si le bout de fil est sur moi. je l'enTève, j'en fais une petite boule en le roulant entre le pouce et l’in deux et bing! d'une pichenette, je l’envoie dans l'inconnu. S’il est sur une autre personne, j’éprouve un véritable supplice. Je tâche d'abord do deviner sur le visait» de cette personne si elle a boit caractère. Si mon jugment est «favorable, je l’aborde et je lui dis; Un Mauvais Goût le Matin est l’avertissement de la nature que vos intestins sont obstrués. Vous êtes lourd et sans énergie. Votre ambition est disparue, Dr.Trues Elixir aide la nature en purgeant tout en vous soulageant de ce qui sur charge votre système digestif. Il agit doucement, sûrement et sans danger parce que le Dr. True’s Elixir est fait des meilleures her bes importées et d’une pure qua lité. A. été employé avec d’ex cellents résultats, par les enfants et les adultes, depuis plus de soi xante-quinze ans. C’est Le Vrai Laxatif des Familles Achetez.le en grosse bouteille pour familles, prix $1.20. Autres grandeurs 60c et 40c. BON APPETIT! devrait- signifier bonne digestion, nerfs tranquilles, bonne humeur, énergie et force. Mais si l'on a aus si faim qu’un ours, et manquer de bonne digestion, souffrir do malaise après le repas, avoir do l’acidité de l’estomac, des éructations, de l'é tourdissement, tout cela est mau vais et cette condition doit être sou lagée de suite, “L. F.” ATWOOD’S Mediclne, à petites doses, soulage rapidement ces mauvais symptômes, et aide la nature à fonctionner nor malement. Elle agit comme un laxa tif doux, et prise à petites doses avant les relias, elle amène un bon appétit, aidé la digestien et entre tient la liberté des intestins. Stic, chez tous les marchands. 1 cent la dose L. F. Mcdicine Co., Fortland, Me. —Madame (ou monsieur), je crois devoir vous prévenir que vous avez sur votre manche (au votre épaule, ou dans le dos, ou etc.,) un bout de lil du plus disgracieux ef fet. Généralement, la personne enîô ve le bout de fil et me gratifie d'un sourire reconnaissant. Un jour, cependant, une dame m'a répondu: —Moi, J’ai un bout de fil? Ben, vous, vous avez une drôle de bobi ne. Cela so passait en autobus. Je suis descendu. L'autre jour il m’est arrivé c^Ci: Je déjeunais au restaurant. A côté de moi, sur ia même ban quette, un monsieur, modestement vêtu de gris, avait sur sa manche un bout de ill blanc. —Vais-je prévenir ce monsieur? me demandais-je.. iNon. Il a l’air préoccupé; il me rembarrerait. il faut pourtant que co bout de fil disparaisse sans quoi je lie pourrai pas déjeuner. Je décidai donc d'enlever moi même le bout do fil. Isj 'monsieur était un peu trop Icin. Insensiblement, je me rappro chai du monsieur. puis j'atten dis qu'il détournât la têt» et alors, d'un geste preste et précis, j'enle vai le bout de fil. J’en fis comme lï mon habitude, une petite boule et bing! Heureux, je soupirai et attaquai ma sole frite,. Un moment après, je regardai la manche de mon voisin... .Stupeur! 1æ bout de fil était rovénu! Cependant, !a petite boule, et bing!.... Je renouvelai la manoeuvre. Le second bout de fil enlevé, je surveillai mon voisin. A ma stupéfaction_ grandissante, je le vis tirer de sa poche un troi sième bout de fil et le poser sur sa manche. —Un maniaque! m'apltoyai-je.. Quel malheur! je ne vais pas pou voir continuer à manger. A ce moment, un nouvel arrivant d’allure anglo-saxonne et âgé, pé nétra dans ie restaurant. Il était en costume do voyage et portait une sacoche en bandoulière. Il dévisagea tout le monde puis, apercevant mon voisin, vint s'as seoir en face de lui et lui dit, avec un fort accent américain: —WeU. C'est vous, je croa. Je vous reconnais au petit fil. Je suis moa, oncle.Good day. De la conversation qui s’ensuivit, j’apr.ris que l’oncle a’Amérique, ef froyablement riche venait, retrouver son neveu, qu’il n’avait jamais vu. Pour le reconnaître au restaurant où il lui avait donné rendez-vous, il lui avait écrit, do mettre un lü blanc sur sa manche. 121 j’avais failli faire manquer U rencontre.. .et pont-être compromis un tas de choses où 11 était question de dollars. Bouleversé, Je partis sans terminer mon repas. Depuis ce jour je ne touche plus aux bouts de fil que je vols su.r les gens. Bien mieux: je leur en mets. Whlp 10: CHEZ NOS GENS LI8BOX, ME. —I.es Bévdes Soeurs Mnrie-Ra phaél et Marie St-Antolne de Pa doue, du couvent des Dominicaines, de Québec, sont en visite chez leurs parents. M. et Mme Louis Bérubé, de la rue Spring où elles ont été ap pelées au chevet de leur mère, gra vement lirai a de. Les religieuses étalent 'Mlles Lutnina et Arnélia Bé rnbê et comptent un grand nombre d’amis qui sont heureux' de les re voir. Elles retourneront cotte se maine fi leur couvent et les bons souhaits de tous les accompagneront. LISHOX, ME. —La Première Communion des enfants de la paroisse Ste-Anne, a eu lieu hier, dimanche. —M. et Mme Louis Drouin et leur petite famille de Dover, N. H., sont venus passer la Fête chez M. et Mme Walter Blanchette, de la rue Spring. F.. E. Bérubé, Dr. OHIBOPBAOTEUR Heures de bureau: 9 il 12—2 16—7 à 8 Tût., 2430 Rés., 2016-J PAS D’orriCE T,B MERCREDI SOIR 171 rue Lisbon, Lewiston. Drouin B Boucher PLOMBIERS 188 RUE PARKl LKWISTOH. ML —Tél. 3136-W— Ouvrage de première d*M«. Prix raisonnable*. Donncr-noua un essai. ATTENTION SPÉCIALE Verea nous voir pour vos réparations, nettoyage et, pr»->sage de vos. HABITA. C’est Iri pl.ioe par exrelleneo. No» prix sont raiaonriahlea. N 'attendez î»as trop tard. GAUTHIER TALBOT TAILLEURS G rue Spruce, Lewiston, Me. —Téléphone 2904— Provost Prnvencher BOU. CHARBON DUR RT MOU, COKE. CIMENT ET O Al UE Charroyage, gros et léger 25 rus Middle, Lewiston, Me. TéL, 8860 St 8881 A. A. COSB, M. 0. r UX. OREILLES, NEZ, OOBOR Ajustement de Lnnottee HOPITAL P RI VS ,243 rue Main, Anbnrn. On parle français sa Geo. 0. 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Il n’en voulait pas person nellement à cette entêtée irréducti ble: mais il sentait en elle un dan ger pour Bénédicte. 11 poursuivit son interrogatoire: —Cependant, encore une fois, vous avez reçu de moi des gages? monsieur? mais vous ne me deviez rien. —A titre de gratification, alors, —Fort bien! Désormais, veuillez vous abstenir de venir à l'office et de prendre part au service qui con cerne miss Bénédicte ou moi. —Je dois être nourrie au château, selon les ordres de madame la douairière et y rester à demeure, in sista l’opiniâtre servante. Sir Thompson se fâcha: —Ecoutez, dame Piaulette, -n’usez pas de subterfuge. Je vous préviens que s'il arrive quoi que ce soit à miss Bénédicte, ou à moi... quoi que ce soit, vous entendez, vous se rez accusée et inculpée autant que votre maître Préfailles qui vous fait agir, et non pas madame sa grand mère, qui ignore encore, â l’heure qu'il est, ce qui se passe ici. —Qui m'accusera, monsieur? —Moi! Ea cela suffira. —Je ne fais et n’ai jamais fait que ce qui m’est ordonné par mes maîtres. Je ne tiens plus à rien. j’ai quatre-vingt-cinq ans! —Fort bien! Mais il y a aussi de vieilles vipères très âgées, â qui on coupe la tête quand elles sifflent sur votre chemin. Je ne veux plus de votre présence dans ce château tant que J‘y serai. —J’ai donc le regret de vous dire, monsieur, que je ne partirai que contrainte et forcée. —Qh! vieille damnée! grommela Thompson en anglais, vieille rébar bative! Je vous contraindrai donc! Allez-vous-en!.. ou je vous fais porter dehors!... Retournez à vo tre maison de la forêt... croyez moi, madame la Piaulette!... Sir Edouard se croisa les bras et, à son tour regarda fixement l’octo génaire, qui, sous l’Jnsistanee et la force impérative de ce regard, bat tit des paupières, se détourna et ga gna la porte, sans plus rien répli quer. —Ah! enfin! fit sir Edouard en faisant demi-tour sur ses talons. Quelle vieille ronce tenacd! Je cro lyais qu’il n’y en avait do-cette sorte ique chez nous! I "SiStei XLVIn La réponse rte madame de Pré failles, douairière, ne tarda pas fi arriver. Avec cet égoïsme éloquent des vieillards qui implorent sans cesse pour leur quiétudi en invo quant leur fin prochaine elle sup pliait, d'une écriture toute tremblée, “sa chère fiile” de l’épargner, d’at tendre sa mort avant do revendiquer scs droits et faire ses révélations. “Je m’affaiblis de jour en jour... Toutes ces émotions m’achèvent... et si tu tardes à revenir, ce n’ost pas toi qui nie fermeras les veux.’’ —-Il faut que je parte! déclara Bénédicte, extrêmement troublée après la lecture de cette lettre. Sir Thompson, formula cette ques tion: —Croyez-vous que Préfailles n’est pour rien dans l’insistance larmoyan te de cette vieille dame? —Je ne sais, répondit Bénédicte pensive. —Alors? —Alors, je partirai et je revien drai. mais plus ici! —Fort bien! Je partirai avec vous. —Oh! pourquoi? —Parce que les chemins de fer de la côte d’Azur ne sont pas sûrs pour vous!.. La demoiselle de compagnie si* sauta, puis sourit et dit: —Vous craignez qu’on ne me sup prime? —Cela pourrait être, en effet! 11 y a tant de moyens de supprimer!... —Ce serait bien grave, vrai ment! El puis, vous êtes mon té moin. monsieur Thompson... vous savez trop de choses! —Vous pensez que c’est cela seul qui arrêterait votre ennemi? —Cela... et beaucoup d’autres considérations! Préfailles est uux abois et no veut pas perdre le seul prestige qui lui reste: son nom!... Cela se comprend dans sa situa tion. Il a tenté, après des prières et dos menaces vaines, rte supprimer des preuves qui le gênaiqnt. mais de lû, ii me supprimer moi-même... quand vous êtes prévenu do ses ten tatives et de ses intentions! Non, monsieur Thompson!... ce serait trop risquer!... •—Je remarque, madame, répondit froidement le gentleman, qu’au lieu d’être rassurée par le noble carac tère de M. Préfailles, vous basez vo tre sécurité sur le danger qu’il cour rait lui-même, en agissant contre vous?. Bénédicte croisa ses mains sur ses genoux et, pensive, regarda la fiant nif> do la cheminée. Thompson con tinua: —Cotte riaulette si âgée et en core si active et si volontaire, est une personne capable do tout, en vérité? Bénédicte rép:'ta dans la mémo attitude pensive: —Capable do tout, contre moi... oui... je le crains! —Vous craignez?... Alors, il ne faut plus rester ici, ni une semaine, ni un jour de plus! Le soleil de Can nes vous sera certainement plus salutaire que celui de cette forêt... où il n’y a plus que de l'ombre!... Et, je ne serai pas fâché moi-même, de revoir la Méditerranée... et d’informer vos ennemis de ma pré sence auprès de vous. —Mais, objecta Bénédicte, vos projets?... "L'affaire?" l.a recher che qui vous occupe et qui vous a amené ici? Mademoiselle Elhel?... Vos amis?... —C'est vrai!. J’ai un peu ou blié tout cela! avoua Thompson. Et devant les faits récents, cette pré occupation est passée au second plan. Mais je ferai comme vous, le cas échéant... je reviendrai. Le château est loué pour un au.'... XL Vit Le lendemain do cette conversa tion, Thompson recevait un télé gramme de Frédérique: “Venez de suite, cher ami. Coni muuicatlon urgente à vous faire. Amitiés, Frédérique.” Son télégramme aux doigts, sir Thompson alla frapper à l’apparte ment de Bénédicte. —Voilà qui va hâter nos prépa ratifs, dit-il. Vous devriez partir avec moi, miss Bénédicte? Pouvez vous être prête? Cette communica tion est sans doute relative â l’af faire Vlverolles?... —Vous me précéderez, monsieur Thompson, conseilla Bénédicte. Vous serez â Paris à midi. De mon côté, je ferai ma malle et quitterai Glagny à quatre heures, afin de prendre le rapide du soir... —Ail riglit! approuva sir Thomp son. Je vous retrouverai donc, à la gare, ce soir?... Je tiens absolu ment à 11e vous laisser qu’à la grille de la villa de la vieille dame... Bénédicte sourit dè la sollicitude persistante de l'Anglais, et sans pro tester davantage, accepta son offre amicale. Leur départ et leur rendez-vous ainsi convenus, ils se séparèrent en camarades. A midi précis, sir Thompson se faisait annoncer chez la comédienne. Fréd ’rique accueillit d’une excla mation à la fois surprise et joyeuse, son excentrique ami. —Je ne vous attendais pas sitôt, dit-elle, et, naturellement, 11 n’y a rien pour déjeuner!. Elle sonna: —Céline, mettez un second cou vert et arrangez-vous pour que nous ne mouriqns pas de faim!... Je ne répète pas aujourd'hui, par extraor dinaire, mon cher. alors, nous pouvons jaboter tout do suite. car j’en ai des choses à vous appren dre! "Je vous ai envoyé un télégram me, parce que je n'aurais jamais eu la patience ni le temps de vous écri re tout ca!... .Ah! mon pauvre ami! Quelle histoire! Quel dénoue ment?... "Nous sommes floués!... Vous pouvez tout lâcher... le château et l’enquête!... En un mot: Vlve rolles est parti, a lilé avec une cer taine Annie Bormeuil, sa maîtres se... —Comment, parti? Où cela? —Aux Indes! En Chine! En Océa nie! On ne sait pas! Il a lilé, comprenez-vous? Il lâche tout!... 11 se dérobe enfin... et nous plante là!. A’ous, moi, ses amis, l’ins truction et l’enquête!... Voilà!... Vous êtes baba?.. Nous ne savions pas la moitié detr choses, et nous nous sommes embarqués comme des gourdes!... Quand je pense que vous aviez la gigantesque naïveté de chercher "le double"!. C’est lui, c’est lui, l’assassin enfin! Ah! il peut se flatter qu’il m'a roulée, celui-là!... En voilà un cabot! n est plus fort que nous tous, allez! Quand je peijse que là, à Cptte place, je m'attendrissais... et* lui’, faisais des phrases!. Sir Edouard avait peine ù suivre ce flot de paroles. Il voulut l’inter rompre, mais l’actrice continuait! —Il y a une femme dans tout ce la!.. Je l’avais toujours pensé... C’est Hervé'qui avait raisou avec sa psychologie du crime! Il y a tou jours une femme dans les histoires embrouillées!. —Pardon, ma chère miss Ethel, glissa enfin sir Edouard, revenu de sa surprise, mais de qui tenez-vous ces nouvelles? fist-çe d’Hervé? —De qui?... Ah! voilà le plus drôle! De quelqu’un que nous connaissons et qui ne s’en doute cer tainement pas!.,, Dua vrai héros (le roman!... De l’ami do Jean de Viverolles. de son meilleur ami!... Un monsieur extrêmement chic et qui a de la branche, vraiment!... Je vous dis que vous le connaissez de nom. Vous ne devinez pas? Votre propriétaire!... Le comte de Préfailles!... A ce nom, sir Thompson se dressa, comme si une pile électrique l'eût projeté hors de son fauteuil. —Vous dites?, s’exclama-t-il, en devenant cramoisi. -—Ah! ça, Thompson, vous êtes malade? Qu'avez-vous à sauter com me ça?. Oui. le comte de Pré failles. c’est quelqu’un, je vous assure! 11 est donc venu hier. 11 est resté là, deux heures... Il sa vait par Jean do Viverolles que je vous connaissais, que vous vous in téressiez avec moi à cette affaire, et il est venu courtoisement me préve nir de mettre fin à nos recherches officieuses. C’est bâclé, bouclé, ré glé! La fugue... c’est l’aveu!..: Il y a l’extruditlon! Mais la terre est grande! Eh bien? qu’en dites vous? En voilà une douche!... Voy ons, voyons... ne faites pas le cir-' que comme ça... arrêtez-vous!... Sir Thompson allait et venait en effet, ce qui était chez lui l'indice d’une grande agitation intérieure. De grosses gouttes perlaient à ses tempes ;et, d’un geste machiual, il se tamponnait le front de son mou choir, les yeux hors de la tête et les lèvres agitées. —Tout de même, Thompson, re prit la comédienne. Vous n’allez pas avoir une congestion pour ça?... Parlez donc! Ça vous soulagera! —Ex-tra-or-di-nal-re! articula en fin sir Thompson, en allant toujours à travers l’atelier. Préfailles est ve nu chez vous, hier, 'dans l’après midi? Et vous me -télégraphiez ce matin!... ___ —Oui... Après? ,—Je répète que ceci est tout à fait inquiétant et extraordinaire, madame! —De quoi parlez-vous? De la fuite de Viverolles ou de la visite de Pré failles? —C’est Préfailles qui seul m’oc cupe, en cette circonstance... et j’ai peur, en vérité, de deviner le motif de cette étonnante visite chez vous! —Pourquoi étonnante?... Elle est toute naturelle. Indiquée et po lie, il me semble? —Oui... Vous voyez cela ainsi! Et moi, Je le vois de tout autre fa çon C’est que je connais mieux que voua co Al. do Préfailles. "Il y a trois jours, j’ai causé avec lui deux fols dans la même soirée... •—Vous l'avez vu? Et il ne vous a pas parlé de Viverolles? —Oh! pas du tout!. Et à vous, miss Ethel, vous a-t-il raconté qu'il est venu deux fois voler le coffret? Que j'ai tiré sur son chapeau une halle de pistolet? —Vous avez tiré?... Qu’est-ce que c’est que cette histoire, Thomp son?. Ah ça! vous devenez fou?... —NO! NO! pas du tout! Mais le temps presse... il faut d'abord éclaircir ceci: cette fuite de Vive rolles est-elle bien réelle? Je vais aller tout de suite m'informer au parquet... —Déjeunez avant! —NO merci! Impossible! II n’y a pas une minute à. perdre!.. Thompson reprit son pardessus, son chapeau, qu'il avait laissés dans l’antichambre et revint sur le seuil de l'atelier où il dit, subitement cal mé: —Avez-vous jamais vu un hom me, miss Ethel, qui a une tempête sous son crâne?... Eh bien! regar dez-moi... je suis cet homme-là! —On ne le dirait plus! remarqua la comédienne, que les excentricités de l’Anglais amusaient toujours: elle le suivit dans l'antichambre. -—Ainsi, vous partez? Vous re viendrez me dire le résuliat de votre conversation avec Hervé? —Oui, sans doute, peut-être, ré pondit sir Edouard, en ouvrant la porte. —Comment, peut-être? Vous re viendrez dîner, je pense, si vous ne déjeunez pas?.. A six heures, vous savez?. je joue ce soir... —Oui. non. Je ne sais vrai ment pas si je pourrai. Je pars ce soir, avec miss Bénédicte, pour Can nes. —Hein?!! —Je l'accompagne. Pourquoi paraissez-vous scandalisée? —Comment?. Vous partez avec Mlle Bénédicte... de Préfailles... aussi celle-là!. Et vous ne voulez pas que ça me renverse? Vous flir tez avec elle, alors?. Eh bien! Et moi?... Que faites-vous de moi, Edouard? 1 Elle déclamait d'un ton de comi que emphase. en se croisant les bras; mais, Thompson, trop préoc cupé, ne sentit que le reproche et tenta de se disculper: il balbutia: —Chère miss Ethel, je revien drai dans peu de jours vous expli quer, vous raconter toutes les péri péties survenues... En ce moment, cela me ferait perdre trop de temps.,. Mai», je vous prie, ne me jugez pas avant de m’avoir revu. —Oh! le bon, le délicieux gar çon! Il prend tout au sérieux!... Alors, embrassez-moi, puisque vous partez. et faites mes amitiés à ma rivale!. —Rivale? —Mais certainement! Et je se rai ravie, et pour elle et pour vous que vous l’épousiez! Mlle Béné dicte est tout fi fait la femme qu'il vous faut, sir Edouard, et je la vois très bien en lady Thompson!.. Elle est distinguée, elle est bien élevée et elle est du monde! —Vous parlez sérieusement?.... Vraiment? —Mais bien sûr!. Quelle tête d'ahuri faites-vous là? Allons! au revoir! Par l’entre-bâillure de la porte, elle lui envoya gentiment un baiser du bout des doigts. XLVIII Sir Thompson entendit le rire en fusée de la comédienne et resta de bout sur le palier, ébahi, indécis, consterné. Ne venait-elle pas de le congé dier? Machinalement, il prit la rampe, arriva au bas des trois étages et se trouva dans la rue sans se rendre compte qu'il était descendu. Ce que venait do lui dire Frédé rique Ethel ajoutait une rafale à sa tempête! Décidément ,11 renonçait à com prendre l'âme française! Parce qu’il accompagnait une dame, la croyant en danger, la jeune femme à qui il avait offert son nom venait de lui donner son congé et de lui fermer la porte au nez, en se moquant de lui! —Oh! pensart-il, la femme est en général un être bien compliqué! La Française rend des points à. toutes les Européennes! Et l’actrice... C’est l’Enigme! C’est le Sphinx! Cependant, lorsqu’il fut dans la rue, il se souvint qu’un problème moins psychologique l’agitait un quart d’heure auparavant, et il se dirigea vers le bureau de poste de la rue Littré. Il y demanda la communication avec fourrières, jugeant que le jour naliste serait mieux qualifié que lui pour obtenir une réponse immédia te et précise du juge d’instruction. Courrières s’exécuta aussitôt: et, vingt minutes après, Thompson, rap pelé à la cabine, écoutait la répon se! 14 UlTül 4M s
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