La Petite Illustration (magazine) of February 14, 1914
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y: — ANNONCES : CRAN LA PETITE ILLUSTRATION 14 Févrrer 1914 MEUBLES FABRICANT | DÉCORATION Gd Prix Turin, 81, 83, Avenue Ledru-Rollin, PARIS. — Téléph. 928-81 GAND, 1913. Hors concours. Membre du Jury. -- Demander le Catalogue L. LA GEOGRAPHIE Bulletin de la Société de Géographie, publié tous les mois par le baron Hulot, secrétaire général de la. Société de Géographie, et M. Charles Rabot, membre de la Commission centrale de la Société de Géographie, Secrétaire de la Rédaction, Paris - MASSON & Ci -- Éditeurs ABONNEMENT : Paris, 24 fr. -- Départements, 26 fr. - Étranger, 28 f. EN NN UN OU EN NON UN DS VON UN ONU NUS NN UN ON UN DES NUY CON ŒUN ENS UN ON OI (EN ON EN UN EN Es nus mes mu mn mu QUES UN ON EN EN ON ON ON EN ON ON ON ON GUN ON ON ON ON OU EN ON mu EX DE MU MES NES GS DU MES MON NON US MEN DEN ON MX OUI ECS ON MON ON ON OS EN Eu Eu a\ ANJOU. Très jolie propriété d'agrément et de rapport. Château renais- sance entouré de douves vives et empoissonnées. Communs. Chapelle. Beau tennis. Jardins, parc et bois 4 hect. 1/2 et 75 hect. 1/2 en 2 fermes louées 2.400 fr. Ensemble 80 hect. traversés par petite rivière. Prix : 225.000 fr. RURAL OFFICE, 95, rue Saint-Lazare (5033) Propriétés dans tous les genres, tous les prix, toutes les régions. LE Mae RÉCULER l'E" Modèle SAFETY” us smple Pate | À ji qe se porte dans je. plus pratique AGE" “Rép, toules les posilions Waterman Im BORDEAUX Prix courant et échantillons franco sur demande VIOLONS MANDOLINES PISTONS et tous Instruments CATALOGUE GRATUIT sur DEMANDE 20 MOIS DE CRÉDIT GIRARD a BOITTE 46, Rue de l'Echiquier, PARIS Les nouveaux types de carrosserie de luxe créés par la Maison FELBER & FILS 1,, Avenue des Champs-Elysées, PARIS Carrossiers de la Cour impériale de Russie, Fournisseurs du Président de la République française. IPS VOYEZ nos MODÈLES et COMPAREZ nos PRIX Demandez notre Catalogue illustré envoyé franco. Modèle vendu à M. Speidel, à M. Milberg, à M. Ricardo de Damborena, à TARA MR PRESS M. Gutterez, à M. Bingen, à M. Lopez, à M. Salas, à M. Colledebœuf, etc., etc. 33, Avenue de la Défense, PUTE AUX , ke Bree A
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Æ ET L * L À v Nora Te x \a ER, hi \ SRE ni LOers : Re + : ui . dE Lt ” KL: Ho." + X y 3 ‘ 4 %Y. * 4 , > > “ ' ? LA 1! : < | \ k 0 . Fr PIÈCE EN CINQ ACTES, EN PROSE par GEORGES RIVOLLET Musique de scène de MASSENET A Son Altesse Sérénissime ALBERT I‘, Prince de Monaco, EN HOMMAGE RECONNAISSANT" G..R. M. GEORGES RIVOLLET. Le » . PACE Jérusalem ! a été représentée pour la première fois, sur le Théâtre de Monte-Carlo, le 17 janvier 1914. « LE. Pt PHOTOGRAPHIES J. ENRIETTI Copyright by Georges Rivollet, 1914. — Tous droits de reproduction, de traduction, : d'adaptation et de représentation, réservés pour tous pays, y .compris'l’empire de” Russie.
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| PERSONNAGES / HN | Fetoux. NumA. : sv L LAMBERT, père. . : he a md teen edge es Moi © MARQUET. nm F anciscain pa \ is A mio de cms ee NALBREE. RO | Ad F | :æ Pr 0 Ne | Le : Fa te ss & Mmes BARTET. Miss Arabella Lesly.… D ON ne =. Du Mini. } DRE à de LEZ RE PA | me da a PERTE _ JANE ACGARIS. =: GR CSL pue pond TR RE RE Ra | La petite LESSEIGNE. Un Enfant. Un Domesti que . ‘Le scène est: à Jérusalem, sauf au dernier acte, qui se passe en Irlande. S a De. nos jours. r Décors de VI SCONTI. — Orchestre et chœurs sous la direction de M. Léon Jen. 3
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Li din nos sert dE . dt à PTT NT TN ae 7 late de + di. bn Alt dé «6 ft "0 iter- ell fie TT CT " TRUE) O0 UNE © PU D AR CE OT Le parloir des étrangers, à la Casa Nuova des Franciscains. JÉRUSALEM en ACTE PREMIER A la Casa Nuova des Franciscain:, couv:n'!-hôtelleri . de J rusalem. Le parloir des étrangers, vaste pièce d'une simplicité monacale. Au jond, porte d'entrée cintrée, avec, au-dessus, un crucifix. À gauche, dans le pan coupé, une grande porte-fenêtre ouverte sur L: jardin ‘du couvent, où lon aperçoit des. oliviers et des verdures grêles. À droite, une Jenêtre donnant sur une rue étroite. Au premier plan, du même côté, une entrée de couloir. Chaises, canapés de paille L' long du mur. Au fond du théâtre, une table sur un coin de laquelle Lesly et le frère Déodato finissen! une partie d’é:hecs. À gauche, au premier plan, un chevalet devant lequel Léonard est occupé à peindre. LE PÈRE LAZARE, à Lesly qui vient de jouer un coup. — Voilà une tour un peu aventurée, monsieur A gauche, LEONARD, à son chevalet; la petite GI- : Lesly. Scène première NETTE, sur une chaise en face de lui; à quelque distance, L LesLy. — Je le crains. Allons, à UNS frère Déo- au milieu et au fond, LESLY, tournant le dos au public, que | é joue aux échecs avec: LE FRERE DEODAMO: LE ÉONARD, posant ses pinceaux. — Et maintenant, repos! Je vous rends grâces, mademoiselle Ginette; PERE LAZARE, assis à côté du Frère, regarde la | ja s ‘ vous êtes un amour de modèle... partie; à droite, MISS LESEY, assise, un ouvrage à la | | | ei | | | Miss LEsLy. — Vous ne travaillez plus? On | peut admirer, alors? (Elle se lève et va au chevalet.) LÉONARD. — Est-ce que vous savez l’heure, père LÉONARD, se levant aussi. — On le peut, mademoi- Lazare ? selle Lesly.…. LE PÈRE LAZARE. — Quatre heures juste, mon- Miss LESLY, après avoir lorgné. — Et vous dites que sieur Léonard... (Quatre heures sonnent à l’horloge exté- ça représenter rieure.) Entendez l'horloge de la Casa Nuova. LÉONARD. — Le Sacrifice d'Abraham... L’a ange ar- Miss LESLY, tirant sa montre. — Heure de Jérusa- | rête le bras du patriarche. C’est votre petite nièce .lem.… Quand on pense qu’il n’est que midi chez nous, | qui pose l’ange. à Dublin! Miss LESLY. — Oui. oui. On là retrouve très LÉONARD. — Et une heure chez moi, à Mont- | bien. Une fois qu’on le sait! Tous mes compli- martre…. (A Ginette.) La tête un peu plus à droite. | ments, monsieur Léonard (Un temps.) Mais expli- Là... Bien. quez-moi donc une chose.
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4 | LA PETITE LÉONARD. — Très volontiers. Miss Lesry. -— Est-ce que vous ne nous avez pas dit que vous étiez architecte? LÉONARD. — Certes !…. (Avec volubilité et comme en boniment.) Paul Léonard, architecte français; Léo- nard, non pas de Vinci, puisque le nom est occupé, mais de Montmartre. Hier encore, pensionnaire de la Villa Médicis, à Rome; et, pour le moment, en promenade à Jérusalem, aux frais du ministère des Beaux-Arts, sous le fallacieux prétexte d’y recher- cher les fondations du palais du roi Schélomo, que le vulgaire — plaignons-le! — persiste à appeler Salomon... Voilà... vous êtes renseignée. Miss LesLy: — Donc, voilà qui est entendu: vous êtes architecte. Alors, pourquoi faites-vous de la peinturé toute la journée? LESLY qui, tout en jouant, a suivi la conversation. — Mais, parce qu’il est architecte, précisément. Si monsieur Léonard était peintre, il est à présumer que nous le verrions faire de l’architecture. Miss LEsLy. — Voilà qui est curieux. LÉONARD. — Monsieur votre frère a raison. Nous autres, Français, nous sommes ainsi Chacun se choisit un petit métier qui n’est pas le sien : et plus on le fait mal, plus on l’aime. En France, nous appelons ça... LESLY, sans se retourner. — Un violon d’'Ingres. LÉONARD, étonné. — Mon compliment! Ah! ca, monsieur le député de Dublin, savez-vous que vous pourriez habiter Montmartre 2... LEszy. — N'est-ce pas? Voyez-vous, cher mon- sieur Léonard, dans certaines familles irlandaises, dans la nôtre surtout, l’anglais nous écorche un peu les lèvres. Dans nos maisons, on ne parle guère que votre langue, — qu’on nous enseigne dès l’enfance, comme celle d’un peuple généreux et libre. Miss LESLY, à Léonard — Mon frère l’a dit un jour à la tribune: « La France est la seconde patrie de tous les opprimés. » LÉONARD. — Bravo, monsieur Lesly! Le FRÈRE DÉODATO, léger accent italien. — Echec au roi, monsieur le député. Il joue et se frotte joyeusement les mains. | LESLY, au père Lazare. — Allons, père Lazare, j'ai encore perdu. Le PÈRE LAZARE. — Je vous avais prévenu! Le frère Déodato est de première force. Les, à Ginette qui est venue auprès de lui. — Tiens, Ginette. (11 prend une enveloppe dans son portefeuille.) Paie les dettes de ton père. GINETTE. — Oui, mon papa. L'enfant va porter l’enveloppe au frère Déodato. LE FRÈRE DÉODATO. — Qu'est-ce que c’est que ça, grand Dieu? (11 ouvre l'enveloppe et en tire un billet de banque.) Vous plaisantez.. Jamais, monsieur Lesly, jamais! | LESLY, d'un ton d’amicale insistance. — Pour votre nouvelle chapelle, frère Déodato: celle dont vous nous parliez à déjeuner. LE PÈRE LAZARE. — La chapelle de l’Ange?... Ah! si vous le prenez par son faible!. Le FRÈRE DÉODATO, se défendant encore, mais plus mollement, — (C’est que. Je dois vous dire que, si J'avais perdu, moi, vous n’auriez eu en paiement que ma bénédiction... LE PÈRE LAZARE. — Allons, laissez-vous faire... Votre bénédiction, donnez-la à cette chère fillette. Et remercions M. Lesly de s'intéresser si géné- * 2 ILLUSTRATION reusement, si délicatement à votre œuvre... (Aux assistants.) C’est le frère Déodato qui a su retrouver, près de la fontaine de Siloé, la place exacte du sacri- fice d'Abraham; et c’est grâce à lui, et à la charité des fidèles, que nous avons pu y élever une cha- pelle. LE FRÈRE DÉODATO. — Oh! bien modeste! Pour le moment, elle n’a que les quatre murs, tout juste. Le PÈRE LAZARE. — Un peu de patience, frère Déodato… M. Léonard nous a déjà promis cette belle toile Et qui sait si la jolie nappe que miss Lesly est en train de broder... ? Miss LEscy. — Désolée, mon révérend père. Elle n’est pas pour la chapelle de l’Ange… Elle est pour notre salle à manger de Lesly-House, tout sim- plement. Le PÈRE LAZARE. — Je le regrette. * LE FRÈRE DÉODATO, à Lesly, en prenant congé. — Le jour de l'inauguration, nous prierons pour l’Ir- lande, monsieur Lesly, et pour le député de Dublin. LEsLy. — Vous êtes tout à fait aimable, frère Déodato. Les deux religieux sortent par le fond. Scène II MISS LESLY, LESLY, LEONARD, GINETTE LÉONARD. —— Et voilà! (A miss Lesly.) Il faut avouer que ces bons religieux, sans avoir l’air d’y toucher, sont passés maîtres dans l’art. comment dirai-je?.. dans l’art d'associer les voyageurs à leurs petites fondations. Miss LEsLy. — Oui. De les « taper », n’est-ce pas? comme vous diriez à Montmartre. Lesly, pendant cet échange de répliques, a regardé sa montre. Visiblement, sa pensée est ailleurs. LÉONARD, à Lesly. — Mais, est-ce que vous vous intéressez vraiment à cette chapelle du frère Déo- dato, monsieur Lesly ? | Leszy. — Moi? Oh! non... pas spécialement. Mais voilà bientôt huit jours que ces bons Franciseains nous hébergent, moi et les miens, dans leur maison qui est la seule hôtellerie possible de Jérusalem; et J'ai saisi cette occasion de leur témoigner, sous une forme discrète, une gratitude dont on ne me paraît pas dispensé, sous prétexte que l’hospitalité des Pères est gratuite. Voilà tout. Miss Leszy. — En d’autres termes, tu as payé ta note? LEszy. — Et la tienne. Tu es de moitié dans mes largesses. : LÉONARD. — Ma foi, puisque vous voilà bien- faiteurs de la nouvelle chapelle, c’est bien le moins que vous sachiez son histoire. Figurez-vous que, l’an dernier, les moines grecs — les rivaux schisma- tiques de nos Franciscains latins — s'étaient avisés d’en construire une en commémoration du sacrifice d'Abraham, qu’une très ancienne tradition situe hors: de la porte de Damas, à quelques mètres de la Lépro- serie. Lesty. — De la Léproserie? Il y a encore des lépreux à Jérusalem? LÉONARD. — Mais oui. les derniers, sans doute! L’immuable Orient ne nous garde-t-il pas des exem- plaires de toutes les misères humaines, même les plus attardées? Ces malheureux sont parqués, en dehors des murs, dans quelques cahutes de terre is \
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déserte, et ses troncs obstinément vides... PR D D OA Em Een AE 00 U Le se ‘ LR EN jai Rae Pie EE RS RTE RE RCA UE AS V2 dx ue a YA 10 a RS PRE es d'a | , Û \ # » (? ) 1 « Q\ 1 é JÉRUSALEM ! DR qu’on appelle pompeusement la Léproserie du Gou- LÉONARD. — Charmant ? Ma chère demoiselle, vernement. Quand ils sortent, ils portent une petite clochette au cou, comme au moyen âge. C’est très impressionnant. Miss Leszy. — Est-ce qu’on en rencontre? LÉONARD. — Pas dans le jour. Ils n’ont à eux. que la nuit, — comme les fantômes. Ce qui n’em- pêche que de tels voisins ne soïent pas pour acha- lander un sanctuaire. La chapelle grecque demeure Aussi nos bons Franciscains se sont-ils empressés de profiter de la bévue de leurs concurrents. Le frère Déodato, leur archiviste, s’est mis à l'ouvrage, a fait des re- cherches. Et l’on a édifié un autre sanctuaire, latin celui-là, à deux pas d'ici, dans le voisinage de l’ex- quise fontaine de Siloé. Miss LEsLy. — Alors? Mais cela va faire deux emplacements du sacrifice d'Abraham ? LÉéoNARD. — Voilà tout. Cela n’a d’ailleurs au- eune importance. Ici, l'incertitude des traditions locales autorise ou excuse toutes les fantaisies com- mémoratives... Seul, le Saint-Sépulere — et c’est là l’essentiel — demeure immuable, authentique, sous la lourde coupole de son église obscure... À ce moment, on entend dans la rue des pas cadencés, encore lointains, avec un cliquetis d'armes. LEsLY. — Ecoutez !… Ginette court à la fenêtre. Lesly, pendant toute cette scène, l’a gardée près de lui, contre lui presque, comme un père très tendre. GINETTE, à la fenêtre. — Des soldats qui EE des soldéts turcs! Papa, viens done voir... LÉONARD. — C’est le poste du Saint-Sépulcre, pré- cisément, qui rentre après avoir fermé l’église; car, en cette saison, on n’y est plus admis, dès que le jour commence à baisser. Miss Leszy. — Comment? Ce sont les Tures qui ont les clefs du Saint-Sépulcre ? LÉONARD. — Oui. Pour mettre d'accord les com- munautés rivales qui, toutes, les réclamaient, le pacha de Jérusalem a pris le parti de les garder chez lui. De sorte qu’on peut dire que le Tombeau du Sau- veur est encore aux mains des infidèles… (A miss Lesly.) C’était bien la peine de faire les: croisades! LESLY, qui a de nouveau regardé sa montre. — Cinq heures moins dix, déjà ! (II prend son. chapeau.) Miss Leszy. —— Tu sors? LESLy. — Oui. Je voudrais marcher un peu avant le dîner. J'irai jusqu’à la porte de Jaffa.…. DE La jusqu’à la gare. | LÉONARD. — La gare! La gare de FRERE Jérusalem! Tout le monde descend! Enfin, il faut croire que c’est le progrès. Miss LESLY, à son frère. — Qu'est-ce que tu vas faire à la gare? Est-ce que tu attends quelqu'un ? Un temps. LESLY. — On ne sait pas (A Ginette) Viens-tu avec moi? (L'enfant reste silencieuse.) Non? Mademoi- selle préfère rester avec son peintre? (A Léonard, . amicalement.) Allons, je crois que je finirai par devenir jaloux. A tout à l’heure. (11 sort par le fond.) Scène III LEONARD, MISS LESLY, GINETTE Miss LEsuy. — N'est-ce pas que, quand on le connaît, il est charmant? quand on est le patriote, l’orateur, le monsieur qui, : après cette lutte qui passionna le monde, vient d’arra- cher à l’Angleterre un peu de liberté pour la noble Irlande, on est quelque chose de mieux qu’un homme charmant... En France, mademoiselle, on dit: le grand Lesly. Miss LESLY, avec une émotion contenue. — En Trlande | aussi, Sen (Un temps.) D'ailleurs, vous aussi, vous avez fait sa conquête. D’abord, vous êtes l’ami de Ginette. Et pour lui, sa fille, vous savez! Mais où est-elle donc ? (Regardant vers le jardin.) Voyez-vous, cette gamine! (Elle se lève.) Elle a détaché la chèvre blanche du père Lazare; et, maintenant, elle galope avec elle... (A la cantonade.) Ginette, ne cours pas trop, tu m’entends?.. Ne te mets pas en nage! Elle déplace un peu sa chaise pour mieux surveiller l'enfant. LÉoNArD. — Est-ce qu’elle est délicate? Miss Leszy. — Non. pas précisément... Mais elle a peut-être le droit d’être plus choyée, plus couvée qu’une autre. (Un temps.) Elle n’a pas de mère. LÉONARD. — M”*° Lesly est morte? | Miss LESLY, après une hésitation — Sa mère est morte. Et ces enfants sans mère, voyez-vous, on les aime d’une tendresse plus vigilante, et aussi plus craintive.. M. Lesly a toujours peur qu’il ne lui arrive quelque chose loin de lui; et c’est pour cela qu'on a emmené mademoiselle à Jérusalem, comme une grande personne. Ce n’est peut-être pas très raisonnable ? LÉONARD. — Pourquoi donc? C’est vrai, par ce temps de communications faciles, pourquoi ne pas faire voyager les enfants, même tout jeunes? Pour- quoi ne pas leur montrer de temps en temps, au lieu de nos cités banales et de nos campagnes civilisées, des contrées augustes ou des paysages d’intacte beauté? D'ailleurs, votre petite nièce ne semble pas s'être si mal trouvée de l’expédition. Elle est fraîche et rose comme une pomme d’api. SAMU Miss LEsLy. — Je ne dis pas non. Mais il faudra rentrer. | LÉONARD. — Eh bien, vous rentrerez comme vous êtes venus. Huit jours de mer, ce n’est pas une affaire... Soixante heures seulement même, si vous vous en allez par Constantinople. Mais vous n’êtes pas encore sur votre départ, je suppose? Miss LESLY, après un temps. — Je ne sais pas. LÉONARD. — Comment, vous ne savez pas? Miss LEsLy. — Non. Je ne sais même pas pour- quoi nous sommes venus. LÉONARD. — Ici, à Jérusalem? Miss Lesy. — Ici, à Jérusalem. LÉONARD. — Ma foi, il me semble que ce n’est pas très difficile à BAVinee. … M. Leslÿy est, catholique, n'est-ce pas? Miss LEsLy. — Presque tous les Irlandais sont catholiques. LÉONARD. — Je me figure donc tout bêtement — et ceci n’est pas pour le diminuer à mes yeux, bien au contraire — que ce grand Irlandais, que ce chrétien, a été pris, comme tant d’autres, de la curiosité de la ville du Christ. Jérusalem est un lieu auguste, qui n’attire pas que d’humbles pèlerins: Chateaubriand et Lamartine, à une époque où le voyage n’était pas si facile, sont venus jusqu’ ici pour contempler le Tombeau. Miss Lesuy. — Chateaubriand et Lamartine 6 étaient
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6 | LA PETITE ILLUSTRATION des croyants: mon frère ne croit pas. Nous voici peut- être sur le chemin de devenir des amis, mon- sieur Léonard; et il me semble loyal de vous l’ap- prendre, — au risque de faire crouler à la fois vos illusions et ces pieuses murailles : nous sommes d’affreux libres penseurs, ainsi que vous dites en France; et ma petite nièce Ginette n’a même pas été: baptisée. Voilà. Cela vous surprend, n’est-ce pas? LÉONARD. — Un peu, je l’avoue.. Vous m’aviez dit que M. Lesly représentait au Parlement un des comtés les plus catholiques de l’Irlande? Miss LEszy. — Dites le plus fanatique, celui de - Dublin. Mais ils votent tous pour mon frère, le clergé en tête, quoiqu'on sache bien qu’il ne va pas à la messe. Car, là-bas, on a l'esprit politique, si néces- saire aux opprimés. Les catholiques marchent pour ce libre penseur, paree qu’il est un patriote; et celui- ci, de son côté, les soutient de toute son éloquence et de toute son énergie: car, chez nous, leur cause se confond avec celle de la liberté et de la patrie. LÉONARD. — Ainsi, M. Lesly est athée? Miss LEszy. — Oh! athée Voilà un bien gros mot. Prendre la peine d’affirmer qu’il n’y a pas de Dieu, c’est admettre dans une certaine mesure qu il pourrait y en avoir un. Or, mon frère George, j'en suis sûre, — pas plus que moi d’ailleurs, — ne s’est jamais arrêté sérieusement à cette hypothèse, que rien n’encourage, il faut en convenir, dans le spec- tacle des choses d’ici-bas. LÉONARD, — Ma foi, j'en tombe des nues. Tout à l'heure encore, en voyant M. Lesly donner si géné- reusement pour la chapelle de l’Ange... Miss LEsLy. — Pourquoi non?… Nous sommes, mon frère et moi, d'assez sérieux incrédules pour que notre indifférence s’élève sans effort à la tolé- rance, à la sympathie même au besoin, pour ceux qui ne pensent pas comme nous. Mais nous voici loin de notre point de départ. Vous vouliez savoir si M. Lesly était venu ici comme un pèlerin au Tombeau du Christ. Je vous réponds: non. Certes, vous pouvez augurer de ce que je me suis laissée aller à vous dire à quel point toutes les religions nous paraissent également vaines, et tous les cultes humi- hants pour l’humanité. Mais, en dehors de la raison, nous aurions aussi, de nous tenir éloignés de l’Eglise du Christ, d’autres raisons personnelles, impérieuses comme un devoir, que je vous dirai peut-être quel- que jour, si cela peut vous intéresser Pour le mo- _ ment, je vois venir par le jardin le père Lazare, très affairé, et qui semble chercher quelqu'un... Scène IV LEONARD, MISS LESLY, LE PERE LAZARE puis GINETTE LE PÈRE LAzaRE. — M. Lesly n’est plus 1e? J’ai là une lettre urgente qu’un courrier arabe apporte pour lui... Miss LEsLy. — Mon frère vient de sortir, il n’y a pas dix minutes. Il a dit qu’il allait du côté de la gare. LÉONARD. — T'enep, donnez-moi cela, père Lazare... (11 va à la porte du jard'n. Parlant à la cantonade.) Qui est-ce qui veut porter cette lettre à son papa, avec l'ami Léonard? Ginette est accourue joyeusement. GINETTE. — Moi! a ————— Le PÈRE LAZARE, à Léonard. — Je yous suis bien obligé, vraiment... LÉONARD, à miss Lesly. — Vous permettez ? Miss LESLY, embrassant la petite. — Oui, je permets. LÉONARD, à Ginette. — Alors, en route. Nous pas- -serons par ” couvent de Sion. du côté de l’ombre... et du pâtissier. Le PÈRE LAZARE. — Merci encore, monsieur Léo- nard. | Léonard et Ginette sortent par le fond. Scène V LE PERE LAZARE, MISS LESLY LE PÈRE LAZARE. — Ce jeune homme est tout à fait sympathique, tout à fait. Et, par dessus le marché, il a beaucoup d’esprit. Du reste, tous les: Français ont de l’esprit. Miss LESLY. — Hum! C’est peut-être que vous en voyez rarement... LE PÈRE LAZARE. — Non. C’est que je suis Fran- çais moi-même, tout simplement. (Un temps) Ah! les Français, la France! cette France qui est si loin, et que je ne reverrai peut-être jamais! Voyez-vous, ma chère demoiselle, là-bas, à Paris, il y a des mes- sieurs qui accusent les moines de n’avoir pas de patrie. Il faut n'avoir jamais dépassé le boulevard pour parler ainsi. Qu'on soit religieux ou qu’on soit laïque, qu’on soit chaussé de souliers ou bien de san- dales, le jour où l’on quitte sa patrie on l’emporte aux semelles, à jamais. Tenez, il y a eu ici jadis, avant le chemin de fer, un vieux brave homme de moine, un Marseillais, le père Brocard, qui de temps à autre, trois ou quatre fois par an, enfourchait son âne et, mystérieusement, filait sur Jaffa. On se per- dait en conjectures sur ces voyages qui coïneidaient toujours avec l’arrivée d’un bateau des Messageries Maritimes. On a fini par en savoir le motif: il s’en allait voir le drapeau tricolore. Eh bien, Français ou Italiens, — vous savez que beaucoup de nos reli- cieux sont Italiens, — tous ici, plus ou moins, nous sommes des pères Brocard. Et, à l’heure où je vous parle, le frère Déodato, que vous connaissez, est dans la joie — au point d’en oublier presque sa chapelle — parce que je viens de lui annoncer l’arrivée de compatriotes. Tout de suite 1l est parti au-devant d’eux sur la route de Ramle’h. Miss Leszy. — Des voyageurs? En cette saison, où Cook lui-même ferme ses bureaux? LE PÈRE LAZARE. — Parfaitement, des voyageurs. ou, pour mieux dire, une voyageuse. Oui, une dame italienne, avec un domestique et une femme de cham- bre, qui nous arrive en voiture de Jaffa… Le coureur arabe qui a apporté la lettre pour M. Lesly la pré- cède d’une heure. Miss Lesiy. — Une dame italienne? Voilà qui est étrange. Nous ne connaissons personne en Italie. Le courrier arabe a-t-il dit le nom de cette dame? Le PÈRE LAZARE. — Il eût été fort. incapable de le prononcer. Mais il m’a montré son passeport. Cette dame vient de Rome; et elle s'appelle la prin- cesse Sylla. Miss LEesLy. — Sylla? Le PÈRE LAZARF. — Au dire du frère Déodato, la famille qui porte ce nom serait une des plus illustres de l'Italie. La maison des Sylla, qui sont Romains et prétendent remonter au vainqueur de Marius, est ce’ ‘ ES
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ET FA Ré à LEA ws RUN PAT QE * 4 che s Éd Dé. 4 4 $ f. TP, 7. de du D de JÉRUSALEM ! 7 qu’on appelle là-bas une famille papale. Elle a donné plusieurs pontifes à l'Eglise; et, de père en fils, les princes Sylla sont assistants au trône de Saint- Pierre, ce qui est une des plus hautes PRE laïques de la Sainte Eglise. Miss LESLY. — Qu'est-ce que cette princesse ro- maine peut avoir à faire dire à mon frère? Le PÈRE LAzARe. — Elle lui écrit; done elle le connaît. Miss LesLy. — Il y a des chances. Tout ce que je puis vous dire, c’est que, moi, je ne la connais pas. | Scène VI MISS LESLY, LE PERE LAZARE, LESLY, entrant par le -fond. Miss LEszy. — Tiens! te voilà déjà? Tu n’as pas rencontré Ginette et M. Léonard? LESLY, qui paraît très ému. — FL. Miss LEsLy. — Ils t’ont remis une lettre? LESLY. — Oui. (Un temps.) J’ai à te parler. Le PÈRE LAZARE. — Je vous laisse. Je suis l’éco- nome de cette maison, c’est-à-dire l’hôtelier en chef; et j'ai à faire préparer l’appartement de la voya- geuse qui veut bien, comme vous-mêmes, se contenter de l’hospitalité de notre Casa Nuova, plus que mo- deste pour une si grande dame. (A Lesly.) Car la princesse Sylla, n’est-ce pas? est bien la femme de l’assistant au trône pontifical ? LESLY. — Sa veuve, père Lazare. Le prince Sylla est mort depuis trois mois. Le PÈRE LAZARE. — Dieu ait son âme! (A miss Lesly.) À bientôt, ma chère demoiselle. Il sort par le fond. Scène VII LESLY, MISS LESLY Miss LEszy. — Eh bien? Leszy. — Mon amie, ma sœur! Miss LEsLy. — Je sais, maintenant. Tu es venu pour une femme: celle qui t'a écrit. LESLY, après un silence. — Oui. Miss Lesuy. — Tu me vois profondément trou- blée… Et un peu déçue Oui, déçue Voilà des années que je suis le témoin orgueilleux de ta vie; et tu m'avais donné l'illusion que, ta fille orpheline et moi, nous étions seules dans ton cœur, avec l’amour de la patrie. (Mouvement de Lesly.) Il paraît qu’il n’en est pas ainsi? Soit. (Un silence.) Eh bien? LesLy. — C'est que j'ai à te mettre au courant d’une situation si extraordinaire, si exceptionnelle, — tranchons le mot — si romanesque pour un homme de ce temps... Miss LESLY. — Epargne- toi les précautions Ora- toires. Je te connais, puisque c’est moi qui t’ai élevé. Je sais que, dans cet ordre d'idées, tu « es capable de toutes les folies. LEszy. — Merci. Miss Leszy. — Oh! entendons-nous bien. Tu n’es pas un fou ordinaire. Les circonstances, les néces- sités de ta vie publique ont fait de toi un homme d'action. Je le reconnais, tu t’entends très bien à eulbuter un ministère, à organiser l’obstruction, à entraîner, à conduire à la victoire ton petit groupe parlementaire. En politique, tu es un homme très * lucide, très raisonnable. Mais pour le reste! (Elle hausse les épaules.) Au temps où nous devisions encore de ces niaïseries, tu m’as fait tes confidences... Je t’ai diagnostiqué alors une fois pour toutes. En amour, tu n’es qu’un paladin, un chevalier errant de la chimère. Il te faut du merveilleux. Le simple bonheur, le bonheur de tout le monde, ne te suffirait pas, ne t’a jamais suffi. Tu es né avec ce qu’un psy- chiâtre appellerait: la folie des grandeurs. senti- mentales. Tu as comme qui dirait reçu un coup de marteau. non pas là. (Elle touche son front.) mais ic... (Elle lui touche la poitrine.) Sur Je cœur. Ta jeu- nesse, tu l’as passée à chercher dans la vie, non pas une brave jeune personne qui, tout bêtement, t’au- rait fait heureux, maïs je ne sais quel oiseau rare et chimérique, une Dulcinée du Toboso, comme Don Quichotte... (Mouvement de Lesly.) Tu fronces le sour- el? Mettons: une Béatrice, comme Dante, ou une Elvire, comme M. de Lamartine. Tu vois que je ne te dis pas des choses désobligeantes?.. Et, naturelle- ment, tu n’as pas trouvé. Mais tu as cherché, conscien- cieusement.… Je comprends ça. On prétend que c’est très amusant! (Changeant de ton.) Un jour, pourtant, une pauvre fille, une institutrice française, dont -cela t’avait intéressé d’être le premier amant, est morte en mettant au monde un enfant Ce jour-là, mon petit, tu as compris tout de même que tout n’était pas plaisant toujours — au moins pour l’un des deux — dans l’agréable jeu d’amour. Et, depuis lors, c’est une justice à te rendre, tu t’es tenu à peu près tran- quille. Tu as vécu pour Ginette, qui est ta fille, et pour l’Irlande, qui est ta mère. Ou du moins on pouvait le croire. Il n’en était rien? Vas-y, je suis prête à entendre ta petite histoire... Pourtant, réflé- chis encore. Si elle n’est, une fois de plus, que l’aven- ture qui s’affuble du nom d'amour, par respect pour l’homme que tu es devenu, ne m’en dis pas un mot : tais-toi : LESLY. — Je ne renierai pas ma jeunesse. Elle a eu sa noblesse et aussi sa vertu. J’ai travaillé avec acharnement, avec passion. Le peu que je vaux aujourd’hui, je le dois aux heures studieuses que j'ai vécues dans ma chambre de l’Université ou dans la bibliothèque de Lesly-House. Qu’elles soient à jamais bénies!.… Mais j'ai aimé le plaisir aussi, €’est vrai, autant que le travail. Et, comme tous les jeunes hommes arrivant émerveillés au carrefour de la vie, c’est vers le plaisir que j'ai couru d’abord, croyant aller vers l’amour.… Mais le jour que tu dis, oui, je connus ce qu'il pouvait y avoir, ce qu'il y avait de criminel, d’imbéeile même, dans le plaisir, cette paro- die du bonheur... Tu as peut-être raison: j'aurais dû ne plus vivre que pour ma fille. Je gardai du moins la honte de tant d’années avilies ou perdues. Je résolus de fermer les yeux désormais au mensonge des félicités passagères, de ne plus les ouvrir qu'aux clartés du véritable, de l’unique amour! Alors, comme le Romain consacrait dans sa demeure une stèle au Dieu inconnu, J'élevai dans le secret de mon cœur un autel à l’amante ignorée. Jour par jour, JY _entassai l’offrande de mes rêves, de mes pensées, de mes espoirs... Et, patient, j’attendis... Et devant moi je laïissai couler la foule des coquettes, des superbes, des perverses… Car je le savais, que l’élue était en marche et que tôt ou tard elle passerait !.… Une pause. Miss LESLY, non sans ironie. — ‘Voyons l’élue. LEszy. — Tu te rappelles qu'il y a quatre ans
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\ s ; LA PETITE ILLUSTRATION | nous sommes allés passer quelques semaines au Lac Léman, sur la rive française ? Miss LesLy. — A Saint-Gingolph?.. Je crois bien que je me rappelle! Nulle part, — excepté ici, bien entendu, —— je ne me suis plus ennuyée. Tu étais tout le temps sur le chemin de Genève; et jamais l’on ne t'a moins vu. Ce que tu faisais de tes jour- nées, tu ne me l’as jamais dit. LESLY. — Quelques jours après notre arrivée, je me promenais sur la route qui borde le lac, lorsque tout à coup, dans la montagne, un éboulement se pro- duisit. Une avalanche d’énormes pierres se détacha \ CE 4 , LA d’une carrière abandonnée, dévalant vers la chaussée avec un fracas de mitraille. Je n’eus que le temps de rebrousser chemin; et j'étais à peine en sûreté au tournant de la route que je vis déboucher de la val- lée, à une vive allure, une voiture légère qui venait sur moi. Je me jetai à la tête des chevaux... Un vieil- lard à barbe blanche, qui conduisait et qui avait à ses côtés une jeune fille, leva son fouet: « De quel droit 2. » commencça-t-il. Au même moment, un quartier de roche vint s’abîmer sur. le sol, à trente pas de nous. La jeune fille étouffa un cri: « Remer- ciez monsieur, dit-elle. Sans lui! » Le vieux mon- sieur se confondit en excuses. Nous échangeîmes nos cartes. Je lus sur la sienne: Enrico Tibaldi, banquier, Florence. Et il me nomma sa compagne : « La signo- rina Tibaldi, ma fille », dit-il. Miss LESLYy. — Fort bien. Mais je ne vois point encore là de princesse. Lesy. — Dès le lendemain, je me présentai à Belle-Rive, — c'était le nom de la villa qu’ils habi- taient aux portes de Genève, —— un peu pour prendre dés nouvelles des deux promeneurs, et beaucoup pour revoir cette jeune fille dont les yeux profonds, la grâce fière et chaste avaient fait sur moi une très vive impression. Les Tibaldi m’accueillirent avec une _ cordialité toute italienne... Je revins le surlendemain, puis presque tous les jours pendant quatre semaines... *[Miss LEsLy. — Autrement dit, tu achevas de devenir amoureux de mademoiselle. Teresa? Nina? Giulietta ? | LEszy. — Lia… Le vieux Tibaldi l’appelait Lia, Chose étrange, bien que nous fussions assez vite devenus presque intimes, mes nouveaux amis ne me disaient rien, ou presque rien d'eux-mêmes. En revanche, on me questionnait volontiers. T1a surtout se montrait curieuse de ce qui me concernait. Elle connut bientôt le secret douloureux de ma vie, et ce qu'était pour moi cette petite Ginette qu'un jour, en passant à Saint-Gingolph, elle avait aperçue, jouant sous les arbres, dans le jardin de notre mai- son. Cette périlleuse confession ne sembla pas m'avoir fait tort dans son esprit, autant que je l’au- rais pu craindre. Et, de ce moment, le rêve qui, depuis quelque temps déjà, visitait confusément ma pensée se précisa, passa de mon imagination dans ma volonté: donner cette délicieuse créature pour mère à mon enfant ! Miss LESLY, après une pause. — Si cette jeune fille, méritait en effet d’être aimée, si tu l’aimais, pour- quoi ne l’as-tu pas épousée?]* LEszy. — Un soir déjà proche de l’automne, — un de ces soirs jonchés de feuilles mortes qui, là-bas, dans ces pays où l’on passe, sentent la mélancolie *[Pour les coupures et modifications faites à la représenta- tion, voir ci-après l’appendice, page 27.]* des départs, — on m'avait retenu à dîner à Belle- Rive. Le vieux Tibaldi s'était retiré de bonne heure, plus tôt même qu’à son ordinaire, me laissant seul avec la signorina, à qui sa bonhomie confiante con- cédait toute la liberté d’une jeune femme. Nous étions assis dans le jardin, devant le lac immobile. Elle se taisait, comme absorbée dans une pensée qu’elle ne disait’ pas. Malgré la sincérité, l’ardeur du sentiment qu’elle m’inspirait, je n’avais pas en- core osé me déclarer. Après ces quatre semaines, l’étrange fille demeurait encore pour moi comme un charmant, comme un irritant mystère. Parfois. son regard me déconcertait par je ñe sais quoi d’altier, de presque dur, que cette fille de banquier avait tout d’un coup dans les yeux. Parfois, au contraire, la douceur d’un sourire, un trouble de sa voix, sur- tout celui de nos silences, m’exaltait jusqu’à l’espoir, jusqu’à l’intuition qu’on m’aimait aussi! Ce soir-là, Je ne sais pourquoi, j'eus le pressentiment que le moment était décisif, et que, si je le laissais passer, il ne reviendrait jamais. « Demain, — lui dis-je, et il me semblait entendre les battements de mon cœur, — demain, si vous m’y autorisez, je parlerai à votre père... Je vous aime! » Elle se leva, étendant la main comme pour arrêter les mots sur mes lèvres. « Je suis mariée, dit-elle. Celui que vous appelez le signor Tibaldi n’est pas mon père. Il n’est pas Tibaldi, ni banquier C’est le prince Sylla, de Rome, mon mari. » Et voici ce qu’elle me raconta. Entêté par- tisan du pouvoir temporel, le prétendu Tibaldi avait fait, quoique septuagénaire, une folie juvénile: celle de conspirer contre le Quirinal. Sur le point d’être arrêté, il s'était réfugié en Suisse; et, pour mieux assurer son incognito, il avait imaginé de faire pas- ser sa jeune femme pour sa fille. Mais tout a une fin, même la mauvaise humeur d’un gouvernement : le vieux seigneur avait reçu le matin l’avis qu’il pou- vait rentrer à Rome; et ilrentrait dès le lendemain, avec la princesse. Je tombais de trop haut. Je ne répondis rien; mais mes yeux s’emplirent de larmes... Elle me regarda bien en face: « M’aimez-vous vrai- ment? dit-elle. Est-ce une minute de votre existence que vous m'offrez ? ou bien cette existence tout entière ? » Et je répondis: « Tout entière. » — « Alors, vous allez partir. Après ce que je viens d'entendre, nous ne pouvons plus, nous ne devons plus nous revoir. que le jour incertain où je vous écrirai, si Dieu le veut, pour vous dire: Je suis libre. N’acceptez pas ce pacte, si vous n’êtes qu’un homme comme tous les hommes. » — « J'accepte », dis-je. Elle me tendit sa main, sur laquelle je m'inclinai, sans même oser l’effleurer de mes lèvres; et, pendant qu’elle s’éloignait vers la maison, je m’enfuis, sentant en moi une force capable de conquérir le monde !.. Miss LESLY, après un temps. — Et combien dis-tu qu'il y a de temps, maintenant, de cette soirée de Belle-Rive? LESLY. — Quatre ans. Miss LEsLy. — Tu n’as jamais revu cette femme ? LEsLy. — Jamais. Domitia Domitiani — car c’est de ce nom, son nom à elle, que je la nomme dans mon cœur — Domitia a été quatre ans ma religion secrète : absente, elle n’a pas cessé d'être présente à ma pensée et dans ma vie. Mais j'ai tenu la parole donnée, je n’ai jamais cherché à la revoir et je ne lui ai jamais écrit. J'espère cependant — et voilà tout — que mes actions lui auront parlé de moi. Miss LEeszy. — Et elle?
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à _ JÉRUSALEM ! | | 0 LESsLy. — EÆlle a tenu aussi ce qu’elle avait pro- mis. Le mois dernier, le mois dernier seulement, trois mois après que les journaux avaient annoncé la mort du prince Sylla, elle m’a écrit: « Je suis libre ».…. Et elle m’ordonnait de partir pour Jérusalem avant la première semaine de septembre, et de l’attendre ici, à la Casa Nuova des Franciscains. Miss LESLy. — Pourquoi ie? Pourquoi ne t’a-- t-elle pas appelé à Rome? Ou pourquoi n’est-elle pas venue à Dublin? LESLY. — Je n'avais pas à interroger, j'ai obéi. “[D’ailleurs, Domitia elle-même m’annonçait son dé- part; et ma lettre ne lui serait pas parvenue... Miss Leszy. — Voilà la seconde fois que tu dis: Domitia. Je croyais qu’elle s'appelait Lia? LEsLy. — (C’est le vieux prince qui la nommait ainsi. Mais ce n’était pas un nom. Ce n’était que la dernière syllabe, le diminutif italien du mot: figlia, ma fille. Miss LESLY. — Pourquoi avait-elle épousé un homme aussi âgé ? LEsLy. — Une convention de famille, dit-on. Une fois par siècle, une Domitiani doit épouser un Sylla. Ce sont des conventions semblables qui, le plus sou- vent, dans la société romaine, règlent la destinée des filles de grande maison. Miss LESLy. — Par son mariage, et sans doute aussi par sa propre famille, |* cette Italienne appar- tient à ce qu’on appelle à Rome le monde noir. Elle est, sans aucun doute, une catholique fervente? LesLy. — Et pratiquante, je le sais : à Belle- Rive, les Tibaldi fréquentaient la petite église du lieu et s’y faisaient conduire à la messe chaque matin. Miss LEeszy. — Et tes sentiments, à toi, est-ce qu’elle les connaît? *[Leszy. — Certainement. Il eût été déloyal d’en faire mystère à mes hôtes; et je parlais librement devant eux. | Miss LESLY, après un silence. — Si tu veux que Je te parle sincèrement, ta belle princesse ]|* n’est qu’une orgueilleuse Klle t'aime peut-être, je ne dis pas non. On peut t'aimer. Mais elle a mesuré l’étendue de son pouvoir sur toi; et elle en abuse Tu as eu tort de venir, d’accourir si docilement ici, jusqu'ici, sur son ordre impérieux... Mais ceci te regarde. Ton cœur est à toi: tu peux en disposer à ta guise. Je ne suis Jalouse que de ta pensée, de ta gloire. Si cette Italienne qui va venir a médité une entreprise contre cela, souviens-toi du moins, Lesly, souviens-toi que la vérité est plus sainte que l’amour lui-même. La vérité, voilà le Dieu de ceux qui n’en ont pas! On entend le roulement d’une voiture. LEsLy. — Ecoute!…. Miss LESLy. —— Une voiture. LESLY. — C'est elle!.… Scène VIII LESLY, MISS LESLY, GINETTE, DOMITIA, LE PERE LAZARE, LE FRERE DEODATO, LEONARD. | es GINETTE, entrant par le fond en courant. — Papa, papa !... Une dame, une belle dame qui vient d’arriver en voiture... Domitia, en tenue de voyage, paraît sur le seuil, précédée du père Lazare. et suivie du frère Déodato et de Léonard. | Le PÈRE LAZARE. — Madame la princesse, voiel monsieur (George Lesly. Je devrais dire : George Lesly, ainsi que l’histoire dira. | DoMITIA, immobile, les yeux fixés sur Lesly, avec un sou- rire ému. — Oh! nous nous connaissons... LESLY, d’une voix tremblante. — Vous! C’est vous! Il s'appuie au mur et semble cloué sur place par l’émo- tion. LE PÈRE LAZARE, à Domitia. — Votre appartement est par ici, madame. Tout modeste qu'il est, c’est le plus beau que nous puissions vous offrir. DomiTiA. — Mon révérend père, conduisez-mot d’abord à la chapelle. Dans la ville du Calvaire, la première pensée d’une chrétienne doit être pour le Dieu qui est mort pour nous... (A Lesly, ou plutôt pour Lesly que. son regard n’a pas quitté.) A demain !.… Elle sort par la droite, conduite par les deux religieux. Miss LESLY, à son frère, à demi-voix. — Prends garde, Lesly.… Cette femme est la statue vivante et splen- dide du fanatisme... J’ai peur pour toi. peur pour nous ! RIDEAU LL TT fr» ACTE II La Casa Nuova. — La nuit. Une terrasse plantée d'arbres, à laquelle on accède, au fond, par quel- ques marches montant des jardins. À gauche, un petit pavillon à murs blancs, à tuiles rouges, où lon voit de la lumière ; des volets extérieurs sont à demi poussés contre la fenêtre du rez-de-chaussée, qui s'ouvre sur la terrasse même. Table avec ane lampe allumée. Chaises. Dans le fond, à l'extrémité des jardins, der- rière les arbres, les bâtiments du couvent. Scène première LESLY, MISS LESLY, GINETTE, ANNIE Lesly est assis et tient sur ses genoux Ginette, déjà en costume de nuit. ANNIE, sortant de la chambre de gauche. — La couver-. ture de Ginette est faite, mademoiselle. Miss LEsLy. — C’est bien, Annie... Je crois que son père désire la garder encore un peu: Je la cou- cherai moi-même. | Annie sort par la porte de gauche.. GINETTE, à son père. — Une princesse, c’est presque une reine, n'est-ce pas? LESLY. — Presque. GINETTE. — C’est pour cela que cette dame n’a pas dîné à table avec nous? LEsLy. — Je ne pense pas C’est plutôt qu’elle. _était fatiguée de son voyage. Elle a dû dîner seule dans son appartement. Miss LesLy. — Non, pas seule... Le frère Déodato lui a tenu compagnie. LEeszy. — C’est tout naturel. Le frère Déodato !
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est un compatriote. Puis, c’est un savant, le Bædeker vivant de Jérusalem, que par tradition tout voyageur doit consulter dès son arrivée ici... (A sa fille.) Allons, mademoiselle Ginette. Je ne vois plus de lumière dans la Casa Nuova; et 1l y a beau temps que le marchand de sable est passé, Il se lève. re GINETTE. — Et toi, tu ne te couches pas? LESLY. — Non. pas encore. J’ai à travailler, Miss LESLY, à mi-voix. — Travailler. Ow!. Tu as l’air en train de travailler !.… (Haut, à Ginette.) Allons, viens faire dodo. (A: Lesly.) Seulement, toi, porte-la.… Je ne veux pas qu’elle marche nu-pieds sur ces dalles... et elle .est déjà trop lourde pour moi. 10 | LA PETITE ILLUSTRATION | ù GINETTE, — Bonsoir, papa. Miss Lesly sort par la porte de gauche, portant Ginette, et entre dans le pavillon, éclairée par Annie, qui est venue chercher la lampe. Lesly sort par le fond. La scène reste quelques instants vide. Scène II LE PERE LAZARE, puis LESLY et MISS LESLY Le PÈRE LAZARE, une lanterne à la main, entre par la | droite. — Personne ?... J'avais pourtant vu de la : lumière sur cette terrasse. Miss LESLY, sur le seuil de la chambre de Ginette, dont Une terrasse, à la Casa Nuova. LESLY, soulevant Ginette. — C’est vrai, pourtant, que vous devenez très lourde... (A sa sœur.) Ose prétendre que les voyages ne lui réussissent pas! (Embrassant la petite.) Vous êtes tout pour moi, vous savez, made- moiselle! (Sur un regard un peu ironique de miss Lesly, il rectifie.) Presque tout... | Miss LEscvy. — Tiens, donne-la-moi. Son lit est là, contre le mur... Je n’aurai qu’à la déposer. (Elle prend la petite dans ses bras.) Pendant ce temps, rends- moi un service. J’ai dû laisser un livre sur la table du parloïr, — la Vie de Jésus, de Renan. LESLY. — Tu veux que je descende te le chercher? Miss LESLy. — Cela me ferait plaisir. D’abord, je ne veux pas risquer de scandaliser ces bons moines. Puis, ie n’ai rien à lire, ce soir. LESLY. — J'y Vals.…. (Envoyant un baiser à Ginette.) Bonsoir, toi. la porte est restée ouverte. — Qui vient là? (Elle reconnait le religieux.) Vous, père Lazare? LE PÈRE LAzARE. — Moi-même, ma chère demoi- selle. J’avais grand’peur que vous ne fussiez déjà couchée. Miss Lesiy. — Ma foi, il ne s’en est pas fallu de beaucoup... Qu’y a-t-il pour votre service? LE PÈRE LAZARE. — Pouvez-vous m’accorder deux minutes d'audience? Deux minutes seulement. Miss LEsLy, — Bien volontiers. Elle lui indique un siège et s’assied elle-même. | LE PÈRE LAZARE, posant sa lumière sur:la table. — J'ai une petite requête, assez urgente, à vous adresser, — en mon nom et au nom de notre cher frère archiviste. Miss Leszy. — Du frère Déod£to? Parlez. LE PÈRE LAZzARE. — Il s’agit encore de sa chapelle de l’Ange, naturellement. Figurez-vous que Monsei-
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JÉRUSALEM ! | 11 eneur le patriarche de Terre Sainte, qui est en tournée pastorale, nous fait prévenir qu’il daignera procéder, à quatre heures, demain, à la bénédiction de l’édi- fice. Bien que pris de court, il nous faut organiser une sorte de cérémonie. Une procession de petites filles habillées de blanc ira sous le porche au-devant de Sa Grandeur... Nous aurions l’ambition que votre chère petite nièce, que la fille de l’illustre tribun irlandais qui est notre hôte fût au nombre et au premier rang de ces enfants. Miss LEsLy. — En avez-vous parlé à mon frère ? Le PÈRE LAZARE. — Pas encore. Le frère Déodato est un homme simple, moi aussi; et M. Lesly, tout aimable qu’il est, nous intimide énormément. Nous avons préféré commencer par vous. Miss LEsLy, un grand embarras, mon révérend père. Le PÈRE LAZARE. — Lequel? | Miss Lesuy. — D'une part, je voudrais vous être agréable; et, d'autre part, ce que vous demandez n’est pas does Le PÈRE LAZARE. — Vous ne parlez pas sérieuse- ment. Oh! je me doute bien — nous autres moines, nous voyons cela du premier coup — que vous n’êtes pas ce qu’on appelle une prajiquante. Mettons: une croyante, si vous voulez. Et je le déplore. Maïs une procession. n’est pas nécessairement un acte de foi. Et la présence de voire petite nièce parmi nos en- fants.. | Miss LEszy. — Mon révérend père, cet après- midi même, dans une conversation avec votre jeune compatriote M. Léonard, je faisais allusion à uné très. grave raison personnelle que nous avons, mon frère et moi, de ne pas être des vôtres. Je vais vous la dire. (Un temps.) Il y a de cela un peu plus de deux siècles, un médecin irlandais, établi en Espagne, un homme de bien, un grand savant pour son temps, eut l’imprudence: de contredire publiquement au récit de la Création en six jours... Il avait des. ennemis... I] fut déféré au Saint-Office, et brûlé vif sur une place de Séville. Ce médecin Sappot Lesly.… C'était notre trisaïeul. . LE PÈRE LAZARE. — Brülé! Lesly-est rentré sur ces paroles et, du fond du théâtre, assiste en silence à la suite de l'entretien. Miss LEsLy. — Oui. Oh! je ne vous en rends pas responsable... C’est là, je le sais, une vieille histoire... Mais, tout de même, voilà pourquoi, entre autres rai- sons, je ne demanderai pas à mon frère George d’en- voyer l’arrière-petite-fille de ce martyr — car, vous voyez, nous avons aussi nos martyrs — à la pro- cession du frère Déodato. Le PÈRE LAZARE. — Je n’insiste pas, mademoi- selle... Et je m'excuse d’avoir réveillé en vous un tel souvenir. Certes, je pense avec vous que les bûchers furent une abominable chose : — mais le Dieu que je sers a dit le mot qui pacifie: « Par- donnez! » Miss Leszy. — On peut pardonner pour s01.. Non pour les autres. Et rien n'autorise à eroire que le médecin Lesly ait pardonné à ses bourreaux. Le PÈRE LAZARE. — Qu'en savez-vous? La dernière pensée des mourants est le secret du Souverain J'uge; et le Christ a pardonné, même à Judas. LESLY, qui s’est avancé. — N'est-ce pas plutôt à Judas qu’il appartenait de pardonner, mon révérend père? Car si le Christ était réellement ce que vous dites, s’il était écrit de toute éternité que le Fils de à quelques pas! l'Homme dût être livré comme il est rapporté, le misérable Iscariote n’était lui-même qu’une pitoyable, une innocente victime, puisque, dès le sein de sa mère, il était condamné à faire ce qu’il a fait. LE PÈRE LAZARE, épouvanté. —- Si tels sont vos sen- timents, monsieur Lesly, en effet, je n’ai plus rien à dire... (Il a repris sa lanterne.) Bonne nuit, monsieur. Bonne nuit, mademoiselle. Excusez-moi... Comme vous, l’apôtre saint Paul nia Jésus et pourtant Dieu, un jour, lui donna la foi! Bonne nuit... Il sort par la droite, du côté où il est entré, et disparaît derrière les arbres. Scène III MISS LESLY, re Lesuy. — Voilà ton livre. S Miss Lesiy. — Tu étais 117. Tu as entendu? LESLY. — Oui. Miss LESLY. — Je me suis un peu emportée... Ma foi, tant pis. Il m’a agacée, ce moine! C’est vrai, j'ai vu le moment où il me demandait de suivre sa procession, moi aussi, en blanc, un cierge à la main. Non, crois-tu?… Il fallait be que tôt-ou tard on sût ici qui nous sommes et ce que nous pensons... _Leszy. — Tu as vu que c’est aussi mon avis. Allons, maïñtenant, va dormir. (Une pause. Avec effu- sion.) Je Suis ne tu sais ? bien heureux! Il l’embrasse. Miss LEszy. — Ça se voit... puisque tu m’em- brasses. Ça ne t'était pas arrivé depuis trois ans! LEszy. — Pas possible ?... Allons, dors bien. * Miss Lesly rentre dans lé pavillon. Scène IV LE SLY, seul. / j Ù ‘ Il a suivi des yeux la vieille demoiselle jusqu’au seuil. Celle-ci sortie, une lumière chemine un moment dans la maison, derrière les, volets à claire-voie, puis disparait. On entend une porte intérieure se fermer: Leszy. — Elle a fermé sa porte. Me PRE seul... Ah! est-il possible qu'il y ait des heures où l’âme est si possédée d’amour que tout ce qui n’est pas l’amour nous importune, et que la présence même des êtres les plus chers nous soit presque à charge. O impiété! (Un silence.) Quelle splendeur, quelle joie dans la nuit! Pour fêter celle qui est venue, le ciel s’est incendié d'étoiles. près! Il semble qu’on n'aurait qu’à lever les bras pour les toucher. Sont-ce ces étoiles de Judée qui sont en effet plus proches? Ou bien est-ce l’homme qui se sent plus grand lorsqu'il est heureux ? (11 s’avance jusqu'au bord de la terrasse et regarde longuement vers les jardins, où l’on aperçoit, derrière les arbres, la façade blanchie par la lune de la Casa Nuova.) Toutes les lumières sont éteintes.… En face de moi, la grande maison dort, les fenêtres closes. Elle est là! sous ce toit, Où?... Je ne sais pas. Je n’ai pas voulu savoir. de crainte d’offenser, même d’une pen- sée, le mystère, la pudeur de son repos... Elle a dit: « Demain ».… J’attendrai demain! Terre! à terre! sphère immobile pour nos sens crédules et que pour- tant ta course emporte, plus rapide que la pensée rapide, dans le cirque étincelant des astres, — oh! Comme elles sont
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sh#: \ se V'HSRS DPI V Ye _. que cette nuit tu vas me sembler lente à nous rame- | ner vers le jour! Comme il va rentrer à son tour dans le pavillon, quel- que chose comme un bruit de pas légers se fait en- sur l'appui de la terrasse, prêtant l'oreille, interro- geant l’ombre. — Domitia paraît au fond du théâtre, ' montant lentement des jardins. Se | Scène V LESLY, DOMITIA LESLY, comme en extase. — Domitia!… Est-ce vous? DomiTrA. — Oui, c’est moi. Vous avez franchi À | les mers pour venir à ma rencontre N’est-1l pas RS juste que je vienne vers vous à mon tour? Je vous voyais de ma fenêtre et je n’avais que le jardin à | traverser. S HAUT. Leszy. — De grâce, avancez là. dans la clarté. que je vous voie! Et daignez me laisser toucher NON votre main, pour qu’elle m’atteste que ceci n’est pas SR un songe. que je ne rêve pas! 4e | Domrrta. — Regardez-moi. Je ne sais pas ce que quatre ans ont fait de mon visage Mais vous pou- vez prendre ma main: elle est à vous. “Leszy. — Ma bien-aimée!… Ah! laissez-moi vous dire que je vous aime! Pour le moment, je voudrais LS ne vous dire que cela... DomzrTiA. — Mon ami! LESLY. — Je ne me souviens plus d’avoif souf- fert.…. Vous voilà. Il me sémble que je vous ai quittée d'hier. Telle vous étiez, la nuit des adieux, là-bas, devant le lac argenté, telle vous voici sous les rayons de l’astre nocturne Et ce sont vos yeux, | c’est votre sourire. C’est votre voix C’est vous! ‘is ik (Un silence.) Vous m’aimez ? | fes DomiTrA. — Ne le savez-vous pas? Là-bas, de- Mat. vant un autre horizon, mais par une nuit aussi belle RS et sous ces mêmes étoiles, ne vous l’avais-je pas dit in — avec tout mon courage et aussi toute ma fai- a blesse, — quand je vous ai dit: partez? de LesLy. — Vous me parlez. J’ai tout un monde US de choses à vous dire. Et pourtant je voudrais pire -pleurer en silence, le front sur vos mains! Ah! Qu’elles ont été dures, ces quatre années vides de vous! DomiTiA. — Pardonnons-leur…. Il est doux, à % l’heure longtemps incertaine du bonheur, de se sou- x | venir à deux des souffrances passées ! La Lesiy. — Moi, du moins, j'étais libre. Mais vous, mariée, entourée, captive de tant de liens, qu’il a dû an parfois vous être lourd, le secret que vous portiez! | DomrrrA. — Je n’ai rien eu à dissimuler. Nous | autres Italiennes, quand nous aimons, nous ne savons HUE pas feindre.… Nous saurions peut-être, comme vos sx femmes du Nord, Mais nous ne pouvons pas. Nous ne daignons pas. Chez nous, dans nos villes aux fait le cœur transparent comme une lampe d’albâtre... Quand il y brûle, il l’éclaire. Que nous le voulions LA PETITE ILLUSTRATION tendre du côté des jardins. Lesly, surpris, se penche. loin de vous, qu’elles ont été lentes, les heures! beaux horizons, sous nos cieux dorés, l’amour nous : / départ, je me suis confessée à lui, entièrement. Je connaissais l’ami paternel dont j'ai porté le nom. C’est lui-même qui, avant de mourir, a voulu que nous Soyons unis. Oh! ce ne fut pas sans avoir fait prendre, de Rome, de minutieuses informations sur vous. Dans les premiers temps, par ses soins, pres- que jour par jour, nous étions tenus au courant de votre existence. Pardonnez-lui!… Pour une femme, le don irrévocable d’elle-même est une chose si grave, si sacrée, qu’elle n’a pas le droit de se tromper... Il voulait être sûr que sa fille avait bien choisi. Ah! mon ami, que vous m'avez rendue fière! Et quand votre voix s'élevait au loin pour la liberté d’un peu- ple, comme je me sentais orgueilleuse d’être élue d’un homme tel que vous! LEsLY. — J’ai essayé de vous mériter. C’est pour vous, pour vous seule que je parlais dans ce désert qu'était le monde sans vous; et ma récompense est que vous m'ayez entendu de si loin, de si haut, comme les hommes disent qu’une divinité les entend! Domirta. — Mon bien-aimé!. Oui, vous avez bien gagné qu'à mon tour je vous le dise. Je vous ai chéri, loin de vous, d’une ardente, d’une infinie ten- dresse. Et, quatre ans, j'ai vécu en vous comme je savais, comme je sentais que vous viviez en moi... Lointaine, les lèvres closes par notre pacte d'honneur et de silence, inexorable pour vous comme pour moi- même, — quatre ans, j'ai respiré cet encens de gloire et d’amour qui brûlait pour moi... Mais je ne suis pas restée l’idole impassible que vous avez pu croire. Oh! que de fois, pendant le long exil, émue, touchée jusqu'aux larmes de votre obéissance fervente, de votre constance héroïque et tendre, incertaine surtout du terme que nous assignait le destin, que de fois J'ai songé avec pitié, presque avec des remords, que vous étiez encore à l’âge d’aimer et d'être aimé, que je pouvais, moi, mourir, disparaître, et alors que je vous aurais inutilement privé de bonheur, que je vous aurais volé votre vie. Et il me venait des ten- tations d'appeler vers moi l’ami fidèle, de lui livrer enfin le secret étouffant et délicieux de mon cœur, de lui erier mon admiration, la ferveur sans défail- lance de mon souvenir, — de lui écrire, du moins! Mais je me résistais à moi-même. Je continuais à subir, à vous imposer — vous, l’élu de mon âme, — la rigueur de la séparation et du silence, afin que notre amour sans reproche fût plus beau que tous -les amours, et que nous fussions l’un et l’autre plus : fièrement dignes du bonheur, si le temps venait jamais d’être des époux! (Elle se lève et lui tend la main.) Il est venu. ; Leszy. — Des époux? Est-ce done bien vrai, Do- mitia? Des époux? | DomiTra. — Oui. C’est pour nos fiançailles que je vous ai appelé ici, dans la Ville du Christ Hélas! c'est pour autre chose aussi. Ecoutez-moi.. Voici le moment, pour vous, de me répondre... Et c’est avec angoisse que je dois vous interroger. (Un temps.) Il y à quatre ans, vous m'avez dit cette chose affreuse : que votre âme était un désert sans Dieu; et que vous, né chrétien, vous viviez comme si vous ne l’étiez pas. *[Vous avez dit cela à Lia Tibaldi, un matin d’au- E Mur 4 ou non, il éclate à tous les yeux... À tout moment, il | tomne,]* sur la terrasse de Belle-Rive. , he rayonne de nous. *[Le signor Tibaldi, avec sa Lesuy. — Je l’ai dit. Vous, vous êtes chrétienne, Ca finesse romaine, s’était bien vite aperçu qu’on avait | je le sais. ù RUE troublé le cœur de sa chère Lia! DomrriaA. — Comment et à quel point je le suis, 14 LEsLy. — Eh! quoi, le prince a su?...]* voilà ce qu'il est temps que vous sachiez, Ecoutez- ENS DomiTtiA. — Tout. Dès le, lendemain de votre | moi bien. Ni mon enfance n1 ma jeunesse n’ont été 1) t - « F 4 EPRRET RRRE ul ue ‘of cas de, ds le F PT ORe EE DO EE ou £ 11,6: dép, slt eye Du dus |: À
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JÉRUSALEM ! Ca celles des autres femmes. Mon éducateur, à moi, fut un grand-oncle qui était un pieux cardinal de la sainte Eglise, — un porporato, ainsi que nous disons à Rome: étant la cadette de deux filles, à dix-sept ans je devais prendre le voile au Carmel, suivant une tra- dition séculaire de notre maiïson. J’ai vécu mes pre- mières années dans le demi-jour d’un oratoire, près d’un vieillard vêtu de pourpre, à l’ombre pénétrante des choses saintes, — parmi de vieux livres dont mes préférés, les toujours relus, étaient la Légende dorée et les Chroniques Domitiennes, qui sont l’histoire chevaleresque, l'épopée merveilleuse des miens, des Domitiani. Ils furent, à moï, mes prodigieux, mes véridiques contes de fées! A mesure que je gran- dissais, je comparais la vie des âges lointains, telle qu’elle resplendissait dans les légendes, à celle de nos jours; et celle-ci me paraissait mesquine, sans lumière et sans beauté. Et je me résignais avec délices à devenir bientôt, pour toujours, la jeune abbesse d’un couvent de Rome, — lorsque la mort de ma sœur, fiancée au prince Sylla, changea brus- quement ma destinée. Il fut décidé que je prendrais la place de la morte; et je me trouvai rejetée dans la vie. Je ne m’en plains pas. J’y ai rencontré l’ami excellent que vous avez connu, j'y ai rencontré aussi George Lesly: c’est plus qu’il n’en “aut pour que mon âme reconnaissante rende grâces à son Créateur. Mais, voyez-vous, elle a gardé, cette âme, l'empreinte indélébile de mon enfance. Je suis une femme d’au- trefois.. Mon âme a pris dans le passé d’indestruc- tibles racines. Tout ce que croyaient mes rudes ou mystiques ancêtres, je le crois orgueilleusement, obsti- nément. Je suis de ma race et de ma religion, à jamais! *[Et maintenant que vous me connaissez toute, répondez-moi. Le nom que je porte encore, je suis prête à l’échanger contre le vôtre, certaine de ne pas déchoir, —— bien loin de là. Mais la chrétienne que vous voyez que je suis,]* la servante du Dieu crucifié, qu’allez-vous faire d’elle, Ô mon bien-aimé? LEsLy. — Je vais vous le dire. Oui, vous avez une foi qui n’est pas la mienne, qui ne peut pas l’être. Mais vous pouvez sans crainte mettre votre main dans ma main. Je réclame pour moi la liberté de penser ce que je pense. Mais, la même liberté, je l’accorde à tous. La tolérance est la première vertu d’un homme sincère; ou, plutôt, elle n’est pas une vertu : elle n’est que la courtoisie, que le savoir-vivre de la conscience. Je présume que vous souhaitez que notre union soit bénie par un ministre du Christ, iei-même, dans cette Jérusalem qui, pour vous, est un lieu saint entre tous. Je m'incline avec respect devant votre désir, Je vous conduirai publiquement à l’église. Je n’ai jamais songé à ne pas vous y con- duire. On peut être honnête homme et franchir le seuil d’un temple, autant pour se conformer à l’usage que pour ne pas contrister une chère conscience, — et sans, pour cela, être un croyant. DomrTiA. — Je voudrais plus. Oui, quand. vous entrerez avec moi dans l’église, je voudrais, entendez- vous bien? je veux y entrer avec un croyant. LEsuy. — Eh quoi? Vous exigez que ma présence à l’église implique l'impossible adhésion de ma pen- sée ? | DomtiTrA. — Oui, j'exige cela. (Un silence.) Dans cette Jérusalem où je vous ai fait venir, 1l y a un Dieu... Depuis quinze jours que vous êtes ici, l’avez- vous cherché? LESLY, après un nouveau silence. #— Eh bien, oui, en toute sincérité. J’ai fait, de moi-même, ce que je pressentais que vous désiriez de moi. Oui, pendant ces deux semaines d’attente, j'ai parcouru la ville sainte, — non pas comme un voyageur incrédule, uniquement curieux de grands souvenirs: J'ai essayé d'aller partout avec l’âme simple d’un enfant. J'ai suivi pas à pas le Fils de l'Homme depuis la porte millénaire qu’il franchit un matin, dans le bruisse- ment triomphal des palmes, jusqu’à Gethsemani, où il pleura devant son Père, jusqu’au Calvaire, où il Jeta son cri d’agonie. Partout, Domitia, j'ai retrouvé les pas de l’être le plus parfait, sans doute, qu’ait porté la terre, d’un homme divin, si vous voulez, — mais d’un homme! DomrrrA. — C’est que vous n’avez pas su voir un Dieu. _ LesEy. — C’est possible. La faute en est à moi, peut-être, et au siècle où je suis né. (Une pause.) Et maintenant, ma bien-aimée, laissons là, s’il vous plaît, les choses divines!.. Vous venez d’être un apôtre, — quel apôtre sincère et charmant! Daignez maintenant redevenir tout à fait vous, n’être plus qu’une femme, simplement, délicieusement! (11 l’'emmène lentement vers la gauche.) Voyez, ma bien-aimée.. Cette nuit de Judée est tiède et pleine d'étoiles Une volupté chaste, une félicité sans nom tombe, avec ces clartés, des feuillages et monte, avec ces parfums, de la terre endormie. L’immortelle nature fête nos âmes fidè- les... C’est la nuit de nos fiançailles. O ma femme! Ô ma fiancée! Il l’attire doucement vers lui. Dourria. — Non. Non. Promets-moi d’abord! Promets-moi que tu eroiras. que tu essaieras!.. Ah! Juge-moi bien surtout! Je ne suis rien moins qu’une sectaire… Je ne suis qu’une femme et ne me mêle pas d’être un apôtre.. Mais je t’aime: et mon amour, à moi, regarde au delà de cette vie! Je ne veux pas — comprends-tu bien? — que mon époux soit rejeté, soit exclu de ce ciel où j’aspire et où seront réunis ceux qui se seront aimés. Ah! non pas ceux dont le lâche cœur se résigne à n’être, après avoir battu, qu’une poussière avilie, dévorée par la tombe; mais Ceux qui, comme moi, veulént éperdument re- vivre, parce que l’autre vie, pour les amants vérita- bles, c’est aussi et c’est surtout l’éternité de l’amour! LESLyY. — Domitia, ne demandez pas, n’espérez pas l’impossible. Encore une fois, je ne crois pas... Je ne puis pas! Je ne pourrai jamais. DoMtTTA, solennelle, après un silence. — Qu’en saIs- tu? Penses-tu donc, Ô mon bien-aimé, qu’à cette heure où se joue le plus cher avenir de ma vie, tu me verrais si calme, si pacifiée, si je n'étais sûre — absolument sûre, entends-tu? — de triompher de toi, malgré toi-même? Puisqu’il faut vous le dire, un miracle, oui, un grand miracle s’accomplira iei!.… LEsLy. — Domitia!. Je ne vous comprends plus! L'aube commence à blanchir les monts. ‘ DoMrTi1A, avec une sorte d’exaltation mystique. — Ce soir... oui, ce soir même, à la chute du jour, à l’heure où il n’y a personne dans l’église’ trois fois sainte, j'irai au Sépulere… Et, là, seule sous. la coupole obseure, le front touchant le rocher du Calvaire, J'implorerai, j’adjurerai Jésus pour, vous... LEsLy. — Pauvre femme! Jésus de Nazareth ne fut que notre frère en misère: et le tombeau qui est là-bas est sourd comme tous les tombeaux. DomrTiA. — Jésus-Christ m’entendra: car il est Dieu, le Dieu vivant! lives,
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\ LEsry. — Admettons qu’un Dieu vous entende. — Pourquoi vous exaucerait-il, vous, alors que tant de prières, chaque jour, montent inutilement vers le ciel? DomrrtA, avec force. — Il m’exaucera parce. qu il me le doit h. Ma prière ne sera pas une prière comme une autre: Jésus crucifié a une dette envers moi... Oui, une dette! Ecoutez! (Une pause.) Lors de la prise de Jérusalem par les croisés, le premier qui entra dans le Saint-Sépulcre, l’épée à la main, fut un de mes ancêtres, Philippe Domitiani., La nuit qui suivit, comme il dormait sous sa tente, Jésus lui apparut en songe et lui demanda ce qu’il voulait pour récompense. Et le bon chevalier demanda que tout pèlerin de sa lignée qui viendrait prier au rocher du Calvaire y eût, une fois dans sa vie, un vœu exaucé. Et Jésus promit qu’il en serait ainsi jus- qu’à la fin des temps. Eh bien, moi, fille de cette race, ce que je veux,:ce que je viens demander au Christ rayonnant, c’est d’emplir vos yeux de sa lu+ mière et de faire de vous, malgré vous, un chrétien ! LEszy. — Faire de moi ce que vous dites n’est au pouvoir de personne... DomtrriA. — C’est done au Christ que je me fie! Le jour où 1l Jui plaît, son éclair déchire les ténèbres; et, sur l’aride chemin de Damas, un orgueilleux, un incrédule tombe à genoux! (Un temps) Oui, déjà peut-être, vous qui êtes là maintenant tout pâle de- vant moi, — quelque chose de semblable à cette aube qui blanchit la cime des montagnes, quelque chose de _ nouveau, à votre insu, s’éclaire et commence en vous. LesLy. — Hélas! Je ne suis pâle que du délice de vous avoir revue... de la terreur de vous perdre, à peine retrouvée! Ah! Domitia, ayez pitié de nous! Domtiria. — Je suis sûre, vous dis-j8!.. Demain, mon bien-aimé, vous serez chrétien! Un grand silence. Leszy. — Eh bien, soit! Allez donc au Sépul- ere. Mais, auparavant, je vous interroge à mon tour; et, à mon tour, je vous adjure de répondre... Si Jésus, contre votre attente, ne tenait pas sa pro- messe, s’il se révélait, même à vous, impuissant à la tenir; si, en un mot, vous me retrouviez demain tel que je suis, tel que je viens de vous dire que je serai toujours, vous, croiriez-vous encore à Jésus? DomrriA. — J'y croirais toujours. Comment me serait-il possible de ne pas y croire? Mais je me dirais avec épouvante qu'irrité de votre obstination, de votre superbe, il vous aurait définitivement ré- prouvé... Leszy. — Et alors? — car, si le fait de s’age- nouiller avec vous dans une église doit être de ma part un acte de foi, vous sentez bien, n’est-ce pas? que je ne saurais plus vous y conduire, — de moi qui vous aime, de nous qui nous aimons, qui avons pourtant bien acheté le droit d’être heureux, — 6 Domitia; qu’adviendrait-il de nous? LA PETITE ILLUSTRATION Domrrra, — Vous repartiriez pour l'Irlande et moi pour Rome. Et tout serait fini. (Un silence.) À moins... (Elle hésite, puis comme malgré elle.) À moins — Ô misère! ô créature d'argile! — que je ne t'aime plus encore que je ne devrais aimer mon âme; que, sans force contre la cruauté d’un nouvel ad: je ne me fasse réprouvée, maudite, à mon tour, — et que je ne te dise: « Partons, emmène-moi tout de même, sans le prêtre, sans l’église... Et payons tous deux des peines éternelles le crime éphémère et ado- rable d’avoir aimé !.… » (Avec épouvante et se reprenant.) Non! Non! Oublie ce que je viens de dire. Car moi aussi, Seigneur! Ep voici que j'ai blas- phémé! Elle se couvre le visage de ses mains. Lesuy. — Ah! le voilà, le eri que j'attendais! Il s’est échappé de ton cœur... Non! je ne m’agenouil- lerai pas devant un Dieu que j'ignore. Mais je me prosterne devant toi qui n’es qu’une femme: tu sais aimer ! Un long silence, pendant lequel ils semblent se défendre contre la tentation de tomber dans les bras l’un .de l’autre. DoMITIA, se reculant. — Non! Non! Séparons- nous... Aussi purs, aussi chastes que les dernières étoiles! (Elle remonte vers le fond du théâtre.) Où est votre fille? A LESLY, montrant le pavillon. — Voilà sa chambre... Elle dort là. (I tire à lui le volet extérieur. On voit Ginette endormie, tout contre la fenêtre ouverte.) J'irai l’embrasser tout à l’heure, avant d’aller dormir moi-même. DOMITIA. — Embrassez-la…. (Lesly:se penche et baïise au front l'enfant qui, tout én dormant, murmure: « Père! » Puis Domitia écarte doucement Lesly et, se penchant à son tour, pose ses lèvres sur le front de la petite, à la place même où le père l’a embrassée.) Voilà mon baiser de fiancée, — sur le front de notre enfant !… Leszy. — Domitia! Un grand temps. Domirra. — Et maintenant qu’elle est déjà un peu mienne, faites-moi une promesse. (Une pause.) Un pauvre moine, mon compatriote, — que ce serait mal à moi d'oublier, — m’a dit son ambition d’avoir la fille de George Lesly parmi les enfants qui iront dans la journée recevoir le patriarche au seuil d’une chapelle. J'ai osé m’engager à obtenir de: vous cette grace... LESLY, après un silence. — Je ne dois, je ne veux rien vous refuser. Quand vous reverrai-je ? DOMITIA, du fond du théâtre — Ce soir! (De ses mains appuyées contre ses lèvres elle envoie un baiser à Lesly, dans un geste d’une tendresse, d'une confiance infinies.) Quand le miracle sera accompli !.…. Elle descend les degrés de la terrasse et s'éloigne dans le jour naissant. RIDEAU us œ AT ce 7: ad ve 4 3 La é 38) NA : Cr : nr Es: ù - + ? ;. À Re. 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JÉRUSALEM ! à VI Re “15 ACTE III La fontaine de Siloé. Au fond, un peu à droite, la fontaine, ombragée d'oliners séculaires et d'un grand pin parasol. À droite, au second plan, un sentier pierreux monte vers la ville. Au premier plan, un autre sentier monte de la vallée. À gauche, le chemin s éloigne entre les murs de terre et les haes de cactus des jardins. | ve, Scène première MISS LESLY, LEONARD LÉONARD. — Ecoutez! (Des chants lointains se font entendre.) Nous avons quitté la Casa Nuova avant les enfants, et elles arrivent seulement à la porte d'Ophel..…. On gagne au moins cinq minutes en pas- sant par le quartier arménien. Et, ma foi, par ce soleil, ce n’est pas à dédaigner. Miss LESLY. — Sommes-nous arrivés ? LÉONARD. — Oui. Voici la fontaine de Siloé…. Tei, selon la tradition, Jésus un jour prit un peu d'eau et en guérit les pauvres yeux d’un aveugle. N'est-ce pas que l'endroit est charmant? Regardez ce vieux pin de Syrie qui ouvre son parasol hu-des- sus de la source sacrée, comme pour l’abriter pieu- sement du soleil. Miss LesLy. — Où est la chapelle? Je ne la vois pas. LÉéonarD. — Elle est à cinquante pas d'ici, au “bout de ce chemin qui s’en va entre des jardins. (11 montre la gauche.) C’est ce petit portique blanc qu’on aperçoit derrière les arbres... $ Les chants se rapprochent davantage. Miss Lesuy. — Cette fois, c’est la procession. LÉONARD. — Oui, la voilà... le père Lazare marche en tête. Votre petite nièce vient la dernière, avec Annie... (Entrée de la procession par la droite. Des moines précèdent des petites filles vêtues de blanc, tenant des cierges non allumés. Ginette est la dernière, suivie par Annie et par un franciscain.) Regardez-les: elles sont sérieuses ; _eroquer | Scène II MISS LESLY, LEONARD, LE PERE LAZARE, . UN FRANCISCAIN, GINETTE, ANNIE, MOI- NES, PETITES FILLES, puis LE FRERE DEODATO. | LE PÈRE LaAZARE. — Halte-là! (11 frappe dans ses mains. Les chants cessent et la procession s'arrête.) J'accorde deux minutes de repos, à l’ombre. : Les enfants se dispersent sous les arbres, formant des groupes blancs autour de la fontaine. : LÉONARD, est allé chercher Ginette et l’amène à miss Lesly. — Je vous présente la plus jolie... Eh bien, vous ne l’embrassez pas? Miss Lesly embrasse l'enfant, mais en silence et avec une sorte de nervosité. Le PÈRE LAZARE. — N'est-ce pas qu'elles sont gentilles? avec tous ces angelets blancs, on a l'air . de s’en aller en Paradis (A Léonard.) Tenez, cette petite blonde, c’est la fille du consul général de France, — votre tableau ce matin. | LÉONARD. — C’est d'autant plus aimable qu’on ne =. le voit pas. On l’a accroché dans l'endroit le plus “noir de la chapelle !.. qui, entre parenthèses, a beaucoup admiré Le FRÈRE DÉODATO, qui vient d'entrer, — Un peu de patience! vous allez voir, tout à l’heure: quand les cierges seront allumés, la chapelle semblera pleine d'étoiles. (Une cloche tinte dans le lointain, du côté de Jérusalem.) La cloche de Ia Custodie!… le cortège quitte Jérusalem... (Au père Lazare.) Le consul est allé prendre monseigneur à cheval avec tous les cawass du consulat. . LÉONARD. — Est-ce qu’ils vont passer par ici? Le PÈRE LAZARE. — Non. Ils viennent directe- ment par la route des Palmiers. I1 remonte vers le fond avec Léonard et s’occupe de grouper les enfants. G Le FRÈRE DÉODATO, à l’un des franciscains — Un mot, je vous prie, frère Bonaventure. La cérémonie va peut-être finir tard; et j'avais promis de con- duire la princesse Sylla, notre compatriote, à l’église du Saint-Sépulcre, qui, comme vous savez, n’est pas. facile à trouver pour une étrangère. LE FRANCISCAIN. — La princesse, RATapRe alles au Saint-Sépulcre aujourd’hui? Le FRÈRE DÉODATO. — Oui, tout à l'heure. LE FRANCISCAIN. — Le soleil est déjà bien bas. L'église sera fermée, certainement. Le FRÈRE DÉODATO. — Voici un permis du pacha de Jérusalem qui, par faveur spéciale, autorise la princesse à entrer dans le très saint lieu, même après la clôture des portes. Pour éviter tout malen- tendu, je voudrais que vous alliez de ce pas aviser l’officier et le poste turcs de cette visite; car vous savez que ces chiens d’infidèles sont toujours be bars | de fermer l’église. Le FRANCISCAIN. — Bien. Le FRÈRE DÉOparo. — Cela fait, vous rentrerez à la Casa Nuova et vous vous tiendrez à la dispo- sition de la princesse. Excusez-moi auprès d’elle. Le FRANCISCAIN. — Entendu, frère Déodato; vous pouvez compter sur moi. | Il sort par la droite. Un autre franciscain entre par la gauche. | | UN AUTRE FRANCISCAIN. — Père Lazare, voilà Monseigneur! le cortège a dépassé les térébin- thes. LE PÈRE LAZARE, frappant de nouveau dans ses mains. — Vite! en place pour aller recevoir Sa Grandeur ! - GINETTE, à miss Lesly. — Est-ce que tu viens, tante Belle? Je m'amuse, tu sais? je m'amuse beaucoup... Tu vois, à moi aussi, on m'a donné un cierg'e !.. Miss LESLY, sans répondre. — Va, mon enfant, va avec Annie. (Elle s’assied près de la fontaine, sous les arbres.) LE PÈRE LAZARE, au frère Déodato. — Prenez la tête du petit troupeau, frère Déodato.. Je vous rejoins dans un instant. La procession, qui s’est reformée, défile de nouveau sur le théâtre et s'éloigne, en chantant, par le sentier de gauche. LÉONARD, suivant. — Tout ce petit monde chante faux que c’est un bonheur! Mais c’est charmant tout de même... (II sort derrière la procession.)
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16 | LA PETITE Scène III MISS LESLY, LE PERE LAZARE Le PÈRE LAZARE. — Avant de présenter nos en- fants à Monseigneur, je veux vous remercier, miss Lesly, — oui, vous remercier du fond du cœur de la présence de votre petite Ginette à notre cérémonie chrétienne... Je sais, hélas! depuis hier soir, de quel sentiment pénible, infiniment respectable, 1l vous a fallu triompher... Miss LEsLy. — Je n’ai triomphé de rien, père Lazare. C’est mon frère qui, ce matin, avant de sor- tir, a donné l’ordre à Annie de conduire l’enfant à cette procession. ILLUSIRATION LE PÈRE LAZARE, à part. — Cette vieille demoiselle est terrible !.… Il sort par la gauche avec le franciscain. Miss Lesly reste seule. Un temps. Scène V MISS LESLY, puis UN JUIF, DES ENFANTS, DES HOMMES et DES FEMMES DU BAS PEUPLE. Une rumeur, des cris à droite. Miss LEsLy. — Eh bien? Qu'est-ce donc? Entre par la droite un juif, poursuivi par des enfants et par une foule vociférante. pr É La fontaine de Siloë. LE PÈRE LAZARE. — Je n’en regrette que plus de ne pas avoir eu le plaisir de voir M. Lesly à déjeuner. Miss Lesiy. — Il est monté à cheval de très bonne heure; ct il n’est »as encore rentré. Mais 1l ne saurait tarder; car il m’a fait dire qu’il viendrait lui-même chercher sa fille. Le PÈRE LAZARE. — Je le verrai donc tout à l’heure ? Miss LEsLy. — C’est probable. | Scène IV Les MÊMES, UN FRANCISCAIN “LE FRANCISCAIN, entrant par la gauche. — Mon révé- rend père, les enfants sont en place. On n'attend plus que vous... LE PÈRE LAZARE, à miss Lesly. — Vous permet- tez? ; Miss LESLY, sèchement, — Je vous en prie... Le PEUPLE. — Assommez-le!… Giflez-le!.…. Les ENFANTS. — Tirez-lui la barbe! LE JUIF, criant. — Aïe! Aïe! LEs ENFANTS. — Arrachez-lui les cheveux! LE JUIF. — Pitié! Miss LESLY, épouvantée. — Mais 1ls vont le tuer! Elle se. lève et fait quelques pas vers le juif. Puis, au même moment, elle voit Lesly entrer et remonte vers le fond. Le PEeuPzE. — Hou! Hou! Scène VI Les MÊMES, LESLY LESLY, paraissant à droite. — Que se passe-t-il donc? (I1 s’avance vers le groupe.) À qui en avez-vous? Pour- quoi frappez-vous cet homme? (11 s’interpose entre le juif et la foule.) Que vous a-t-il fait? Le PEeupze. — C’est un juif! — Un juif immonde! LEsLy. — Encore une fois, que vous a-t-il fait?
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Le PeuPLE. — Il a frappé un enfant. Un enfant chrétien. : | UN ENFANT. — Oui... moi! LE JUIF, à Lesly. — Je vais te dire C’est vendredi aujourd’hui. Alors, je venais du mur des Lamenta- tions... Tu sais? le mur du Temple. le mur du saint roi Salomon. Car, eux, les chrétiens, ils ont bâti partout des églises, des chapelles... Nous n'avons plus rien, nous, que ce mur en ruines, pour y pleurer! Oui, on ne nous a laissé que cela. Et, pourtant, nous sommes chez nous! Le PEUPLE. — Chez toi? Répète done, un peu !.…. Bourreau du Christ! Ordure! LEszy. — Silence, vous dis-je! Laissez-le parler! Le Jutr. — Done, je venais du mur... en me traî- nant, en boitant.… car je suis vieux et je marche avec peine. Des enfarits, des gamins, se sont moqués de moi. Ils m'ont lancé des pierres. J'ai reçu dans la figure un caillou qui m’a tout ensanglanté.. Alors, j'ai eu un mouvement de colère, je l'avoue. J'ai frappé un de ces petits méchants. Il a erié... Tous ceux-ci sont accourus et ils ont voulu. me tué. Ils vont encore me battre! Protège-moi, toi qui sembles un étranger puissant !.. | LESLY, à la foule. — Allons, laissez cet homme... (Jetant de la monnaie aux enfants.) Voilà pour acheter des pastèqués.…. (Aux hommes.) Et pour aller boire un verre de raki.… (La foule se précipite pour ramasser l'argent. Lesly, à sa sœur qu’il aperçoit.) Tiens! tu étais là 2... Que dis-tu de ces brutes ? DEUx ou TROIS, qui étaient montés sur des pierres! et regardaïient du côté de ‘la chapelle. — ‘Le patriarche ! Notre patriarche !.. Venez! Arrivez!..:(Is sortent en courant par la: Fée +: La foule les suit. Cris.) Le voilà ! C’est le vieux! Il'a sa mître et sa crosse en or!.. à: I entre dans la chapelle! Courez done !... -Nous ne verrons rien !…. Miss Lesly a repris sa DISENIINS de la fontaine. Scène VII | LESLY, LE JUIF LESLY, au juif. — Tu es encore là ?... Qu'est-ce que tu attends ? Le Jutrr. — Sois béni, toi! Tu m'as tiré de leurs sales griffes... Sois béni par le Dieu d'Abraham, tout chrétien que tu es! Leszy. — Tu les hais done bien, les chrétiens? Le JuIr. — Comme vous nous haïssez.. Seule- ment, tu comprends, on est les plus faibles. Alors, on ne dit rien. LEsLY. — Es-tu né ici? Le Juirr. — Non. Je suis de Pologne... Mais je n’y suis pas resté... je suis allé, pour aise le com- merce, en Allemagne, puis en France, dans une petite ville de la frontière. C’est pour cela que je parle. français. LEsLy. — Ah? Qu'est-ce que tu faisais? Le Jutr. — Oh! un peu de tout... J’achetais... Je revendais Puis on est serviable: on prêtait de l’ar- gent à l’un, à l’autre. avec un petit bénéfice... - LEsLy. — Autrement dit, tu faisais l’usure ? Le JUIF. — Si tu veux... C’est encore le meilleur métier. Pour nous du moins, puisque pendant long- temps on ne nous en a pas laissé d'autre! Quand je me suis senti vieux, j'ai vendu ce que j'avais là- bas et je me suis dit: je vais retourner chez moi... JÉRUSALEM ! LESLY. — En Pologne? Le Juir. — Oh! non. Ici. En Israël! Je suis venu ici pour y mourir. C’était le rêve de toute ma ie... Mourir à Sion, à l’ombre du Temple! de notre Temple, qui n’existe plus. mais qui était là-bas. sur la grande place vide. Jérusalem! (Avec un san- glot.) Jérusalem! (11 pleure.) Jérusalem !… LESLY, avec une émotion profonde, — Je te salue, pauvre hère, pour ton attachement indestructible à ta patrie abolie, détruite, et qui, depuis tant de siècles, n’est plus qu’un nom effacé de la terre. Pauvre vieil homme aux habits sordides, au visage risible, je t’admire parce que tu fais en ce moment, sans le savoir, une chose admirable ; parce que, croyant ne confesser que le Dieu de tes pères, tu attestes par tes larmes la grandeur, la pérennité d’une autre religion, celle-là terrestre, mais la plus belle, la plus vivace au cœur de tous les hommes : celle de la patrie! Adieu. et. prends *ecl, pour l'amour de l'Irlande, ma patrie, à moi. és Il lui donne quelques pièces : d’or. LE JUIF, sursautant et comme réveillé. —: De l'or! de l’or!... (11 referme sa main.) Par où m'en aller ?. (11 va vers la gauche.) Noh... pas par ici! 1l'y a des chré- tiens par là. Ils me voleraient, ées chiens! Par 1e... Allons-nous-en par 1€... (Sortant par, la droite.) De l'or... de Por! LesLy, le dre sortir, à sa sœur. — Tu vois? Il n’est plus sublime, maintenant. Le charme est rompu... La tare originelle reparaît… I! n’est plus qu'un juif cupide et avare.… Hélas! juifs ou non, heureux ou misérables, comme il-faut peu de chose pour que ce que nous avons de boue héréditaire au fond de l’âme remonte à la surface, corrompe ou . déshonore nos plus hauts sentiments !.…..(Miss Lesly est . restée silencieuse.) Eh bien, tu ne dis rien ?. Miss LESLy. — Ce n’est pas à ce ie ue J'en ai, _— mais à toi. LESLY. — A moi ? Miss LesLy. -— Que viens-tu faire ici? Où vas-tu ? LesLy. — Moi? Je viens chercher Ginette. On a dû te prévenir, J'avais pensé que, peut-être, cela te contrarierait de l’accompagner. C’est pourquoi, ce matin, j'avais dit à Annie de la conduire... Miss LEsLy. — Je l’ai conduite moi-même. En ton absence, je ne laisse à personne le soin de veiller sur l’enfant. LEszy. — Tu m'en veux? beaucoup ?.… Miss LEszy. — D'où viens-tu ? pourquoi es-tu parti ce matin au lever du jour, sans me prévenir, avant que je fusse éveillée ? LEsLy. — Je suis allé à cheval jusqu'aux réser- voirs de Salomon. Il y à loin et je voulais être de retour avant la nuit. | Miss LEsLy. — Regarde-moi bien en face et ose me dire pourquoi, après avoir entendu hier soir et approuvé mon refus au père Lazare, tu m'as fait ce matin cette surprise de me désavouer et de leur faire conduire ton enfant? J’accorde qu’en soi la chose n’ait qu’une médiocre importance. Elle n’en a que par les motifs qui t’ont fait revenir sur ta déci- sion. Peux-tu me les dire? (Un temps.) Tu te tais? (Un temps.) Voilà done ce qu’en quelques heures, par l’impur sortilège des yeux et des lèvres, l’amour, le détestable amour a pu faire de toi! (Lesly reste sans répondre.) Tu l’as revue? C’est elle qui a obtenu... ? LESLY. — Oui. | Miss Lesy. — Ceci lève mon dernier Ets
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ZT " DAS RARN TS lucide et sur ma volonté. # CFA ns Lesuy. — Elle m’a déclaré en effet qu elle n’épou- serait qu'un chrétien. Miss Leszy. — Et tu as répondu? Leszy. — Ce qu’elle savait déjà. que je ne l’étais pas. | Miss Lesy. — Alors? prépare-t-elle ? Encore un silence. LEszy. — Un enfantillage sublime... Avant la fin du jour, elle ira au Sépulcre. et là, dans la sim- plicité, dans la confiance de sa foi, elle implorera un miracle, pour lequel elle est venue jusqu'ici. Miss LESLY, haussant les épaules. — Celui de ta con- version ? (Un temps.) Allons, je te fais excuse. Je croyais à un drame, au conflit douloureux de deux consciences : nous sommes dans la comédie. J’aime mieux cela. LEsLy. — Ne parle pas légèrement! Depuis quel- ques heures, un trouble inexprimable est en moi. Miss Leszy. — Ah! malheureux! je savais bien! Le miracle, c’est la magie de sa beauté, la séduction de sa chair qui l’opère… La terreur de la perdre te possède et va te courber jusqu’à la honte, jusqu’à la lâcheté de lui dire: je crois! Leszy. — Non, ce n’est pas cela! Sa beauté ni mon amour mêmé n’auraient rien pu sur ma pensée Dussé-je en mourir de Que médite-t-elle, que douleur, | fidèle — à lui dire un éternel adieu, si elle n’avait été que la fanatique, l’orgueilleuse que tu dis. Mais elle n’est, en vérité, qu’une femme qui aime. En demandant au Dieu en qui elle croit ce qu’elle va lui demander tout à l'heure, en épuisant son crédit, même imaginaire, en faveur d’un impie, elle ne fait pas qu’un acte de foi: elle fait aussi et surtout un acte d’amour. Miss Leszy. — Allons donc! Si elle t’aimait vrai- ment, elle te sacrifierait son Dieu illusoire. Et toi tu la consolerais de la perte de sa chimère en vivi- fiant son intelligence, en ouvrant ses yeux à la vérité. Leszy. — Tu te trompes. Telle qu’elle est, telle que l’hérédité et la vie l’ont faite, elle est chrétienne à jamais. Et si, pour son malheur, j'arrivais à la persuader, si, demain, désabusée de l’impossible pro- dige, elle acceptait d'unir sans condition sa destinée à la mienne, jusqu’au dernier de ses jours elle en- durerait cette indicible torture d’avoir renié un Dieu implacable et de garder sa foi épouvantée... Miss LEsLy. — Alors, que comptes-tu faire ? Songes-tu done, toi, à sacrifier ta conscience, qui est ton Dieu? LEszy. — Ah! voilà done le grand mot proféré! Ma conscience !… Une conscience suppose une croyance en quelque chose, une foi quelconque, dis- ciplinée par une sanction, ennoblie par une espé- rance… Moi, je ne crois à rien! je n’espère rien !.… Mon esprit, las du vain conflit des doctrines, ne porte plus que la plante stérile du doute : aucune croyance, aucun système ne peut plus y prendre racine. Je ne crois à rien, te dis-je, pas même à mon incrédulité !... 18. Re LA PETITE ILLUSTRATION Cette femme va te mettre en demeure — si ce n’est Miss Lesuy. — Encore une fois, que comptes-tu déjà fait — de renoncer à elle ou d’accepter son | faire? Dieu ? LEsLy. — Je ne sais plus. Depuis ce matin, je cherche mon devoir; et je me demande si ce devoir — étant, moi, l’homme que je suis — est vraiment de disputer si âprement à une chère créature l’illu- sion, la félicité de se croire exaucée… Et, quand il s’agit de notre bonheur à tous deux, s’il est obliga- toire de tout immoler cruellement, stérilement, à ce que tu appelles magnifiquement ma conscience, — à ce qui n’est au fond, pour toi comme pour moi et tous ceux qui nous ressemblent, que l’orgueil déri- soire de se croire en possession de la vérité. Ah! quelle importance ont-elles done, au regard de l’im- manent mystère, nos affirmations, nos négations et toutes les allées et venues de nos esprits dans les ténèbres? Est-il né celui qui va déchiffrer l’énigme formidable des choses? Et jusque-là, qui done, parmi les hommes, peut, sans imbécillité ou sans impudence, proclamer : Voilà l’erreur! et voici l’absolu. de la vérité ! Miss Lesuy. — Le juste qui cherche la vérité dans les ténèbres a le droit de se tromper: on n’a jamais celui de mentir. LESLY, avec une exaltation croissante. — Le mensonge qui donne le bonheur, ou seulement l'illusion du bon- heur,. est divin. Et 1l y a deux mille ans, dans la nuit sans amour, de l’humanité, le mensonge d’un juste a allumé des étoiles !.…. Miss LEsLy. — Prends garde, Lesly!.. Tais-toi!.…. Un vent de superstition souffle sur cette ville de l’imposture et passe sur moi à mon tour... Taïis-toi!…. Voïci que j'ai peur que l’aïeul ne nous écoute dans l’ombre, qu’il ne te châtie, qu’il ne se venge! Leszy. — L’'aïeul ? Voilà deux siècles qu’il n’est plus qu’un peu de cendre, emportée je ne sais où par le vent... - A ce moment, du côté de la chapelle, un gränd cri s’est fait entendre, suivi aussitôt d’une rumeur grandis- sante. Miss LEsLy. — Ah! LEsLy. — Qu'y a-t-1l? Miss Leszy. — C’est du côté de 4 chapelle! Va! Cours !.…. Scène VIII Les MÊMES, LE PERE LAZARE, LEONARD, portant GINETTE, évanouie, ANNIE, MOINES, PEUPLE LESLY, se précipitant. — Ginette! mon enfant! Miss Leszy. — Ah! misère! elle est morte! LÉONARD. — Evanouie seulement Rassurez- vous! Quelques brûlures. sans gravité, j'espère !. LESLY, qui a pris l'enfant dans ses bras. — Réponds- moi! ‘Ouvre les yeux, ma chérie! Le PÈRE LAZARE. — Portons-la à la Casa Nuova... (A un moine.) Et qu’on aille en toute hâte chercher le médecin de l’hôpital russe... Miss LESLY, à Léonard. — Qu’ est-il done arrivé, par pitié? Léonarp. — C’est son voile qui a pris feu à son cierge.…. Miss Leszy. — L’ancêtre !… C’est l’ancêtre a s’est vengé par le feu! RIDEAU +
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4 th PS RER AT RTE SCANS NS PT TRE Te a Pr PRES TO Au PPT APE UE RS Nr ARE PS REP UT Ur RTS A ER SRE CARRE DEV M 2 AIRES RS COCO EEE STARTER CT ETS AP A L'ÉNNNTAUS N EEf PLEMET LA ST % À a? , Feat Ye rc "+ REA NAT EE À d'A r r; RARE ( \ À pit A : OT IRA # Das af RAT AU NE RE 7 ASS 7 ele ES > N d + Ÿ JÉRUSALEM ! 19 - e ACTE IV ) * [PREMIER TABLEAU] * Un couloir du couvent. Au fond, à droite, porte avec un judas recouvert d'un petit rideau : c est celle _ de la chambre de l'enfant. À gauche, dans le Le coupé, une autre porte donnant sur le jardin. Chaises. Petite table. Scène première LEONARD, LE PERE LAZARE, DOMITIA Domitia est assise à gauche. Léonard sort de la chambre. LÉONARD. — Eh bien? Le PÈRE LAZARE. — Nous jouons de malheur. Il y a à Jérusalem, en temps ordinaire, quatre méde- cins… Trois sont :bsents; ils passent la saison tor- ride au bord de la mer. Un seul est dans la ville... le médecin de l’hôpital russe. Mais il est allé ce matin à Modin, pour voir un malade... il doit rentrer ce soir. À quelle heure? On ne sait. — Où est le père ? DoMITIA, à part. — Le malheureux ! LÉONARD. — Près de la petite. avec miss Lesly. Il fait pitié. Le PÈRE LaAZzARE. — Continue-t-elle à souffrir autant? LÉONARD. — Non. Depuis dix minutes, elle dort paisiblement.: On dirait que son pauvre petit corps a été jusqu ‘au bout du possible de la souffrance, qu’il l’a épuisée... Le PÈRE Lazare. — Est-elle très profondément brûlée ? LÉONARD. —. Très profondément... surtout au côté droit... Domrrta. — Ne pourrait-on aller au-devant du médecin russe ? LE PÈRE LAZARE. — J'y À: bien pensé. Mais il y a deux routes: la route d’'Hébron et celle de Ta- mar. Par laquelle reviendra-t-il ? DOMITIA, se levant, — Je connais la route 'd’'Hé- bron... S'il l’a prise, je le ramènerai dans ma voi- ture. Joachimo, mon intendant, ira l’attendre sur l’autre route. A tout à l'heure l.. Lui ou moi, nous vous ramènerons le médecin. LÉONARD. — Merci, madame, au nom de ces pau- vres gens. | DomtTrA. — Retournez près d’eux.… ne m’accom- pagnez pas. Dites seulement à M. Lesly que vous avez vu une femme qui voudrait donner £a vie pour. sauver celle de son enfant! (Au père Lazare.) Ah! mon _ père, c’est moi, moi, qui lui ai demandé d’envoyer la petite à la procession! Elle sort. Scène II LEONARD, LE PERE LAZARE Le PÈRE, LAZARE. — Pauvre dame! Elle s’accu- serait presque! Ce n’est pas elle qui est respon- sable... Ce sont les desseins de la Providence qui sont insondables !.… Léonard hoche la tête sans répondre et rentre dans la chambre, ® *[Woir ci-après l’appendice, page 27.1* Scène III LE PERE LAZAPE, UN FRANCISCAIN, entrant par le jardin. LE FRANCISCAIN. — La dame italienne n’est pas là ? Le Père LAZARE, — Elle .ort. Vous ne levés pas rencontrée ? LE FRANCISCAIN. — Non... J’attendais au parloir… C’est moi qui avais été désigné pour la conduire à l’église du Saint-Sépulcre. Elle était rentrée exprès à la fin de la journée; et nous allions partir, lors- qu’on a ramené l& pauvre petite de la chapelle. Elle est montée ici, bouleversée comme nous tous... et je croyais l’y trouver encore. Je venais lui demander si elle comptait toujours faire la sainte visite aujour- d'hui.. l'officier du poste ture à attendu jusqu'à ‘ce moment; mais il s’impatiente et fait demander s’il faut attendre encore. LE PÈRE LAZARE. — Quelle heure est-il? LE FRANCISCAIN. — Bientôt huit heures. Si l’on ne doit pas venir, l'officier voudrait bien renvoyer ses hommes à la casern> et fermer l’église pour la nuit. Le PÈRE LAZARE. — Il le peut. La princesse Sylla est en ce moment sur la route d’Hébron et, forcé- ment, la visite est remise à demain. Allez, mon frère : 1l est inutile que vous-même attendiez davan- tag'e.…. LE FRANCISCAIN. — Bien, mon père. Mai ose- rai-je demander somment va la chère petite enfant? LE PÈRE LAZARE. — Priez pour elle, frère Eona- venture. Elle a été bien grièvement brûlée! LE FRANCISCAIN. — Que Dieu la guérisse!.… Qu'il ne prenne pas encoré ce petit ange pour son ciel! Scène IV LE PERE LAZARE, LEONARD et MISS LESLY sortant de la chambre. LÉONARD, tenant miss Lesly par la main. — Venez un peu là, miss Lesly.… Le père Lazare avance un siège à la vieille demoiselle, qui s’assied. Miss LESLY. — Je suis sortie un moment parce que je n’y tenais plus. J’allais fondre en larmes devant elle. LE PÈRE LAZARE. — Est-ce qu’elle s’est réveillée ? Miss LESLy. — Oui. Elle est là, dans son lit, immobile comme une petite morte; car elle ne peut pas faire un mouvement, tant elle est serrée dans les pansemenis!… Elle ne dit plus rien. Maïs ses yeux grands ouverts nous regardent, nous inter- rogent… moi surtout, comme si elle me devinaït, moi femme, moins habile que les hommes à me défendre... ‘Et je me roïdis contre moi-même, je lui souris tant
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20 LA PETITE ILLUSTRATION que je peux... Mais, maintenant, je ne peux plus... il faut que je pleure !.…. Elle sanglote. LE PÈRE LAZARE. — Calmez-vous, ma chère demoi- selle !.…. Voyons... elle ne souffre plus : c’est bon signe... Miss LEsLy. — Allons, rentrons! LÉONARD. — Qu'il soit revenu par Hébron ou par Tamar, le médecin ne saurait maintenant être bien loin. Il rentre dans la chambre avec miss Lesly. Scène V LE PERE LAZARE, seul. Un roulement de voiture se fait entendre. LE PÈRE LAZARE. — Une voiture. c’est lui! (11 va en hâte vers la gauche. Parlant au dehors:) Par 16, doc- teur Wassilieff... Scène VI LE PERE LAZARE, DOMITIA, LE MEDECIN | RUSSE DOMITIA, à l'entrée. — Passez, monsieur. Le MÉDECIN RUSSE, passant. — Pardon... Ah! c’est vous, père Lazare? Vous avez bien fait d'envoyer à ma rencontre. Nous gagnerons tout de même quelques minutes; et, en pareil cas, c’est 1m- portant. À quelle heure l’accident est-il arrivé? LE PÈRE LAZARE. — Entre quatre heures et demie et cinq heures. Les petites filles reconduisaient (I1 entre.) Monseigneur jusqu’au porche de la chapelle, lorsqu'il y a eu un coup de vent... Le MÉDEcIN. -— Et le voile de l’enfant s’est en- flammé.… Je sais. Où est la petite malade? LÉONARD, paraissant sur le seuil de la chambre. — Par ici, docteur... On vous attend avec une impatience indicible. | Le MÉépeciN. — Souffre-t-elle ? LÉONARD. — Non, pas du tout. Elle s'était ré- . veillée; maïs elle vient de se rendormir..…. et d’un sommeil si calme, si profond! Le MÉDECIN. — Nous allons voir... Il entre, précédé par le père Lazare. Scène VII DOMITIA, LEONARD . Domrrra. — Vous ne rentrez pas, monsieur ? LÉONARD. — Non. La chambre n’est pas bien grande et j'aurais peur de gêner le médecin. Quelle impression vous fait-il ? DomrriA. — Nous avons un peu causé dans la voi- ture... Il est simple et paraît savant... LÉONARD. — N'est-ce pas? Positivement, sa seule présence m'a rendu un peu d'espoir... (Il s’approche de la porte de la chambre et, ayant légèrement écarté le rideau, regarde.) Tenez, il examine l’enfant.… Le père la sou- tient. DOMITIA, regardant aussi. — Comme il est pâle !.…. (A part.) Je voudrais entrer... mais je n’ose pas! LÉONARD. — L'examen est fini... On recouche l’en- fant, qui semble toujours endormie. Le médecin parle au père et à miss Lesly... Il leur dit sans doute de bonnes paroles, car le visage de ces pauvres vu s’éclaireit un peu. Domrria. — Peut-être ne l’a-til: pas trouvée si mal ?.. LÉONARD. — Le voici... Le médecin sort, suivi du père Lazare. Silence solennel. Scène VIII € LEONARD, DOMITIA, LE MEDECIN, LE PERE LAZARE Le MÉDECIN. — Voulez-vous avoir l’obligeance de me donner de quoi écrire? (11 s'installe à une table pendant qu’on lui apporte ce qu’il demande.) La porte est fermée ? LÉONARD. — Oui. Le PÈRE LaAZzARE. — Eh bien, docteur Wassilieff, est-il done vrai qu'il y ait quelque espoir? LE MÉDECIN, après un silence. — Aucun. La pauvre petite est perdue. DomrrTiA. — Perdue! Le PÈRE LAZARE. — Mais je viens de vous enten- dre dire au père qu’il n’y avait pas de péril immé- diat ? | Le MépeciN. —— Hélas! Il est parfois de notre devoir de mentir. Je devais rassurer un peu le père pour le décider à aller prendre du repos, pour l’éloi- ener cette nuit. LÉONARD. —— Cette nuit? _ Le PÈRE LAZARE. — Est-ce donc cette nuit qu’elle va mourir ? Le MéÉDgcIN. — La fin est très proche... Ce que vous prenez pour un sommeil paisible est l’accalmie qui, dans ces sortes de brûlures profondes, précède les derniers moments... Elle ne se réveillera que pour mourir; et vous concevez qu'il ne faut pas que le père soit là... LÉONARD. — Il ne voudra jamais quitter sa fille. Le MÉDECIN. — A vous de l’y décider. (11 écrit.) Voilà une ordonnance pour avoir de la morphine. Le PÈRE LAZARE. — A cette heure les pharmacies sont fermées. LE MÉDECIN. — J'irai en chercher moi-même... Adieu. Croyez-moi. éloignez le père! Il va pour sortir. a DoOMITIA, avec une grande émotion et presque solennel- lement. — Docteur Wassilieff, êtes-vous certain que cette enfant est perdue? Le MÉDECIN. — La science des hommes va pas infaillible, madame; mais j'affirme qu’un miracle seul peut la sauver. Nous sommes, je le sais, dans la ville des miracles; mais, hélas! je n’en ai encore jamais vu. DOMITIA, avec exaltation. — Il faut que cette enfant vive! Elle vivra! Elle sort rapidement par la gauche, pendant que les autres personnages se regardent étonnés. RIDEAU
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st : s' LA ET TA AA @* 2/7 " mie ue dB Late. 2-10. PVR de Vus: ET Li hr 1 74 eh ren tre Se Fr Hs 7 Re His Een Te fan PURE ARTE e Boul Se Ÿ dis : 1 "« KW \ ” | A | \ + \ : M “An x LR | Fa J c ‘Mu ge 4 ont L'E Aus ART Ÿ * (9 Ci / _ JÉRUSALEM ! DEUXIÈME TABLEAU La place de l'église du Saint-Sépulcre. Au fond, l’église avec ses deux portes romanes, lune murée, l'autre close. Celle-ci est une porte de bronze, très ancienne, sur laquelle est sculptée une figure de Christ, archaique et presque effacée. Auù lever du rideau, l'effigie sacrée se confond avec la masse noire de la porte et reste invisible aux yeux des spectateurs. À droite & à gauche, les hauts bâtiments des couvents grecs, entre lesquels débouchent de chaque côté, sur la place, deux ruelles sombres et tortueuses. La nuit. Scène première *[DOMITIA, LE MEDECIN RUSSE Au lever du rideau, la scène est vide. On entend sonner neuf heures à l’horloge lointaine d’un couvent. LE MÉDECIN, précédant Domitia. Il porte une lanterne. — Par ici, madame. Prenez garde: il fait noir et ce pavé est bien mauvais. DomrriA. — Voici une place... vés ? | LE MÉDECIN. — Oui. Voilà, au fond, l’église. C’est là, derrière cette porte, qu’est le Saint-Sépulcre. DomrriA. — Merci... trouvé... En vérité, il est providentiel que vous m'ayez rencontrée. Jérusalem est, la nuit, comme un désert de ruines... et j'étais tout à fait perdue dans ce dédale de ruelles glissantes et sombres... Le MÉpeciN. — Je sortais de la pharmacie alle- mande, lorsque je vous ai aperçue, marchant du côté de la porte de David J’ai pu vous remettre dans votre chemin. Vous avez dû marcher longtemps ?.., DomrTiaA. — Je ne sais pas. Nous voici arrivés, c’est l’essentiel.. Merci, docteur Wassilieff.. Ketour- nez en hâte vers Penfant.. LEe.MÉDECIN, Je veux d’abord vous faire entrer dans l’église... Le pharmacien allemand est parti avee la morphine et il fera lui-même la piqûre. DomiTra. — Est-ce là la porte de l’église ? Le MÉDECIN. — Oui, celle de gauche...]* L'autre est murée depuis des siècles. Celle-ci est fermée, mais nous allons frapper. C’est là, dans le vesti- bule, qu’est le poste des gardiens tures.. I1 frappe. On entend résonner les coups dans le vide. Domrrta. — Les coups résonnent dans le silence... comme si l’église était déserte. Le MÉDECIN. — Les gardiens dorment. Ils nt bien par entendre... Il frappe encore. Sommes-nous arri- Scène II LES MÊMES, UN MOINE GREC, paraissant à une fenêtre du couvent de droite. Le MOINE GREC. — Qui frappe à la porte de l’église, à cette heure de nuit? Le MÉDECIN. — Qui êtes-vous? Etes-vous un des gardiens du saint tombeau ? Le Moine. — Non. Je'suis un moine du couvent grec des Saints-Archanges. Que voulez-vous ? Le MÉDECIN. — Il y a là quelqu'un qui voudrait entrer dans l’église. Le Moine. — Ne voyez-vous pas que l'église est fermée ? DoMrTIA. — J'ai un permis du pacha de Tériss lem, qui m autorise à y entrer à toute heure. Le Moine. — L'église est fermée jusqu’à demain. Sans vous, je n'aurais jamais J'ai vu les gardiens tures partir. Il n’y a plus per- sonne dans l’église, absolument personne. Le MÉDECIN. — N'y a-t-il pas du moins une clef dans le couvent? LE MOINE. — Non Les gardiens seuls ont les clefs, et 1ls ne reviendront que demain. LE MÉDECIN. — Que faire? A ce moment, on entend à droite comme un tintement à de clochettes, d’abord lointain, vague, puis se rap- prochant. DomiTiA. — Qu'est-ce que cela? On dirait un troupeau en marche. Il PARCS il vient par 1C1. LE MOINE, avec épouvante. — Les elochettes?.… Qui que vous soyez, fuyez!.… Et s’il est quelque passant égaré dans l’ombre, qu’il rebrousse chemin en toute hâte !.… Les bruits de sonnettes se rapprochent. DomirrA. — Dieu! J’ai peur! LE MOINE, criant. — Voici venir les pèlerins de malheur, ceux qu’il ne faut pas rencontrer !.… Il rentre précipitamment. Scène III DOMITIA, LE MEDECIN RUSSE, } puis LES LEPREUX Un cantique triste et doux, d’une mélancolie résignée, navrante, se fait entendre. LE MÉDECIN. — Je sais ce que c’est. peur... mais, pour l’amour de Dieu, restez ici, sans bouger, près de moi! Entrent des lépreux, la sonnette au cou, misérables, psalmodiant des prières; ils viennent s’agenouiller devant la porte de l’église. DomiTrA. — Quels sont ces fantômes qui viennent dans l’ombre?… Sont-ce les morts de la vallée de Josaphat qui sortent la nuit de leurs tombeaux ?... Le MÉDECIN. — Ce ne sont pas des morts, mais de tristes vivants que la vie a rejetés: des lépreux... DomrrTraA. — Des lépreux!. LE MÉDECIN. — Beaucoup de ces malheureux sont chrétiens ou le sont devenus... La religion du Christ est la religion de ceux qui souffrent. Une fois par semaine, la nuit, — pour qu’on ne les rencontre pas, — quand l’église est fermée, ils viennent adorer le Tombeau... Mais de loin devant les portes closes: _car il leur est défendu d’entrer. DomrTIA. — Pauvres gens! a sur la terre!.…. LE MÉDECIN. — Oui encore des misères !. voilà qui se remettent en route, un peu consolés peut-être; et ils s’en vont dans la nuit, faisant tinter leur petite sonnette charitable, afin que les passants soient avertis d’avoir à s’écarter d'eux. Les lépreux se sont remis en marche, Que de misères il y , des misères, des misères, et N'ayez pas … Mais, tenez, ils ont fini... Les
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FL ; 29 DourriA. — Regardez celui-là! Son visage blême est comme illuminé d’extase.… On dirait qu’à travers la porte de bronze il a vu Notre Seigneur Jésus! Sortie des lépreux. Scène IV DOMITIA, LE MEDECIN RUSSE Le MépecIN. — Allons, rentrons aussi, madame. Il faut que je retourne vers d’autres malheureux. Vous reviendrez ici demain. DomtiTiA. — Demain? Je ne peux pas attendre à demain. Ce que je veux de Dieu, il faut que je le demande tout de suite, entendez-vous? Tout de suite! Puisque l’église est fermée, je n’entrerai pas dans l’église: je prierai devant le seuil, comme ces mal- heureux! Et, malgré la porte fermée, Celui dont le tombeau est derrière ces murailles m’entendra, . comme il les a entendus... Allez à votre devoir, doc- teur Wassilieff.:. Je reste. Le MÉDECIN. — Je ne puis vous laisser seule dans la nuit. DourriA. — Je vous en prie... Je le veux! LE MÉDECIN, après un silence. — Vous me permet- trez du moins d’ervoyer tout à l’heure quelqu'un au-devant de vous. Vous ne sauriez retrouver voire chemin seule, dans ces rues obscures. DomrriA. — Si vous 7oulez… Allez, docteur Was- silieff.. Je veux être seule avec Dieu! Le MÉDECIN. — Qu'il soit fait selon votre volonté! On viendra vous chercher tout à l’heure. Il sort par la gauche. LA PETITE ILLUSTRATION Scène V DOMITIA, seule. DomtrriaA. — Seule,avece Dieu! Oui, seule. Mais non pas, comme la privilégiée que je voulais être, dans l’église déserte, fermée à tous, sauf à moi. Seule devant la porte close... très humblement.… sur les dalles où se sont agenouillés les lépreux.. Done le moment est venu, le moment que tu promis aux filles de ma race, Jésus, Dieu crucifié! (Elle s'avance vers la porte de l’église ct s'arrête, face à cette porte.) Je suis Domitia Domitiani, la petite-fille de l’homme qui a délivré ce tombeau. Me voici. Je suis venue vers toi du fond de l’Occident, pleine d’adoration pour ta divinité, de confiance en ta parole. Et je suis comme une mendiante devant ton seuil... Et la orâce à laquelle j'ai droit, je la réclame de toi, à la face du ciel, et des saints, et des anges témoins de ta promesse, Ô Jésus! Mais ce n’est pas celle pour laquelle j'avais franchi les mers, remplie d’allégresse et d'espérance. II y a, maintenant, il y a, ce soir, une chose plus urgente que mon bonheur, plus pré- cieuse au cœur de l’homme que j'aime que le don de mon propre cœur. Ecoute, à -1on Dieu! A quel- ques pas d’ici, une enfant, une pauvre petite enfant agonise. Les hommes disent qu’elle va mourir: je demande la vie de cette enfant, — la vie de sa fille, ô mon Dieu! Mais il faut que je ne confesse tout entière devant toi. S1 je veux que l’enfant vive, si j'épuise mon pouvoir près de toi pour obtenir eette grâce, ce n’est pas oue je sois meilleure qu’une autre, ee n’est pas que les souffrances du petit être pour lequel je t’implore et une irrésistible pitié me jettent La place de l'église du Saint-Sépulcre.
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JÉRUSALEM ! en ce moment à tes pieds. Ce n’est même pas pour que Lesly ne meure pas de douleur. Non. je ne’ suis qu’une femme... j'aime... Et j'ose le dire devant toi, tant cet amour fut chaste, innocent, fidèle! J'aime, et j'ai péur que la mort de cette enfant ne soit la mort de mon bonheur. J’ai peur qu’il n’y ait, par ma faute, à jamais, cette petite tombe entre lui et moi. Et c’est pourquoi 1l faut que l'enfant vive! Exauce-moi!. Tu es Celui qui a dit: « Appe- lez-moi et je viendrai. » Je t’appelle, et je crie vers toi dans la nuit! (Un temps.) Hélas! Hélas! J’ai peur des ténèbres et du silence. Malgré ma foi ardente, “je n’ai pas encore entendu ta réponse dans mon cœur. Ah! tu m’entendrais mieux, si j'étais à ge- noux sur ton tombeau et non sur ces dalles loin- taines.. de l’autre côté de cette porte qui nous sé- pare, sourde, inexorable!. Qu'importe? Je crois, je crois en Toi! Cette porte, comme le misérable lépreux, j'en ferai fondre le métal sous l’ardeur de mon regard... Je verrai, moi aussi, au travers de la muraille séculaire, resplendir de tombeau dans la nuit. Ma foi robuste soulèvera ta pierre sacrée... Et, si ta divinité la visite encore, je te verrai toi- même, comme le lépreux, comme mon ancêtre... *[J’ai tant mérité de te voir, Ô Jésus !… (A ce moment, la lune éclatante de l'Orient a percé les nuages et, soudain, met sa blancheur argentée sur le panneau central de la porte de bronze. Le visage byzantin apparait avec ses grands yeux fixes, presque vivant, dans un rais de lumière. Domitia, avec un grand cri d’hallucinée.) Ah! Seigneur, est-ce toi? Oui, voilà tes mains et tes pieds percés, ton front pâle, Saignant, et glorieux d’opprobre… Et, plus je te. contemple, plus j'ai soif de te voir, à Jésus! Done, tu as tenu ta parole sainte, et l’enfant est sauvée maintenant, n'est-ce pas? Sauvée!… Puisque tu es venu, Seigneur! Puisque je te vois!.…. tenant à genoux sur les dalles proches de la porte, vers laquelle elle tend les bras.) Ah! daigne quelque jour te mon- (Elle est main- trer aussi à l’impie qui ose ne pas croire en toi... Ou du moins, dis-moi les paroles ‘qu’il faut lui dire pour le convainere... Ah! ec Fr dis-les- moi !.. Re à © te tais?... Ah! pärle- -moi! Je t’implore... (Elle s’ap- proche encore davantage, se trainant sur les genoux.) Laisse- | RIDEAU ; Le ER US AT LME PEUT de à PROS DOTE FES ANS _ 23 : moi en supphante toucher, baïser tes mains meur- tries !.… (Elle se rejette brusquement en arrière.) Dieu ! J'ai touché le froid du métal... (La lune résplendissante achève de se lever, inonde de sa lumière toute la façade de l’église. La porte et l’effigie ont repris leur aspect de bronze martelé, ce n’était pas lui! Ce n'était qu’un simulacre de lui! Insen- sée!… Et le temps passe et l’enfant agonise..]* Ah! ce tombeau tout-puissant qui est là, de l’autre côté de cette porte, derrière cette muraille de fer... (Déses- pérément, elle s’efforce contre le battant de bronze, meurtrissant ses mains au métal.) Cette muraille qui ne veut pas. qui ne veut pas s'ouvrir! Seigneur, Seigneur! la au reflet métallique, au dessin barbare.) Ah! vie de l’enfant!.… Sauve l’enfant!.. Tu l’as promis!.… Tu me le dois! Tu me le dois! Epuisée, la voix éteinte, elle s'écroule inanimée sur les dalles. La scène reste quelques instants vide. La course - rapide des nuages a refait l’obscurité. Scène VI *[DOMITIA, LE MEDECIN RUSSE UN FRANCISCAIN portant un falot. | * Le FRANCISCAIN. — Je ne vois personne sur la place... Le MépeciN. — Elle avait pourtant promis d’at- tendre... Ciel! mon pied a trébuché contre un corps... LE FRANCISCAIN. — C’est elle... Le MÉDECIN. — Evanouie!… Exaltée comme elle était, elle aura eu quelque hallucination. Madame !.…. (Il s’agenouille près de Domitia.) Qu'est-il donc arrivé ? DOMITIA, revenant à elle. — Vous, c’est vous, doc- teur Wassilieff?.. ‘Eh bien? l'enfant? (Le médecin garde le silence.) L'enfant est guérie — guérie, n’est-ce pas? — Vous ne répondez pas? P Le MéÉpecIN. — Hélas! si je suis revenu moi- même, c’est que je n’ai plus rien à faire là-bas!.… : LE : FRANCISCAIN. — ZLaudate, pueri, Dominum! DomrriA: — Morte! Dieu! . Et le père? LE MÉDECIN. — Il est sauvé... il pleure. DomrrTiA. — Morte! (En sanglotant) eu m'a menti! Dieu m'a trompée! Le Î TT Un grand hall. A çauche, dans le pan coupé, ‘une porte- tre donnant sur un parc aux verdures jaunes par l'automne. Au-fond, large bow- window par où l'on aperçoit la mer, dans le lointain. A droite, arcade avec portière relevée. Mobilier simple mans ‘élégant, de style anglais. La scène est à Lesly-H ouse, en Trlan de, à la mi-novembre. . { Scène première MISS. LESLY, puis UN DOMESTIQUE, - ir puis- LEONARD Miss Lesly, en noir, est assise près: dus table: et éra: vaille à un ouvrage de femme. Au bout d’un:instant, elle sonne. Un vieux ‘domestique, en noir aussi, entre par la droite. NS RARES an, - Miss, LESLY. — Monsieur n rest pas rentré? LE DOMESTIQUE. — Non, “mademoiselle. : Miss Leszy. — Et M. Léonard? il n’a ps encore paru ? fx DouesriquE: — Le voici tout | justement qui | descend l’escälier. Léonard paraît sur le seuil de l’arcade de droite. Le domestique sort: après l’avoir laissé passer. Miss Leszy. — Entrez done, monsieur Léonard... _ Vous avez bien dormi® LR + Fo LÉONARD. — "À merveille. | Il s’avance et baïse la main de la vieille demoiselle. Miss LEsLYy. — Vous êtes reposé? LÉONARD. —— Et de quoi, grand Dieu? © Miss Lésuv. —'Mais de votre voyage. de cet el intériieite voyage de Dublin ici. Autrefois nous avions un express. Mais, depuis les élections, notre
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hDé > DER | LA PETITE ILLUSTRATION canton est en pénitence ; et la Compagnie, dia est anglaise, nous l’a supprimé. LÉONARD. — La politique, ma chère demoiselle !.. comme chez nous! (Un temps.) À propos, M. Lesly est-il retourné à la Chambre depuis que vous êtes rentrés ? Miss Leszy. — Hélas! Je ne crois pas que de longtemps encore il songe à y retourner. LÉONARD. — Tant pis. L'activité, la bataille par- lementaire lui seraient une diversion puissante et peut-être salutaire. Maïs je croyais presque le trou- ver 1C1? Miss Leszy. — Il est allé jusqu’au village. il ne saurait tarder à rentrer. LÉONARD. — Alors, voulez-vous me permettre de l’attendre ? Miss LESLY, lui indiquant un siège. — Mais, je vous en prie. (Un temps.) Tous les matins il va voir sa fille. Il ne sort guère que pour cela... (Douloureuse- ment.) Pauvre petite! deux mois déjà, bientôt, que Mais nous l’avons ramenée… qu’elle dort là, au pied du coteau.…. (Avec un sanglot étouffé.) Ah ! oui, petite! | LÉONARD. — Mademoiselle Lesly! Miss LESLY, posant son, ouvrage. — Oui, Je Sais. Vous m'avez connue plus forte, plus énergique... Mais cet abominable coup du sort m’a brisée. J'ai peur maintenant de la vie sournoise, de ce que cha- que jour peut apporter de terrible et d’inattendu.…. pauvre (Un temps.) Voyons... pendant que nous sommes seuls, monsieur Léonard, vous qui n’aviez pas vu mon frère depuis J érusalém: comment le trouvez-vous ? LÉONARD, après un silence. — Dois- -je vous dire ma pensée? | Miss LEesLy. — Toute votre pensée. LÉONARD. — Eh bien, vraiment, M. Lesly à beau- coup changé. Hier, à mon arrivée ici, à la gare même, où il avait eu la bonté de venir me chercher, j'avais été frappé de l’altération de son visage, de ce qu’elle dénonce de lassitude de vivre, d’irrémé- diable découragement… Et la soirée d’hier n’a pas ‘été pour modifier mon impression... Miss. LEsy. — Vous ne vous trompez pas. Il meurt. LÉONARD. — Que dites-vous là? Miss Leszy. — Il meurt. De la mort de sa fille, d’abord, c’est entendu. Oui, certes, de cela. Mais aussi d'autre chose. Ayons la franchise de le dire, monsieur Léonard, bien que cela ne soit pas trop à l’honneur de l’humanité: la mort d’un être cher, même indiciblement cher, ne tue pas ceux qui survivent. Elle est en somme dans l’ordre, dans la norme bar- bare de la vie. C’est comme une amputation de quel- que chose au cœur. La plaie est affreusement dou- loureuse, mais nette. Au bout d’un temps, elle se cicatrise, se résout dans la pieuse douceur du sou- venir: et la vie inexorable continue. Un père, même le plus tendre, un homme, ne meurt guère de la mort d’un enfant. Mon frère meurt d’autre chose. Vous vous doutez de quoi? : LÉONARD. — Mon Dieu... Miss Leszy. — J’aborde là, je le sais, un sujet très délicat, très intime, presque trop. Mais vous avez été si bon, là-bas, pendant ces tristes jours, qu’en vous revoyant, il me semble tout naturel de vous parler à cœur ouvert, comme à un véritable ami... | LÉONARD, après un silence. — Je sais — on l’a dit | et répété à Jérusalem — qu'il y avait un projet de mariage entre la princesse Sylla et M. Lesly. Je sais encore que la princesse à quitté Jérusalem la nuit même de votre malheur, qu’elle s’est enfuie, pour ainsi dire, sans avoir revu son fiancé. s’accusant, disait-on, d’avoir causé la mort de l’enfant.. Mais depuis? . Miss Leszy. — Elle n’a plus dénné signe de vie... Et mon frère, lui-même, n’a pas une seule fois pro- noncé son-nom. Il n’en a jamais reparlé. LÉONARD. — Même à vous? Miss LesLy. — Même à moi. Nous avions échangé à Jérusalem, à propos de Domitia Domitiani, des paroles extrêmement vives, — que l’événement, hélas! devait faire tragiques; et j'ai d’abord pensé qu'il -n gardait une sorte de gêne. et peut-ître aussi de rancune.… Mais il semble évident maintenant que ce parti pris de silence signifie autre chose... Oui, il est elair qu’au lendemain de la catastrophe, chacun des deux, se jugeant responsable, a consommé son sacri- fice. Et l’on ne peut plus douter maintenant qu’il y ait entre eux comme un accord tacite à vouloir payer de leur bonheur la mort de l’enfant. LÉONARD. — Reste à savoir, et je devine que vous vous le demandez comme moi, si un tel renoncement, si héroïque, si cornélien qu’il soit, est bien conforme à la raison et aussi à la justice: elles n’exigent pas, J'imagine, que deux êtres, au fond sans reproche, s’offrent ainsi en victimes expiatoires de ce qui n’est, après tout, qu’un crime abominable du hasard. Miss LESLY, après un temps. — Eh bien, oui: je me demande cela eomme vous. Mais il faut que vous connaïissiez toute ma détresse présente et combien je suis changée, moi aussi... Car, voyez-vous, le malheur est un maître brutal; et quand il nous frappe trop rudement au cœur, il y éveille des échos qu’on n’y soupçonnait pas. (Un temps) Oui, longtemps j'ai détesté cette chrétienne dont la rencontre nous a coûté si cher. Longtemps j'ai fermé l'oreille à ce conseil d’apaisement qui monte des tombes silen- cieuses. Mais, à la longue, la force des choses, et surtout cette agonie — car il n’y a pas d’autre mot — de l’être qui est maintenant tout ce qui me reste au monde, ont achevé d’avoir raison de moi. Quelque mal que nous ait fait cette Romaine, si étrangère, si lointaine qu’elle me soit, il y a des moments où il me semble que je serais prête à l’accepter pour sœur... vous le dire, j'ai écrit à Rome, secrètement... LÉONARD. — Eh bien? Miss LEsLy. — Eh bien, j'ai reçu la réponse ce matin, précisément. Et vous m'en voyez boulever- sée. La princesse Sylla a quitté Rome au commen- cement de ce mois, — sans esprit de retour, eroit-on : car elle a vendu son palais à l’ambassadeur d’Alle- magne. Le mystère de cette disparition me trouble profondément. Et je ne sais plus que faire, ni que penser... sinon que mon frère se meurt d’adorer cette absente et que, si les choses restent ce qu’elles sont, avant un an, il sera couché là-bas, lui aussi!.… Scène II Les MÊMES, LESLY LEsLY, entrant par la gauche. — Bonjour, toi... (I! embrasse sa sœur au front.) Bonjour, Léonard. (A sa. sœur.) Tiens, voilà des fleurs de là-bas. les der- Et, l’autre jour, cela j'ai presque honte de
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VS à EM à : idoles bia 1 li den hr Vu Ce : 2 ; Come ds des ém Det An à ne der délit né di ut, dés di: , PATES PU DR NA OR AU PEL RQ 1 NPD 7 Lara > À An de: TT qe . { L : + VO IVATS t: D | 5% Le 2 : L + D 2 { PS. . UE n L d FES JÉRUSALEM ! | 25 nières. Sens. Elles ont déjà l’odeur triste et comme _gelée de l'hiver. Miss LEsLYy. — Donne. Ces fleurs tardives sont fragiles et il faut les mettre dans l’eau aussitôt cueillies. Elle sort par la droite. Scène | III LESLY, LEONARD ‘ Les. Quand je suis sorti ce matin, vous dormiez encore. Voyons, asseyez-vous ici et cau- sons. Je vous ai à peine vu hier soir. Et d’abord, laissez-moi vous remercier, du fond du cœur, d’être venu, dès votre retour en Europe, faire cette visite à des affligés. LÉONARD. — J’ étais, de mon côté, si | désireux de vous revoir, si anxieux de vous! LESLY. — Si brisés que soient ei les cœurs, on essalera de ne pas vous montrer des visages trop tristes. Dites-moi comment, au jour, sous le soleil, vous trouvez notre vieille demeure... car, hier, quand vous êtes arrivé, il était déjà nuit close. LÉONARD. — Aussi ai-je eu, au réveil, de char- mantes surprises De ma fenêtre, j'ai pu constater, par exemple, que certains géants monstrueux, hos- tiles, entrevus par les vitres de la voiture et dont la double rangée semblait défendre l'entrée de votre castel, n’étaient que les marronniers d’une avenue séculaire et de pacifiques peupliers. LEszy. — Tout à l'heure, il faudra qu’on vous montre tout cela. «. LÉONARD. — Bien volontiers. Mais d’abord, vous le permettez, pendant que je vous ai là je voudrais vous parler de vous. Oui, de vous, mon ami, que je retrouve avec inquiétude si peu avancé dans la résignation!… Laissez-moi vous le dire, au nom de tant d’autres qui vous aiment et qui vous admirent: vous ne pouvez continuer de vivre ainsi, séparé de la vie, comme muré dans l’inaction… Les hommes comme vous ne s’appartiennent pas Et d’abord, il faut retourner à la Chambre, où l’on me dit que vous n’avez pas paru depuis votre retour. LESLY, après un silence et avec un geste de lassitude. — J'y retournerai en janvier. Il paraît que je suis nécessaire, pour quelque temps encore, aux pauvres gens d'ici. Mais, la législature terminée, il faudra me trouver un successeur. Je reviendrai finir ici, près de ma vieille sœur, dans le silence, dans l’ou- bli.. Qui sait? peut-être un jour les fils d'Irlande se lèveront-ils encore une fois Alors, j'irai sur la barricade. Et je ferai mon possible pour finir d’une balle au milieu d’eux! (Mouvement de Léonard.) Si vous m’aimez, ne me Souhaitez pas autre chose... Je vous dirai peut-être un jour le secret de ma vie et sur quelle cime de félicité le destin m’a foudroyé! LÉONARD. — Je sais que le tonnerre est tombé sur vous Le feu du ciel ne visite que les géants. Voyez: l’arbre qui est là, devant votre seuil, lui aussi, a été touché par la foudre... Et pourtant il est resté debout: déjà la piété du lierre a voilé la blessure ancienne; et voici que de nouveaux rameaux, lourds de. feuillage, ont élargi son ombre et rajeuni, consolé son front. d Un temps. LESLY, avec une émotion profonde. — Quoique fou- droyé, l’arbre vivait encore; — moi, ma vie est 4 —___—_—_—_—_—_—_ oo oo ——_— finie. (Arrêtant le geste de Léoriard.) Entre le bonheur. et moi, 1l y a maintenant cette petite innocente qui dort là-bas sous les saules. Tout est dit! (Un temps. 1 se lève.) Allons! Il est temps que je vous pré- sente un peu mon pays. Et d’abord regardez la. mer, notre mer. N'est-ce pas qu’elle ne ressemble. pas aux autres? Le soleil même ne la fait jamais bleue; mais par les beaux jours comme celui-ci, les flots étincellent d’émeraudes.. Ce sont elles qui ont mé- rité à notre île natale son nom couleur d'espérance: l’île verte, la verte Erin! LÉONARD. — Quelle est cette ville qu’on voit en face, de l’autre côté de la baie? LESLY. — Dundalk.… C’est l’escale ds steamers transatlantiques qui vont en Amérique par les Hé- brides... Tenez, il y en a un dans le port, précisé- ment. LÉONARD. — Oui. on voit d'ici les deux grosses cheminées rouges, le long de la jetée. LESLY. — Il est arrivé cette nuit; et il repartira demain, au lever du soleil. Regardez-le se balancer sur ses ancres. Le repos de ces grands marcheurs, avant leurs traversées incertaines, :a quelque chose d’impressionnant : on dirait qu’ils embarquent du destin !.…. Scène IV Les MÊMES, MISS LESLY Miss LESLY, de la porte. — Ah! vous êtes encore là? LESLY. — Tu vois. R Miss LesLy. — Pourquoi ne profitez-vous pas de cette matinée radieuse pour aller jusqu’à la ferme par le parc? LESLY. — Tu :s raison. Allons, Léonard! LÉONARD. — A vos ordres... Il remonte pour prendre sa boite d’aquarelle. LESLY, à sa sœur. — Il meurt d’envie de commencer une étude. Je vais lui faire grâce de la promenade et l'installer là, sur la terrasse, tout simplement. LÉONARD, à miss Lesly. —— À tout à l'heure. Il sort, suivi de Lesly qui referme la porte sur eux. Miss LESLY, qui semblait impatiente de les voir partir, s’avance et les regarde s'éloigner dans le parc. Elle paraît très émue. Dès qu’elle les a perdus de vue, elle prend une carte dans la poche de sa robe, la relit, puis, ouvrant la por- tière de droite, tait un signe. Un domestique paraît. — Faites entrer cette personne... | Le domestique, presque aussitôt, introduit Domitia voilée et ressort après avoir laissé retomber la portière. Scène V MISS LESLY, DOMITIA, qui, une fois entrée, a levé son voile. Miss LESLY, très troublée. — Vous? vous! (D'un air presque menaçant.) Vous !.…. DOMITIA, très humble. — Dois-je repartir ?.. Miss Leszy. — Eh bien, non. non !.… Je vous attendais.. je vous espérais. DomrriA. — Il est malheureux ? Miss LEsLy. — Oui. très malheureux !.… Ah! pourquoi n’êtes-vous pas venue plus tôt? | DomiTiA. — Je n’ai pas osé. La nuit même de l’horrible jour, je suis repartie pour Jaffa sans le revoir... Rentrée à Rome, j'ai voulu écrire pour dire
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# ne RAR AA AE ET fn PA Net er te MNT A TS RE RE OP RO ET A ci a ST F ; | er i pat St k L Ç ‘ei + l Ne) Fe nt {ea | { É | RO ANR dus ' / à : RE | LU A RS 1 "AE 26. | LA PETITE ILLUSTRATION ‘1 TR | AA | LAS mon remords, mon désespoir Hélas! c’est moi qui | vous dire. — Ou bien le Dieu que j'implorai vaine- 1:80) avais demandé que l’enfant… (Elle se cache la figure | ment devant le Sépulcre, ce Dieu cruel et parjure, sal dans ses mains.) Maïs j'ai compris qu'ayant apporté m'a iniquement rejetée; ou bien, en effet, il n’y a 43 un tel malheur dans la vie de l’homme que j'aimais, | rien là-haut dans ce ciel, — ainsi que vous le dites, ‘NE je n’avais plus qu’à disparaître en silence. Ecoutez- | vous, les athées. RE moi... Demain So:r, le bateau sur lequel je suis venue LESLY, gravement et avec une émotion profonde. — Je Sr touchera aux Hébrides et me déposera à l’île Saint- Paul... Miss LEeszy. — [’île Saint-Paul? faire 1à? DomiTiA. — Il y a là de pauvres lépreux, comme à Jérusalem... Une fille de la charité, qui vivait au millieu d'eux, est morte: j’ai obtenu, bien que laïque, d’aller la remplacer. Maïs, à l’heure de m’éloigner à jamais du monde, le courage me manque de le faire sans l’avoir revu, lui, une fois encore, sans lui avoir dit surtout... (Avec force.) Oui, je veux lui dire quel- que chose qui sera comme mon expiation !… Miss Leszy. — Lui dire quoi? DomiTiA. — Ah! par pitié! laissez-moi le voir... lui parler. A ce moment, Lesly paraît sur le seuil de la porte, à Qu’allez-vous gauche. Miss LesLy. — Parlez-lui donc. et que notre des- tinée s’accomplisse ! Elle remonte. Le Scène VI Les MÊMES, LESLY LEsLy, apercevant Domitia. — Par quel prodige ?.. Doria. — Il n’y a pas là de prodige, et nous savons tous les deux qu'il n’y a plus de miracles, LESLY, très ému, après un grand silence. — Domitia ! DomrrraA. — Oh! dites-moi que vous, du moins, vous ne me haïssez pas! LESLY. — Moi, vous haïr 2. La grandeur de l'amour, — et aussi sa misère, — c'est de survivre : au, bonheur... Même après le désastre de l’espérance, sa pure flamme continue de brûler dans l’âme meur- trie, comme une lampe fidèle devant un autel brisé. Et la plus sainte douleur n’en est pas jalouse. Car il n’est plus lui-même que douleur. Et chaque jour qui passe le grandit, l’épure, — le sanctifie presque de tout ce que la vie barbare a pu mettre, à mis en un moment d'impossible entre re êtres qui s’ai- maient !… | Domiti4. — Oui. D'’impossible, je le sais! (Un temps. Puis, dans un élan douloureux:) Pardon! (Geste de Lesly.) Oui, pardon !.. … Vous comprenez. maintenant pourquoi, là-bas, Je me suis enfuile sans vous revoir, pourquoi, depuis, je me suis tue. pourquoi, vous ayant revu, je n’ose même plus vous dire que je vous aime, que je n’ai jamais cessé de vous chérir… que je mourrai en vous aimant! Un temps. Ç LEsLY. Qu’allons-nous devenir? Ce qui m'’ai- dera à souffrir, c’est que vous du moins, peut-être, vous serez moins malheureuse que moi... Même exilée du bonheur, votre âme garde son refuge. Elle a, dès ce monde, sa patrie divine qui lui rendra un jour ses paradis perdus... Vous êtes chrétienne, vous! DomtirrA. — La chrétienne que j'ai été n’est "plus. (Se tournant vers miss Lesly.) Voilà ce que je suis venue RIDÉAU | | «RES ‘rage, l’humble espérance de se revoir ailleurs, celui vous y croire, vous, au moment où ma foi n’est plus? ne dis plus rien. Qu'il blasphème, s’il en a le cou- ES ù qui ne comptait plus vous revoir en ce monde et | dont la terre a repris l’enfant.… FC ARE Domiria. — Eh! quoi, le Dieu qui n’a pas voulu + m’entendre, ce Christ dont on dit qu’il console, allez- LESLY, secouant la tête. — Si misérable que je sois, | je ne suis pas déchu au point d’invoquer l’imagi- Ti naire secours de ce que ma raison a, une fois pour toutes, répudié.. Mais, voyez-vous, trop de tristesse, Et trop de silence aussi monte des tombes... Le vide est 6 trop grand, dans la maison, d’un petit être qui nous a quittés ! (Un silence ; puis il reprend:) Les premiers 4 jours, ‘1 semble qu’il survive un peu de nos morts dans l’herbe murmurante, dans les fleurs visitées des abeilles sous lesquelles ils dorment leur sommeil... Mais, avec le temps, le doux, l’illusoire sortilège s’use. La terre impassible et changeante, oublieuse | de ce qui a vécu, n'apparaît plus que comme ie rte champ de bataille indifférent des hivers et des. prin- TN temps. Elle reprend, détruit, transforme: elle abolit jusqu’à la poussière de ce que nous avons aimé! Alors, comme une protestation irrésistible de tout mon être contre la cruauté des choses, j'ai senti se lever, grandir en moi une espérance impérieuse,; une FT certitude absurde et sublime d’un impossible revoir... La Comme si, quelque jour, de l’exeès même de la dé- Me tresse humaine, devait naître enfin là-haut le Dieu Es peut-être épars dans les forces en évolution de la | nature, le Dieu inexistant ou inconscient encore, — le seul du moins qu’on pourrait absoudre de la longue misère de ses créatures: la Pitié! Il tombe assis, fondant en larmes. | 44 DomutirrA. — Lesly!… (A miss Lesly.) — Ah! vous, 1e vous! — si coupable que je sois à vos yeux, mon- trez-moi mon devoir! ce que je ue faire, dites- le- moi ! Miss LESLY. — Restez avec nous, ma sœur! Il n'y a pas ici de coupable... (Montrant Lesly qui pleure.) | | et le voilà celui qui a besoin d’être consolé!.…. | Li DoMrmtA, s’élançant vers Lesly. —— George ! | LEszy. — Domitia !… (I1 la relève et la prend dans ses oc bras.) Ma bien-aimée! “Lt Léonard est rentré par la gauche et s'arrête, surpris, sur.le seuil. Scène VII Er 154 Les MÊMES, LEONARD | de Miss LESLY, souriant presque au travers de ses larmes. A US — Voyez! le miracle s’est accompli! Hélas! les Ki, 200 miracles, ce n’est plus la clémence d’un Dieu qui les . : opère, c’est la douleur humaine, c'est l’imprévu ter- rible de la vie! CR LéoNarD. — Pour les simples — dont je suis _ 1% c’est encore Dieu tout de même: seulement, il choisit ji la manière dont il les fait!
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APPENDICE A la scène, on peut faire les courures et modifications ci-après : ACTE PREMIER 1° Scène VII (page 8 — 1° col.) : Miss LEszy. — Autrement dit, tu achevas de devenir amoureux de cette jeune fille. (Un temps.) Alors, pourquoi ne l’as-tu pas épousée? LESLY. — Un soir déjà proche de l’automne, ete... A (La suite comme à la page 8.) 2° Même scène VII (page 9 — 1'* col.) : LEsLy. — … D'ailleurs, Domitia elle-même m'’an- nonçait son départ; et ma lettre ne lui serait pas parvenue... Miss LEsLy. — Par son mariage, et sans doute aussi par sa propre famille, ete... (La suite comme à la page 9.) 3° Même scène VII (page 9 — 1° col.) : LEszy. — … Il eût été déloyal d’en. faire mystère à mes hôtes; et je parlais librement devant eux. Miss Lesy. — Sait-elle que tu as une fille? Leszy. —- Elle le sait. Miss LESLY, après un silence, — Si tu veux que je te parle sincèrement, ta belle princesse, etc... (La suite comme à la page 9:) _ ACTE II 1° Scène V (page 12 — 1’° col.) : DomrrtA. — … Le signor Tibaldi, avec sa finesse romaine, s'était bien vite aperçu qu’on avait troublé le cœur de sa chère Domitia. | LEsLy. — Eh! quoi, le prince, etc... (La suite comme à la page 12.) 2° Même scène V (page 12 — 2* col.) : DomrTiA. — Vous avez dit cela à Domitia Ti- baldi, un matin d’automne, etc... (La suite comme à la page r2.) | 3° Même scène V (page 13 — 1° col.) : DomrTiA. — … Et maintenant que vous me con- naissez toute, répondez-moi. La chrétienne que vous voyez que je suis, etc... (La suite comme à la page 13.) ACTE IV Le premier tableau en entier peut être supprimé à la représentation. L’acte commence alors au deuxième tableau et le décor peut être simplifié comme suit : La place de l’église du Saint-Sépulcre. Au fond, l’église avec ses deux portes romanes, l’une murée, l’autre close. À droite et à gauche, les hauts bâti- ments des couvents grecs, entre lesquels débouchent de chaque côté, sur la place, deux ruelles sombres et tortueuses. La nuit. Scène première DOMITIA, LE PERE LAZARE Au lever du rideau, la scène est vide. On entend sonner sept heures à l’horloge lointaiñne d’un couvent. Le PÈRE LAZARE, précédant Domitia. Il porte une lan- terne. — Par ici, madame. Prenez garde: il fait noir et ce pavé est bien mauvais. DourriA. — Voici une place... Sommes-nous arrivés ? LE PÈRE LAZARE. — Oui. Voilà, au fond, l’église. C’est là, derrière cette porte, qu’est le Saint-Sépulcre. DomirrTiA. 1. Sans vous, je n'aurais jamais trouvé... En vérité, 1l est providentiel que vous m’ayez rencontrée. Jérusalem est, la nuit, comme un désert dé ruines et j'étais tout à fait perdue dans ce dédale de ruelles glissantes et sombres. LE PÈRE LAZARE. — Excusez-moi si l’un de nos frères n’est pas allé vous prendre à la Casa Nuova, comme c'était convenu. Mais l’affreux événement de cet après-midi nous a tous bouleversés.. Le médecin de l’hôpital russe, qui est auprès de la petite brûlée, m'avait chargé d’aller chercher de la morphine; et c’est en sortant de la pharmacie allemande que je vous ai aperçue, marchant vers la porte de David... _ Vous avez dû errer longtemps ? DomrTrA. — Je ne sais pas Nous voici arrivés... c’est l’essentiel.. (Un temps) L'enfant est très mal, n'est-ce pas? LE PÈRE LAZARE. — Très mal. Le médecin disait tout à l’heure qu’il craignait qu’elle ne passât pas la nuit. DomiTIA. — Père Lazare, est-il certain que cette enfant soit perdue? LE PÈRE LAZzARE. — La science des hommes n’est pas infaillible, madame; mais il n’est que trop clair qu'un miracle seul pourrait la sauver... DOMITIA, comme à elle-même. — Il faut qu’elle vive !.…. Elle vivra! (Au religieux.) Allez, mon père. Laïissez- moi il. Le Père Lazare. — Je veux d’abord vous faire entrer dans l’église. Le pharmacien allemand, qui a de meilleures jambes que moi, est parti en avant avec la morphine et ce qu’il faut pour la piqûre... DomurriA. — Est-ce là la porte de l’église? LE PÈRE LAZARE. — Oui. celle de gauche, ete... (La suite comme à la page 21, 1° col., mais en remplaçant, à chaque réplique, LE MÉDECIN par LE PÈRE LAZARE.) 2° scène V (page 23 — 1° col.) : DomiTiA. — J'ai tant besoin de te voir, Ô Jésus !… (A ce moment, la lune éclatante de l’Orient a percé les nuages et, soudain, met sa blancheur argentée sur le panneau central de la porte. Domitia, comme éblouie.) Ah! Selgneur, est-ce toi ?.. (Tout d’un coup, avec un grand cri d’hallucinée.) Je te vois!!.. Oui, voilà tes mains et tes pieds percés, ton front pâle, saignant, et glorieux d’opprobre..: Et, plus je te contemple, plus j'ai soif de te voir, à Jésus! Donc, tu as tenu ta parole sainte, et l’enfant est sauvée maintenant, n'est-ce pas ?… Sauvée !… Puisque tu es venu, Seigneur! Puisque je te vois! (Elle est maintenant à genoux sur les dalles proches de la porte, tendant -les bras.) Laisse-moi en suppliante toucher, baiser tes mains meurtries !.… (Elle se rejette brusquement en arrière.) Dieu! j'ai touché le froid du métal... (Avec un cri et comme se réveillant.) Ah! ce n’était pas lui! Ce n’était qu’une illusion. Un mensonge de la lumière et de mes yeux! Insensée!… Et le temps passe et l’enfant agonise…. etc. (La suite comme à la page 23, 2° col.) 3° (page 23 — 2° col.) : Scène VI DOMITIA, LE PERE LAZARE, portant un falot, UN FRANCISCAIN (Toute la scène comme à la page 23, en remplaçant, à chaque réplique, LÉ MÉDECIN par LE PÈRE LAZARE et en modifiant ainsi la première réplique de Domitia:) | DOMITIA, revenant à elle. —Vous, c’est vous, Père La- zare ? (Le moine garde le silence.) L'enfant est guérie.. etc Et, plus bas: Le F RANCISCAIN, mettant les bras en croix. — Laudate, : puert, Dominum!.. F4 FIN DE L’ APPENDICE
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f v Yes Ke L'auteur de ONSEILLER référendaire à la Cour des Comptes, nous indique : PAlmanach. national ; du monde, se dit-on dès Gén le voit ; homme d’esprit, pense-t-on lorsqu'on . entend ; écrivain de race, auteur dra- matique et DER découvre- t-on en le lisant. Les premiers ouvrages qu’il s exerça à composer furent des revues de fin d’année pour des Cercles dont il fai- sait partie ; l’une d’elle, une véritable petite féerie comique, qu'il avait exé- cutée en collaboration avec MM. Gas- ton Jollivet et Albert de Bertier pour être représentée au Cercle de l’Union artistique, en 1898, avec une interpré- tation où des artistes de la Comédie- Française voisinaient avec ceux du boulevard : Sans rimes ni raisons, don- nait à son: titre le plus flagrant dé- menti ; elle reste, après toutes les re- vues à spectacle et toutes les fantaisies rimées, qu’on nous a prodiguées en ces récentes années, un modèle du genre. Cependant, 'M. ‘Géorges -Rivollet ne songe. point à faire figurer cette re- vue-fantaisie dans la liste de ses ou- vrages. À peu. près dans le même temps qu'il se plaisait à ce divertis- sement, 1l écrivait, en vers exquis, un acte, le Bon Billet, et il préparait une tragédie adaptée d’Euripide, Alkestis, laquelle, représentée pour la première fois à Orange, le 13 août 1899, avait cette fortune rare d’y être jouée dére- chef l’année suivante pour, de là, pas- ser directement à la Comédie-Française, —.ce qui lui valait d’être publiée dans L' Illustration, le 24 novembre 1900. Quelques mois après, le 15 juin 1901, L'Illustration publiait un conte lé- ger, spirituel, La petite comtesse en Pa- radis, qui eût amplement démontré, s’il eût été nécessaire, la souplesse du talent de M. Rivollet. L'année sui- vante, en août 1902, il faisait encore applaudir à Orange une tragédie nou- velle, également tirée d’Euripide, les Phéniciennes, (parue dans L’Il- lustration le 1% août 1903) que la Comédie-Française admettait à son répertoire en juillét 1905. Deux ans après, la Revue de Paris publiait de lui un roman, la Dentelle de Ther- midor, dont l’action était située pen- dant la Terreur, où la fiction se mêlait adroitement à l’histoire pour former le plus ingénieux, le plus émou- vant, le plus intéressant des récits. Enfin, L’Illustration publiait, en 1909 (le 11 décembre), un autre conte, Borgia, qui est, dans sa forme concise, d’un tragique effroyable et, plus ré- cemment, le 25 octobre 1913, Béné- dicte, nouvelle empreinte de la grâce la plus galamment dix-huitième siècle. De tous les détails de cette biogra- phie littéraire et théâtrale se dégage cette impression d’ensemble : que l’au- homme Jumineuse. Si Jérusalem ! M. Georges Rivollet. 4 teur de Borgia et de Bénédicte, d’Alkes- dis et dés Phéniciennes, et de la Den- telle de Thermidor \est doué d’une in- telligence claire, et mieux que claire, l’on : peut dire : de son esprit qu'il est très parisien, 1l faut dire de son intelligence qu’elle est très française. Sa raison ne va point cheminant pédestrement, ou du moins Même quand elle marche on sent qu'elle a des ailes. Et de même, lorsqu'ikécrit en prose on sent encore que M. Georges Rivollet est un poète. Ainsi cette pièce, Jérusalem ! quoi- que écrite en prose, est incontestable- ment d’un poète : elle l’est par la hau- teur soutenue de l'inspiration — em- ployons ce mot, qui peut sembler dé- modé mais qu'on n'a su remplacer par aucun autre — elle l’est par la pureté harmonieuse de la forme. Si, dès les premières répliques, nous avons l’impression d'entrer en relation avec des’ interlocuteurs un ‘peu supérieurs au commun de l’humanité, abordent cependant avec tant de noble familiarité, avéc une si char- mante simplicité que nous. nous sen- tons aussitôt en confiance et que nous nous élevons jusqu’à leur niveau avec moins d'efforts, certes, qu'ils n’en met- traient à redescendre jusqu’à nous. L'auteur lui-même va, d’ailleurs, nous expliquer la genèse de son œuvre. Il s’en ouvrit en ces termes à M. J ules Méry, du Figaro. : « C’est — dit-il — au cours d’un voyage en Terre Sainte que je conçus l’idée de cette pièce, » Parmi tant de paysages entrevus, tant de cités célèbres dévastées, tant de lieux légendaires, Jérusalem, sur- tout la Jérusalem moderne, mystique et cruelle, grandiose et sordide, inou- bliable à ceux qui l’ont, vue, où se heurtent, dans un chaos de décombres, de ruelles, de masures, devant des ho- rizons millénaires, peuplés d’écrasants souvenirs, les trois religions rivales, chrétienne, juive et musulmane ; Jéru- salem, où se dressent, se défilent pour ainsi dire, des sanctuaires rivaux, symboles ennemis — l’auguste église du Saint-Sépulcre, la mosquée d’Omar et ce mur (synagogue des Lamenta- tions) qu'on dit être un débris du temple de Salomon — cette Jérusa- lem séculaire, qui, pour nous, Occi- dentaux, fils des croisés, démotre avant tout la ville du Christ et du Tombeau, me parut pouvoir offrir un cadre étrangement et curieusement pittoresque à une action dramatique moderne. » Si je ne craignais — un peu lâche- ment — d’éveiller par avance, dans le public, une dangereuse méfiance, je dirais avec franchise que j'ai rêvé, dans ce cadre unique au monde, d’une sorte de ‘tragédie. On a beaucoup abusé, dans ces derniers temps, à propos notamment de: l’admirable théâtre’ de M. Paul Hervieu, de ce mot « tragédie bourgeoise » ; c’est là ils nous une expression dénuée de sens. Une tragédie ne saurait être « bourgeoise ». Le nom de tragédie est devenu, de nos jours, pour un ouvrage drama- tique, un nom assez redoutable pour que les audacieux — mettons, si lon veut, les téméraires — qui s’en récla- ment exigent qu’on respecte du.moins l’orgueilleuse noblesse du genre. Une tragédie est un ouvrage dramatique qui met en conflit des héros — c’est- à-dire lhumanité supérieure — et des dieux — c’est-à-dire la divinité. On en a cherché, le plus souvent, le sujet dans l'antiquité ou dans l’his- toire. Mais il n’est pas impossible de la situer dans un milieu contemporain. 7 C’est ce que j'ai tenté de faire en écri-. vant Jérusalem ! À défaut des héros traditionnels, Atrides ou Labdacides, Grecs ou Romains, on peut découvrir ou imaginer autour de nous, dans la société moderne, des êtres de noblesse ou de sacrifice, supérieurs par la gran- deur et là beauté de leur âme au mal- heur de leur destinée. Il n’y a plus de dieux ni d’Olympe. Mais un Dieu demeure, et un ciel. C’est vers ce Dieu et vers ce ciel que se tournent, que s’élèvent, aux heures décisives de la vie, les regards de tous les hommes — pleins d'espérance s’ils croient — ou d'angoisse, d'interrogation tout au moins, s’ils sont incrédules. Nul. voya- geur terrestre ne passe, n'est jamais passé, sphinx de notre destinée. » Le drame contemporain que j'ai situé dans la Jérusalem moderne se joue donc entre des. personnages hu- mains qui sont presque des héros : le protagoniste, invisible, mais présent, c’est le Dieu fait homme dont on vient adorer le Tombeau, le Christ. Des sentiments ou des opinions contraires y sont exposés, parfois avec une har- diesse et même une rigueur qu’impo- sait la situation. L'auteur, comme c'était son devoir, n’a pas pris parti. J'ai simplement suivi la route que me traçait mon sujet : je me suis ef- forcé de ne blesser, chemin faisant, aucune conviction, de ne contrister aucune conscience. » Il suffit de lire Jérusalem ! pour être persuadé que M. Georges Rivol- let a — fortune admirable ! — pleine- ment réalisé son œuvre telle qu'il la souhaitée, telle qu’il vient de nous l’exposer ; car, en dépit de l’axiome émis par des directeurs de théâtre in- compétents, on peut se rendre parfai- tement compte, à la lecture, de la valeur d’une pièce de théâtre et de ses effets scéniques ; mais, par sur- croît, celle-ci a subi au théâtre de Monte-Carlo l'épreuve du publie, et victorieusement ; les applaudissements qui la saluèrent furent enthousiastes, unanimes. La voici désignée plus qu’il n’était nécessaire à l’attention de la: Comédie:Française. Il n’est pas dou- teux que nous la retrouverons un soir prochain dans le cadre de lillustre Maison. GASTON SORBETS. indifférent, devant le grand
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: F 14 Féverer 1914 04 LA PETITE ILLUSTRATION ANNONCES = III. | L'ÉTÉ A VERNET:: BAINS an: utésit once cudinses dx Ldeaf éfimai Ê ” ” | Le Paradis des Pyrénées | CANIGOU 2785 | | 1 æ 9 ’ e | | Station Thermale et Climatérique (650 m.) ÉTABLISSEMENTS THERMAUX LES CENTRE D’EXCURSIONS | PLUS MODERNES dun à (Canigou 2.785 m.) : | Roux ulroubes éoditues LHET à 60) ouvelle ligne électrique Jusqu'à la : frontière espagnole (Puigcerda). L. ere en Q HOTELS DE PREMIER ORDRE des Rhumatismes, Goutte, Névroses, Affections Grand confort moderne. Appartements privés avec | respiratoires (non tuberculeuses), Convalescences, etc. salle de ‘bains? etc. ‘Ascenseurs | | CLIMAT FRAIS ET SEC, Prix modérés. Arrangements pour ‘familles. l SANS VARIATIONS BRUSQUES GRAND HOTEL DU PORTUGAL ù En communication directe avec les Bains des Commandants. | Pension : 17 fr. 20 fr., 25 fr. et au-dessus. Restaurant à la carte GRAND CASINO re St | Salles de jeux, Représentations théâtrales, Concerts, de Le. rate . Fe L Bals et Soirées. Pension : 12 fr. 50, 15 fr, 20 fr. et au-dessus. . ) | GRAND PARC ET FORÊTS RE RÉ rs | Communiquant par les étages avec les Bains Mercader. | Fêtes de nuit, Concours international de Tennis, Pension : 11 fr., 13 fr., 15 fr. et au-dessus. Croquets, Laiterie modèle. CHALETS ET APPARTEMENTS MEUBLÉS VERNET-LES-BAINS EXPRESS quotidien toute l’année (Lits-Salon, Couchettes, 17° et 2° classe) de Paris-Orsay, départ 7 heures du soir. Demandez le guide-brochure (1914), à la Direction des Bains et Hôtels : VERNET-les-BAINS (Pyrénées-Orientales).
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LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS | La vie qui passe. DS Il y a des livres dont on aime la conversation, car tels livres sont des causeurs plutôt que des conteurs. Ils prétendent non point vous dire, en vingt chapitres, une seule et longue histoire romanesque ou tragique, mais convier votre esprit à des discussions d'art, à des échanges d’idées, à des communions morales. Tous ces livres ne sont pas nécessairement des livres qui plaisent. Ecrits ou non, certains bavardages lassent vite. Mais vous aimerez tout de suite la conversation d’un livre, si son auteur est un homme d’esprit cultivé et fin, s’il a du tact, de l'élégance, des souvenirs, une habi- tude d'observer, un art de retenir et de rendre les visions. Tous ces dons charmeurs, vous les trouverez, unis à une haute distinction de pensée, dans les pages, souriantes et graves tour à tour, que notre très distingué con- frère, M. Fernand Laudet, directeur | passe (Perrin). ‘jourd’hui sur lesquelles passe le reflet ‘bienfaisant et correcteur d’utiles évo- ‘éations de jadis. Il y a des propos fort de la Revue hebdomadaire, a réunies, sous ce titre de volume : la Vie qui Ce sont des idées d’au- actuels sur l'influence morale de la presse et sur le goût des conférences. Il y a les amusantes notes descriptives ’un Parisien et d’ ÿn moraliste sur «sa rue». Il y a, sur le «désert de la Trappe» et sur les « Eglises qui croulent », des. RARES qui obligent à la néftition: ais peut-être, encore plus que toutes utres, on aimera les pages ‘que . Fernand Laudet consacre -à « Nos Morts ». Ah! comme voici de la foi, de grande allure, très intelligente, très lucide, qui accepte et recherche: la. discussion ! L’auteur prend à partie, mais avec quelle courtoisie, les idées sur la mort, de Maurice Maeterlinck. Ces idées, il les analyse, les isole, les dépouille ; ; il les confronte ensemble pour en tirer des contradictions. On sent le philosophe chrétien qui pense. Mais c’est toujours l’homme du monde | qui s'exprime, et veut convaincre,avec. bon sens et bonne grâce, sans; parti , pris et sans humeur. De M. Fernand Laudet dre ue agréable préface au volume (Ed. Bloud ' st Gay), qui réunit les-instructives ré- ponses des intéressées à une récente et. retentissante enquête de la Revue hebdomadaire, sur les Jeunes Filles. Ce sont les jeunes filles elles-mêmes qui nous donnent, en une série de cha- à FA instructifs, leurs idées sur le onde, l'Enseignement, la Médecine, les Arts, le Commerce, les Bureaux, les Ouvrières, les Isolées, le Cloître. LA PETITE ILLUSTRATION Romans. as M. Jégt: Jacques Bernard est le fils de M. Tristan Bernard. Mais il est aussi son élève, et son meilleur élève, Le livre de M. Jean-Jacques Bernard, son premier livre, l’Æpicier (Ollendorff), nous rappelle, en effet, à nous y mé- prendre, certaines excellentes pages de l’auteur des Mémoires d’un jeune homme rangé et d'Un mari pacifique. En cette œuvre de début, M. Jean- Jacques Bernard nous conte le roman concis, pittoresque -et. tragi-comique d’un petit épicier de province. Avec une froide férocité, l’auteur fouille dans cette âme faible et médiocre, saumurée depuis plusieurs généra- tions dans la même étroite boutique, sans air, sans horizons, sans ciel. Un ami bienfaiteur s’introduit dans cette vie comme une catastrophe. Le sou- venir des services rendus torture cette âme trop étroite, qui ne comprend même pas son mal. Dans ses rêves, dans ses hallucinations, dans ses nuits blanches, l’épicier Leselme voit s’in- terposer, entre le soleil et lui, lom- bre de cet homme qui l’étouffe. Et cest au point qu'il essaie de l’assas- siner. Il ne réussit même. pas, son: meurtre. Il passe en cour d'assises et il n’est même pas condamné. La vic- time arrive à temps encore une fois pour sauver 0e pâle criminel et le rendre à son épicerie. L’épicier Le- selme :a eu très peur. Désormais il évitera d’éprouver aucune sorte de sentiments «et il ne se passéra plus rien dans sa vie ». os M. Charles 3 ournel, en un Less “dont on aimera la forme à la fois très . élégante et très personnelle, l’Entrave * ascétique (Sansot), s'applique à nous convaincre ‘— au Cas Où nous n’en serions point déjà ‘persuadés — que la « morale des saints » n’est point ‘faite pour nous. En réalité, il faut voir dans l’Entravé ascétique une cri- . tique, très âpre, et que l’on trouvera sans doute trop impitoyable, des :« écoles monastiques » qui auraient «cette particularité de lâcher dans la. nation des caractères irrités ou de lui rendre des énergies percluses » Et nous cite des exemples, qui peuvent être vrais comme cas particuliers mais sur lesquels il nous ‘paraît. diffi- d'elle d’étayer une règle générale. Mais le récit.est. facile, clair, et parfois élo- quent. M. Charles Journel a sans doute des idées discutables. Mais il sait, in- discutablement, ‘les dire. * * * Maximes morales et immorales. æ$ Pour être le produit d’une étude assez exacte de notre humanité, les aphorismes que M. Etienne Rey réunit . toujours lâches. » un bâton. » _ de ne pas comporter de châtiments. » appris. La plupart des démocrates ont tout appris et ne savent rien. » l’art de très bien naître en leur nouveau livre toute la en un charmant petit volume (Grasset): font une large part aux défaillances humaines, On y trouve un agréable scepticisme ainsi qu'une observation AIS assez exacte de l'influence, sur la vertu humaine la plus austère, des cir- constances diverses de la vie. C’est le Net petit jeu de la vertu et des hasards. 10 Mais on n’analyse point des Maximes Nos morales et immorales. On les cite. Voici, par exemple : Sur la morale — justement — et la “ETS . . LR vie sociale : «4 « Depuis des siècles, la morale cherche à remonter la pente que la nature descend. Mais la pente est si glissante que la morale finit toujours par rouler en bas. » M «Il y a plus d'égalité dans la société sie que dans la nature. » | 2: EME « Ce n’est pas tout que d’être ver- à tueux. Il faut pouvoir se consoler de ’être. ». | À « La vie est remplie de sottises qui _ ont d’heureux résultats et d’actes rai- sonnables qui n’en ont que de fà- | cheux. » EUX ra « Il y a des vices qui ont un parfum à de grandeur, comme il y a des vertus AUS qui sentent la médiocrité. » D Sur: l'éternel féminin : GIl y a des femmes que l’on aime trop pour oser les aimer. » 11800 « A la raison de tout pessimisme, il y a une trahison de femme ou une = maladie d'estomac. » NAS « Se sentir nécessaire au bonheur pr. d’une femme est loin d’en être un. » 1 à « Les cœurs compliqués sont presque «L'esprit et le cœur ne peuvent s’ac- corder que dans la médiocrité. » «Il ne faut jamais battre une femme avec une fleur. Il faut la battre avec Et voici enfin de bonnes choses sur la. politique: «Le grand vice de la politique est «Les grands seigneurs devaient tout savoirsans avoir jamais rien rs + " MEN Las Etudes sociales. TS Les Têtes baissées (Ollendorff), ce sont les cent mille malheureux qui vivent, à Paris, leur effroyable vie de misère. M. Cyril et le docteur Berger qui nous avaient déjà donné, en colla- boration, une étude d’un poignant réalisme sur- l’enfance abandonnée dans.les quartiers. de la famine et du crime (Cri-Cri, Ollendorff), nous font con- terrible et sordide détresse des sans- logis, nous promènent dans leurs abris provisoires, hôtels borgnes, garnis excentriques, chambrées immondes, dépotoirs sans nom, nous expliquent
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_ les petites industries de l'extrême mi- _ sère, et analysent les psychologies __ de cette armée tragique de pauvres dont la condition ne paraît point s'être sensiblement améliorée, de- puis le temps — qui nous paraît ce- pendant si lointain — de la Cour des Miracles. | Et il faut dire aussi que ce livre n'est point seulement une sorte d’an- nuaire de la pouillerie parisienne. -- C’est un livre écrit par de véritables écrivains, et telles pages de tel cha- pitre, « la Messe des Pauvres » par exemple, témoignent d’un art puis- #4 sant et personnel. DS Un peu de l'âme des bandits, par - M. Emile Michon, membre de la So- | LA PETITE ILLUSTRATION ciété générale des prisons (Ed. Dorbn), c'est une étude de toute moderne psychologie criminelle, M. Emile Mi- chon put longuement s’entretenir, dans leurs cellules, avec tous les tristes héros de la trop fameuse « bande tragique ». Son livre, résumé des conversations qu'il eut avec ces assassins nouveau style, demi-fous, irrémédiablement déséquilibrés par les sophismes de leur logique morbide, est fort intéressant comme document social. On lira avec intérêt les conclu- sions où M. Emile Michon cherche à préciser l'influence de l’éducation sur ces imaginations ardentes et troubles. Pas une fois, du reste, lenom de l’un des membres de la bande ne paraît dans cet ouvrage qui ne se donne qu’un but : RS A PASS du tirer un enseignement utile de l’évo- | lution qui s’est faite dans l'esprit de Te la plupart de ces hommes qui peut-être auraient pu demeurer honnêtes — car ils avaient certaines qualités moralss — et qui sont devenus les Bandits. Divers. x Citons : l’Aéro-Manuel 1914, ré- pertoire sportif, technique et commercial de l'aéronautique (Ed. Dunod et Pinat) ; les Martyrs de l'aviation, 2€ série (Ed. Basset), par M. Roger Dépagnat ; l'Education industrielle et commer- | e ciale en Angleterre et en Ecosse + (Dunod et Pinat), par L. Chambonnaud ; “RE les Grands Magasins à Paris, à Berlgn LTÉE et en Amérique, leur organisation com? Ne: merciale (Berger-Levrault, 4 fr. 50), ARCHITECTURE ET DÉCORATION D: LE SALON D'AUTOMNE DE 1913 M. Paul Follot a présenté « une chambre à coucher de 4 dame », d’une très agréable tonalité. L’ensemble est bleu et Et argent avec des lignes intéressantes et des arrangements qui _ ont du charme. Les meubles sont en palissandre, amboine D. et marqueterie, très bien traités, confortables, intimes, ET Caamb:e à coucher de dame, par M Paul Follot. - mais trop « différents » peut-être ; ainsi les deux extrémités du lit, jolies si on les considère isolément, étonnent un peu - si on les regarde ensemble, ce sont deux morceaux séparés, ._ de lignes, de silhouette et de décoration différentes. On ne _ rencontre pas non plus assez dans les autres meubles l’idée qui a présidé à la composition générale. M. Follot a réussi à & faire une pièce tendue de bleu et qui est gaie, il faut le féli- : citer d’avoir pu triompher de cette difficulté beaucoup plus grande qu’on ne le croit. Er Le boudoir pour une femme de lettres de M. Majorelle _ manque de simplicité. Trop de coins, d2 sculptures, de mou- + lures, de découpures ; mais chaque détail est très étudié et bien interprété. Le fond de la pièce est creusé formant une sorte de niche dans laquelle est placé un grand divan qu’en- D cadrent des bibliothèques et des vitrines. Une peinture dé- …. corative, un peu trop traitée comme un tableau de chevalet, _ forme la partie brute de la niche. Une rampe lumineuse dis- » . simulée, éclaire cette peinture et jette une clarté diffuse sur ._ le divan, l’idée est bonne et le résultat excellent. Les bibelots __ posés çà et là sont choisis avec goût. M. Nathan a composé une salle à manger dont il a sculpté les meubles. Ces sculptures sont très belles, larges, franches, _ d’heureuses proportions. Des deux pièces exposées par M. Gallerey j’ai préféré la chambre d’enfants, claire et élégante avec des coins amu- sants. M: Martin présentait des « meubles servant à orner une loge d'artiste ». Leur forme est curieuse, leur silhouette nou- velle ; malheureusement ils sont ensbois bleu et le rouge franc - qui recouvre les fauteuils n’est pas suffisant pour jeter une “TS note gaie dans l’ensemble. ne Parmi les toiles imprimées qu’exposait M. Molleux, il en est rl de charmantes et tout à fait réussies. Elles présentent toutes £ cet avantage qu’elles trouvent fort bien leur destination, on |. PRÉ RS les voit, celle-ci ornant une salle à manger, celle-là décorant ï RESS un salon, cette autre dans un boudoir ; elles sont sobres Lee” quoique bien colorées. M. Laplante nous a montré quatre-vingts modèles c'e tapis ee différents, de toutes les formes et de toutes les teintes. ‘2.48 L'ensemble était très intéressant, autant par la nouveauté de e cette exposition que par la valeur réelle des échantillons REA présentés. Quelques carpettes rondes sont délicieuses de tons. F2 Grâce à l’activité incessante et au dévouement de son excel- lent et distingué président, M. Frantz Jourdain, le Salon d'Automne avait réuni en 1913 un nombre considérable d’exposants dans la section des Arts décoratifs. S'il y a des critiques à faire, il y a aussi de nombreuses félicitations à Ë, apporter à tous ces artistes qui luttent sans se décourager LAS pour une cause très belle : créer en France un style nouveau | & dont profiteront, à la fois, et l’industrie et l’art. Fr ; RoB MALLET-STEVEXS, “E architecte. "+ 3e
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Le GLOBÉOL forme à lui Sat tout un traitement très complet de l’anémie. Il donne très rapidement des forces, àbrège la convalescence, laisse un senti- ment de biëen-être, de vigueur et de santé. Spécifique de l’épuisement nerveux, le GLOBÉOL régénère et nourrit les nerfs, reconstitue la substance grise du cerveau, rend l’esprit lucide, intensifie la puissance de travail intellectuel et élève le RES RE nerveux. Il augmente la force de vivre. 8 p ilules de GLOBE OL F par jour donnen' | 500 millions | de globules | À rouges 24 _. at D snonons 2 LA PETITE liqueur de sang. Communi- cation à l'Académie de M. 7 juin 1910 B + Le Directeur : RENÉ BAsCHET. ILLUSTRATION | 14 Févetir 1014 LR GLOBEOL An: de. Reconstitue la Substance _ Nerveuse _à l'organisme AOUVEAUX, soil un verre à édecine. Le cerveau ést soumis aux mêmes lois, assujetti aux mêmes obligations, passible des mêmes servitudes que les autres tissus réputés moins mystérieux et moins nobles, A l'instar de ceux-ci, il se fatigue, il s’use, il s'empoisonne avec les déchets de son travail ; il a besoin d’être alimenté régulièrement de la même façon et ne saurait suppléer tout seul, « par les moyens du bord », à l'irrigation sanguine qui lui apporte les substances stimulantes et les matériaux d’auto-réparation. Seulement, comme le travail cérébral s'effectue le plus ordinairement en vase clos, -pour ainsi dire, et condamne trop souvent celui qui s’y applique exclusivement à vivre immobile, sans exercice musculaire, le derrière sur une chaise, dans l’air confiné, les combustions se font mal ; elles risquent de demeurer inachevées, partant, d’en- combrer l’économie tout entière de leurs résidus. Voilà pourquoi tant d'écrivains, de savants, d'hommes d’af- faires, d'hommes politiques, de financiers, d'artistes, de penseurs, tant, en un mot, d’ « intellectuels », sont voués d'avance à l’anémie, au ralentissement de la nutrition, à l’arthritisme, à l’artério-sclérose, à la neurasthénie, etc. La substance nerveuse s’anémie et s’épuise et linflux nerveux ne passe que difficilement ; c’est alors que le tra- vail cérébral devient pénible, que la mémoire se fait rebelle, l'effort intellectuel impossible. Anémie cérébrale Épuisement nerteux Maladies des nerfs Insomnies Tabès Paraluysies Anémie Contalescence Tuberculose Neurasthénie Croissance N. B. — On trouve le Globéol dans toutes les bonnes pharmacies et aux Etablissements Chatelain, 207, boulev. Pereire, Paris (X VII®). Le flacon, franco6fr. 50: cure intégrale (4 flacons), franco 24 fr. Etranger, 4 = a\l franco 7 fr. et 26 fr. Certains ont recours aux excitants artificiels, à l’alcool, au café, au thé, à la kola, aux autres antidéperditeurs, parfois même, hélas ! à la morphine, à la cocaïne, à des poisons variés. Il n’est, en réalité, qu'un seul et unique moyen de four- nir au cerveau l'énergie dont il a besoin pour faire face à son labeur : c’est, comme l’a prévu la Nature, et comme elle a soin, en général, d'y pourvoir, c’est de l’appro- visionner, à flux .continu, d’un sang frais, riche et pur, contenant tout ce que le sang normal doit contenir d’élé- ments plastiques, de stimulines, de ferments vivants, de sels métalliques, de contre-poisons, et son hémoglobine intégrale. Or, seul, le Globéol contient tout cela, tout ce qui est nécessaire au cerveau. Il nourrit la susbtance ner- veuse, qu'il reconstitue en lui restituant les éléments épuisés. D’où cette conclusion, que le seul traitement vraiment tonique, vraiment régénérateur, qui convienne rationnelle- ment aux intellectuels en mal de surmenage, c’est une cure de Globéol, par cette raison péremptoire que le Globéol est précisément cela et répond de la façon la plus com- plète à ce programme ! Croyez-moi : je sors d'en prendre, et je puis vous certi- fier que je ne m'en repens pas ! Dr J.-L.-$S. Bora. LE TONIQUE QUI DOIT ÊTRE PRIS PAR TOUS, CHAQUE JOUR Jos Imprimerie de L’Illustration, 13, rue Saint-Georges, Paris (0°). —- L'Imprimeur-Gérant : A. CHATENET,