# Ascension de l'Everest: De l'œdème pulmonaire au sommet du monde

An episode of [umea](https://invisiblenetwork.ai/podcast/1869986285), 11 Oct 2026, 1 h 10 min.

Audio: https://episode.flightcast.com/01M3WZGYP88S34M9JQ4MY20GB9.mp3

Dans cet épisode du balado umea, je vous amène avec moi sur l'Everest — non pas juste pour vous raconter l'ascension, mais pour vous partager ce que personne ne dit assez : les doutes, les erreurs, les moments où tout bascule, et cette ligne ultra fine entre ambition et lucidité. C'est la première partie d'une série en deux épisodes où je vous ouvre les portes de cette expédition de deux mois au Népal, de janvier à mai 2024, qui a culminé avec l'atteinte du sommet de l'Everest le 20 mai, le jour de mes 30 ans. Mais avant d'arriver là, il y a eu tellement de choses. Une blessure trois mois avant le départ qui m'a empêchée de m'entraîner comme je le voulais. Un trek du camp de base avec dix Québécois qui sont devenus ma famille. Une première montagne, Le Boucher East, qui devait être facile mais qui a failli tout arrêter. Un œdème pulmonaire à 6200 mètres d'altitude qui m'a forcée à redescendre en hélicoptère, à rester deux semaines dans l'incertitude totale, à me demander si mon rêve venait de m'échapper entre les mains. Et puis, il y a eu la décision de continuer. De croire en moi malgré les doutes des autres. De me reposer, de récupérer, de faire confiance à mon corps. Et éventuellement, de recevoir l'autorisation médicale pour poursuivre — alors que normalement, après un œdème pulmonaire, on arrête tout. Dans cet épisode, j'explore : • Ma blessure au psoas trois mois avant le départ — et pourquoi je l'ai gardée secrète pour ne pas faire face aux peurs des autres • Comment on sait si on est prêt pour l'Everest — et pourquoi on ne le sait jamais vraiment • Ma mentalité en alpinisme : se rendre le plus loin possible en santé et en sécurité, pas atteindre le sommet coûte que coûte • Combien coûte une expédition sur l'Everest — environ 150 000 $ dans mon cas — et comment les commanditaires fonctionnent • Le trek du camp de base avec dix Québécois — et comment ces inconnus sont devenus ma famille • L'ascension de Le Boucher East — et l'erreur monumentale que j'ai faite en continuant de pousser malgré les signaux de mon corps • Mon œdème pulmonaire à 6200 mètres — le moment où j'ai réalisé que je ne pouvais pas contrôler tout • La descente en hélicoptère à Ferrice, puis à Namche — et les deux semaines d'incertitude totale • Le moment le plus difficile de toute l'expédition : ne pas savoir si j'allais avoir la chance de réaliser mon rêve • La phrase du docteur Behrouz qui a tout changé : « Emma, tes poumons sont récupérés à 100%, tu es good to go » • La vie au camp de base à 5400 mètres — la communauté, les repas, les hélicoptères, les avalanches, et cette solitude qui n'en est pas vraiment une. • Le départ pour le summit push — et le moment où tout a basculé au Camp 4 • Les 275 personnes qui tentaient le sommet le même jour — et pourquoi c'était particulièrement dangereux • Le retard catastrophique qui a fait en sorte qu'on est arrivés au Camp 4 à 18h au lieu de midi — et pourquoi j'ai cru que mon sommet m'échappait entre les mains Je parle avec une vulnérabilité totale de ce que personne ne dit assez : que l'alpinisme, ce n'est pas juste une question de force physique ou mentale. C'est une question d'humilité face à la montagne. De lucidité face au risque. D'acceptation face à l'incertitude. Et surtout, de capacité à se demander : est-ce que je suis ambitieuse ou est-ce que je suis en train de mettre ma vie en danger? Un épisode essentiel pour toutes celles et ceux qui rêvent de repousser leurs limites, qui croient au pouvoir de la résilience, et qui veulent comprendre ce que ça signifie vraiment de gravir la plus haute montagne au monde. Rendez-vous dans deux semaines pour la partie 2 — où je vous amène dans la zone de la mort, jusqu'au sommet, et à travers les décisions les plus difficiles de ma vie. Le podcast est présenté par Atmosphere Découvrez leurs équipements au : https://www.sportsexperts.ca/fr-CA/ Le podcast est présenté par Sublime Bénéficiez d’un rabais de 15 % avec le code UMEA15 sur…

## Transcript

[0:00] T'as un édème, un début du moins d'édème pulmonaire.
[0:03] Je peux pas avoir un édème pulmonaire, moi je m'en vais gravir l'Everest.
[0:06] En tant que coureuse, je suis habituée d'être dans le dur quand même, puis de pousser quand ça va mal.
[0:12] J'ai décidé de continuer d'avancer malgré tout.
[0:14] Ce qui était une énorme erreur.
[0:16] À quel point c'est important d'être humble face à la montagne?
[0:20] Essentiellement, je suis en train d'avoir du liquide qui rentrait dans mes poumons.
[0:24] C'est comme en train de me faire moindre.
[0:25] C'est très, très rare qu'on poursuit une expédition après un EDEM.
[0:28] Après un EDEM, normalement, c'est vraiment terminer ton expédition.
[0:30] Est-ce que je suis ambitieuse ou est-ce que je suis lucide encore?
[0:34] On est au cancat.
[0:36] Mon sommet est en train de m'échapper entre les mains.
[0:39] Je le texte d'ailleurs à ma famille en leur disant genre « Hey, guys, ça se peut que ça n'arrive pas. »
[0:44] Emma.
[0:46] Je dois vous le dire, vous êtes 100 % récolté.
[0:50] Jacob, quoi?
[0:53] Cet épisode d'Umea vous est présenté en collaboration avec Atmosphere.
[0:59] Pour un épisode où je vous amène avec moi sur l'Everest, c'est difficile d'imaginer un partenaire qui est plus naturel.
[1:04] C'était d'ailleurs mon partenaire pour cette expédition sur l'Everest.
[1:07] Parce que derrière chaque très grande aventure, il y a tellement de préparation, mais le bon équipement pour pouvoir aller plus loin, c'est ce qui importe le plus au monde.
[1:17] Alors, un énorme merci à Atmosphère pour leur soutien tout au long de cette expédition sur la plus haute montagne au monde.
[1:25] Merci à Sublime de soutenir cette belle saison d'Umea.
[1:28] Pour découvrir leur culotte menstruelle, utilisez le code promo UMEA15 pour profiter de 15 % de rabais.
[1:36] Oh là là, je suis tellement excitée de faire cet épisode du balado Umea sur l'Everest.
[1:44] On va parler, oui, oui, de cette expédition sur l'Everest qui, aujourd'hui, je fais genre quatre mois.
[1:51] de cette expédition-là.
[1:53] Deux mois à passer au Népal.
[1:56] Je dirais pas en solitude parce que c'est un moment de partage très, très, très intime avec la communauté d'alpinistes qu'on avait au camp de base.
[2:08] Mais voilà, j'ai déjà fait quelques portions dans d'autres balados où je vous ai parlé de c'était quoi cette expédition-là sur Everest, mais je me laissais guider par les questions d'autres personnes.
[2:18] Puis là, j'ai comme envie de vous amener un petit peu sur le « behind the scene », un peu plus cœur à cœur.
[2:27] Comment ça?
[2:28] Pourquoi l'Everest?
[2:30] D'où je viens?
[2:32] J'ai déjà fait des balados qui portaient sur mon expérience en montagne, puis pourquoi, comment j'ai commencé le sport.
[2:39] Donc, je ne veux pas trop m'attarder à ça, mais peut-être juste vous amener à...
[2:44] en janvier cette année, à trois mois environ du départ pour l'Everest, où est-ce que je faisais quand même du gros volume de courses pour être certaine que j'allais être bien préparée pour l'expédition, que j'allais être « on top » of my…
[3:00] game, que j'allais être en forme, et où malheureusement, je me suis blessée.
[3:06] Puis c'est quelque chose que j'ai gardé un peu secret parce que ça ne me tentait pas vraiment d'en parler puis de faire face aux peurs des gens, aux insécurités des gens projetées sur le fait que j'allais aller gravir la plus haute montagne au monde sans être à 100 % de mes capacités.
[3:26] Donc, je l'ai comme gardé à l'intérieur de moi, puis j'ai souhaité le gérer de mon côté.
[3:30] Essentiellement, ce que c'était, c'était vraiment comme... c'est vraiment niaiseux, mais quelques mois plus tôt, j'avais déboulé mes escaliers avant une course, mon sacrum a comme bougé un peu, puis à chaque fois que je courais...
[3:43] J'avais un certain déséquilibre qui faisait en sorte que j'allais créer une espèce d'inflammation dans mon psoas.
[3:51] Et à chaque fois que je courais, j'irritais mon psoas.
[3:56] À la fin, j'avais tellement de douleur que j'avais de la misère à courir.
[4:01] Donc, de janvier à février à mars jusqu'au départ pour l'expédition, je ne suis pas vraiment meilleure de ma forme physique.
[4:12] Je fais beaucoup moins de volume d'entraînement que je fais normalement et je focus sur préparer la logistique, préparer…
[4:22] la conciliation avec mon travail, préparer mes proches aussi à ce que je m'en vais vivre, puis me préparer mentalement surtout, avec l'aide d'Anna Belgier, à faire face aux diverses situations qui vont survenir puis qui vont être probablement les plus difficiles que je vais avoir jamais vécues.
[4:42] avis.
[4:43] Une question qu'on m'a demandé beaucoup, c'est comment est-ce qu'on sait si on a la capacité de relever un défi comme l'Everest?
[4:49] Et honnêtement, j'en ai aucune espèce d'idée.
[4:53] Je ne sais pas, moi, comment on fait pour savoir si on est prêt.
[4:57] Je pense qu'on ne le sait jamais vraiment, mais je pense que
[5:02] on cumule des expériences précédentes.
[5:07] Dans mon cas, j'avais fait une montagne à 7 000 mètres, presque d'altitude, au Chili.
[5:13] J'avais fait une montagne plus technique que l'Everest, qui m'avait aussi amenée à un certain niveau de confort.
[5:19] J'avais passé du temps aussi en solitude.
[5:21] J'avais fait des longues épreuves, comme le Divide 200, un 200 kilomètres de course à travers la montagne.
[5:27] J'avais fait quand même quelques...
[5:30] réalisation sportive qui me permettait de croire que j'avais suffisamment de capacité pour y aller.
[5:35] Par contre, je savais très bien qu'en y allant, je ne pouvais pas être dans un mindset où est-ce que j'y allais pour atteindre le sommet coûte que coûte.
[5:44] Ma mentalité en expédition d'alpiniste, c'est un peu comme une mentalité...
[5:49] C'est une mentalité qui diffère, je dirais, qu'une mentalité de sport autre, genre la course.
[5:58] Ce n'est pas une mentalité où je me dis, j'y vais, puis peu importe, je ne lâche pas le morceau, puis je garde un mental fort.
[6:05] C'est que je me dis, j'y vais en étant consciente que mon objectif principal, c'est de me rendre le plus loin possible en santé et en sécurité.
[6:17] Et si ce plus loin possible-là...
[6:21] constitue le sommet du monde, tant mieux.
[6:24] Mais si, pour rester en santé et en sécurité, ce plus haut ou ce plus loin...
[6:32] lieu-là est, par exemple, le camp de base ou le camp 2 ou le camp 3, bien, dans ce cas-là, c'est correct.
[6:39] Si c'est là que je m'arrête, ça veut dire que j'ai rempli l'objectif.
[6:44] C'est vraiment une autre façon d'approcher le sport, puis je pense que ça, c'est en raison du fait que c'est tellement un sport qui est comme extrême où est-ce que notre vie est en danger, puis qu'il faut demeurer lucide par rapport à l'objectif, qu'on n'a pas vraiment le choix.
[7:00] Un autre élément, c'est que je le compare un petit peu à l'alpinisme au sport de, par exemple, l'escalade.
[7:07] L'escalade, on va essayer une voie à plusieurs reprises, peut-être genre neuf fois, puis ultimement, la dixième fois, ça va fonctionner.
[7:15] Ça ne veut pas dire que les neuf fois précédentes, on a été en échec et on n'est pas à la hauteur.
[7:20] Ça veut plutôt dire qu'il y a des objectifs qui sont ambitieux et pour lesquels ça prend du temps à atteindre.
[7:28] Puis, c'est vraiment correct.
[7:29] Une fois que tu acceptes ça, je crois que tu es vraiment plus apte à prendre des décisions intelligentes, entre autres, Montaigne.
[7:37] Ça m'amène à combien coûte une expédition sur l'Everest?
[7:42] Et quelle part aussi est couverte par les commanditaires?
[7:46] Parce que oui, oui, genre, c'est, bien pas genre, mais oui, oui, ça c'est une question qui m'est quand même souvent posée, puis que je pense que c'est très intéressant pour vous de comprendre.
[7:59] Essentiellement, une expédition sur l'Everest, les permis peuvent être entre, je dirais, 40 000 US à 200 000 US.
[8:08] Ça peut même être encore plus cher que ça, si tu veux.
[8:11] J'en ai vu un qui sont partis, puis ça leur a coûté 300 000 US, pour vous donner une idée.
[8:16] Moi, dans mon cas, j'estime que mon expédition m'a coûté environ 150 000 $, ce qui est un montant énorme.
[8:25] Un montant que je n'ai pas payé seulement de mes propres poches.
[8:30] Ça a été un projet de documentaire, de film, où est-ce que j'avais des commanditaires qui achetaient littéralement une place sur l'expédition.
[8:43] Comment ça fonctionne, ce genre de partenariat-là?
[8:47] C'est que moi, je prends le risque financier de dire oui.
[8:51] Je veux aller faire ce projet-là.
[8:54] Je me lance, puis je vais m'organiser pour être en mesure, à même mes économies, de payer l'expédition.
[9:02] Et là, je pourrais aussi me dire, j'aimerais collaborer avec un vidéaste là-bas, sur place, ce qui a été mon cas,
[9:11] pour qu'ils me filment et qu'ils m'aident à créer du contenu, ce qui est un actif pour les commanditaires.
[9:20] Aller voir des compagnies comme The Nerdface de ce monde ou Atmosphère de ce monde en leur disant « Donnez-moi de l'argent pour aller réaliser mon rêve »,
[9:31] C'est assez rare que ça va devenir un... qu'il va y avoir un chèque qui va en sortir, on s'entend.
[9:40] Par contre, si je vais voir une compagnie comme, justement, un Artface ou une atmosphère de ce monde, puis qu'il y a un projet de création de contenu où est-ce qu'on a une mission...
[9:56] assez clair où est-ce qu'on vient partager en toute transparence c'est quoi cette expédition-là de deux mois sur la montagne la plus connue au monde parce que c'est la plus haute au monde.
[10:08] Puis que j'ai un projet de film avec ça, puis qu'il y a une capsule YouTube, puis il y a de la création de contenu sur place.
[10:16] Alors là, je suis capable d'en faire un projet qui peut être sponsorisé parce que dans les faits, ça appartient au budget marketing des compagnies.
[10:24] Donc, c'est un peu pour ça que, bien, ce n'est pas juste pour ça.
[10:30] En fait, ce n'est pas du tout juste pour ça, mais c'est un peu comme ça que dans le monde de l'expédition puis de l'aventure, on approche des compagnies et que celles-ci acceptent de nous financer.
[10:42] C'est vraiment parce qu'on leur offre un retour sur investissement en termes de visibilité, en termes de crédibilité, en termes de création de contenu.
[10:51] Puis, il faut savoir, par contre, que ça vient avec une énorme charge parce que j'ai des contrats à livrer quand je suis en montagne et que, peu importe quel est l'état de ma santé, je suis quand même tenue de livrer un certain quelque chose à ces compagnies-là.
[11:07] Il y a vraiment du beau, c'est extraordinaire de pouvoir être supporté par des sponsors, mais ça amène aussi un niveau de travail qui est additionnel et qui fait que je dois m'ouvrir à la caméra même quand ça ne va pas bien.
[11:20] Il faut que je me réanime pour avoir du réseau sur le camp de base pour envoyer des fichiers très, très, très lourds pour être capable de documenter en temps réel ce qui se passe.
[11:31] Donc, il faut juste comprendre que chaque personne et chaque athlète que vous voyez qui prend le soin de documenter sur YouTube ou sur Instagram, comme en toute transparence ce qu'ils font, shout-out à Rachel Dion, Jé du Temple, Caroline Pomerleau, Anouka, et...
[11:55] Il y a tellement d'autres personnes qui créent du contenu documentaire qui sont extraordinaires, mais comme Élodie Petit aussi, je dirais, toutes ces personnes-là, Chloé Daigle également, toutes ces personnes-là qui créent des projets documentaires, elles décident de s'ajouter quand même un layer de pression additionnelle et des contrats additionnels en plus de réaliser leurs plus gros défis qui soient.
[12:19] Fait que, quand même complexe.
[12:22] Une fois que ceci est dit, comment je fais pour bâtir une expédition sur les vrais?
[12:27] C'est que d'abord, je choisis la compagnie d'expédition avec laquelle je pars.
[12:31] Et dans mon cas, j'ai choisi une compagnie d'expédition moitié népalaise, moitié anglaise, pour laquelle j'avais énormément confiance.
[12:39] La « owner » de cette compagnie-là s'appelait Adriana, et s'appelle toujours Adriana Brownlee.
[12:44] C'est la plus jeune femme et la plus jeune au monde à avoir gravi les 14 plus hauts sommets du monde.
[12:51] Et elle, elle s'est associée avec son conjoint, Gail G, et toute une famille de Sherpas pour construire une compagnie, genre, absolument extraordinaire, avec des valeurs familiales.
[13:03] Puis, il y amenait quelques clients, je vais dire clients, moi j'en fais partie, on était trois, à aller sur cette expédition-là de l'Ebrès.
[13:14] C'est comme ça, en fait, que j'ai rencontré mon Sherpa sur l'XP qui s'appelle Tiger.
[13:21] Tiger, c'est lui mon partenaire.
[13:24] On a tout fait, lui et moi, en one-on-one avec aussi Sabine qui était mon vidéaste.
[13:31] Maintenant, ceci étant dit, ça m'amène à c'est quoi la vie sur l'Everest, c'est quoi cette expédition-là sur l'Everest.
[13:41] Deux mois.
[13:42] On part, tout le monde, à travers tout le...
[13:46] toute la planète Terre qui souhaite gravir l'Everest, ça se passe toujours entre avril et mai.
[13:51] Pourquoi avril et mai?
[13:52] C'est qu'avant, la météo n'est pas assez bonne et après, il y a la mousson qu'on appelle les glaciers fondent.
[14:00] Il fait beaucoup trop chaud.
[14:01] C'est beaucoup trop dangereux.
[14:02] Il n'y a pas d'expédition sur l'Everest qui se passe là.
[14:05] Avril jusqu'à mi-mai, c'est une période d'acclimatation au Népal où est-ce qu'on habitue notre corps à l'altitude.
[14:14] On va aller faire des rotations.
[14:16] J'y reviens par la suite.
[14:18] Puis, ultimement, entre le 15 mai et le 25 mai, c'est là où est-ce que la météo est suffisamment bonne.
[14:27] Puis ça, c'est des dates en moyenne, de façon historique, pour que les 500 personnes qui ont obtenu un permis d'alpinisme de la part du gouvernement népalais puissent aller tenter leur ascension.
[14:44] Quand on voit les grosses lignes de trafic sur la montagne et qu'on se dit « Oh mon Dieu, c'est tellement touristique, il y a tellement de gens qui sont sur l'Everest », je suis comme « Oui, il y a énormément de gens qui vont tenter l'Everest ».
[14:58] Par contre, il faut savoir que c'est 500 personnes environ annuellement, 500 clients du moins annuellement, tout au plus.
[15:07] aussi, c'est que la météo, elle est tellement courte que, selon les années, ça se peut qu'il y ait 275 personnes, comme ça a été le cas cette année, dans mon cas, la journée où j'ai atteint une semaine, qui vont...
[15:22] aller en même temps sur la montagne.
[15:24] Parce que la journée d'avant, ce n'est pas beau.
[15:26] Puis la journée d'après, on n'est pas sûr si ça ne va pas bouger.
[15:29] Donc, c'est un peu une espèce de mentalité de chacun pour soi qui fait en sorte qu'on peut se retrouver tous en même temps sur la montagne.
[15:39] Puis ça fait des énormes trafics.
[15:42] Les trafics sont dangereux.
[15:44] Je vais y revenir sous peu.
[15:46] Alors, à travers ces deux mois-là,
[15:49] On prend l'avion, on part de Montréal, on arrive avec nos gros duffel bags, on a du stock, c'est assez fou.
[15:56] On se prépare à partir pour un, deux mois.
[15:59] On arrive éventuellement à l'aéroport, on arrive au Népal, on fait nos tris de bagages et compagnie.
[16:06] On est déployé vers Lukla, qui est le plus bas village de la vallée du Khumbu.
[16:13] Puis éventuellement, on fait un trek, une randonnée d'environ deux jours qui nous amène jusqu'au camp de base de l'Everest.
[16:19] Et là, ma chère communauté UMEA, cette année, j'amenais des Québécois avec moi à faire le trek du camp de base avec moi.
[16:30] On était dix et c'était genre... Bien, premièrement, c'était quand même stressant pour moi de me dire, OK, mon petit monde, ma petite passion, mon...
[16:42] Ma grosse expédition, je la partage avec des gens que je ne connais pas encore.
[16:46] Et étrangement, les gens qui sont venus avec moi sont devenus des amis très proches.
[16:54] On est devenus extrêmement soudés.
[16:56] On s'est tellement, tellement bien entendus les uns avec les autres.
[17:01] Certains venaient pour faire le camp de base, puis d'autres faisaient le camp de base et une première montagne, le Boucher.
[17:07] C'était leur première introduction au monde de l'alpinisme.
[17:11] On est devenus genre, c'est ça, les meilleurs amis du monde.
[17:14] On a passé les deux jours les plus formidables ensemble.
[17:17] Au début, le trek est quand même assez facile parce qu'on commence à environ 2000 m d'altitude.
[17:22] Puis c'est des journées qui ne sont pas trop longues.
[17:24] On fait environ cinq heures de randonnée par jour, cinq à huit heures, dépendamment à quel rythme on va.
[17:31] On dort dans des tea houses, on mange bien.
[17:35] On dort assez bien.
[17:37] Il fait de plus en plus froid.
[17:39] Puis là, de plus en plus, il y a des petits rhumes à gauche, à droite qui arrivent.
[17:43] Puis des petits... c'est ça.
[17:46] Il y a des gens qui ont un petit peu plus de difficulté à s'acclimater.
[17:49] Il y en a un qui va faire une intoxication alimentaire.
[17:51] Il y a comme plein de petits moments d'adversité qui arrivent.
[17:55] Tout le monde vit aussi des choses internes qu'ils amènent de la maison.
[18:02] Puis sans trop se connaître, on arrive déjà ensemble en toute humilité puis dans un contexte de bienveillance et de partage.
[18:12] Où est-ce que c'est comme, je vis telle chose qui est super difficile, on s'entraide, on se supporte.
[18:18] C'est vraiment, vraiment beau.
[18:20] Donc, on passe ces 12 jours-là ensemble à...
[18:26] Et honnêtement, profiter de chaque instant, puis s'acclimater tranquillement à un monde qui devient de plus en plus dur.
[18:34] Au bout des 12 jours, on arrive ultimement au camp de base de l'Everest et c'est là qu'on découvre le lieu dans lequel je vais vivre pendant six semaines.
[18:45] C'est aussi là qu'éventuellement, je dis au revoir à ces personnes-là qui sont devenues ma famille sur la montagne.
[18:55] Et au passage...
[19:00] On se pose aussi beaucoup de questions parce que juste se rendre au camp de base, les derniers jours, ça devient vraiment, vraiment difficile.
[19:07] C'est comme des journées super chargées où est-ce qu'on donne notre meilleur, on a super froid, on a toutes des sensations genre un peu de mal aiguë, des montagnes.
[19:15] Ce n'est pas vraiment facile.
[19:18] Eux, ils reviennent chez eux, puis ça fait déjà deux semaines, puis ils vont retourner dans le confort de leur chez-soi.
[19:25] Ils parlent du burger qu'ils vont manger quand ils reviennent à Kathmandu, puis du smoothie bowl, puis tout ça.
[19:31] Puis moi, je me répare à maintenant être seule, être sans ces personnes-là que j'aime vraiment beaucoup.
[19:37] Puis rapidement, je me mets dans un mindset de genre, « OK, Emma, là, ton expédition, elle va commencer. »
[19:44] au moins un petit moment où est-ce qu'il y a une partie du groupe qui reste avec toi.
[19:49] Puis ensemble, vous allez aller faire l'ascension de Le Boucher.
[19:55] Dans le fond, après avoir fait le trek du camp de base de l'Everest, on doit, à ce moment-là, débuter la phase de rotation.
[20:05] La phase de rotation, c'est vraiment pour, à partir de 5400 m d'altitude, s'acclimater à plus haut pour qu'éventuellement je sois assez forte, environ 6500-7000 m d'altitude, pour poursuivre mon chemin jusqu'au sommet.
[20:24] Comment on fait ce processus de rotation-là?
[20:27] Généralement, on va partir du camp de base, puis on va aller au camp 1, on va dormir au camp 1 et on va redescendre.
[20:35] Ensuite, on va repartir, puis on va aller au camp 2 ou au camp 3, on va dormir, puis on va redescendre.
[20:42] Et là, une fois qu'on a fait normalement ces deux acclimatations-là, on se considère prêt pour aller sur le summit push ultime, qui va durer environ 7 jours, quand la météo sera suffisamment bonne pour nous accueillir.
[20:55] Par contre, dans ce cas-ci, sur l'Everest, il faut savoir que la partie la plus dangereuse,
[21:02] Vraiment la plus dangereuse de toute l'expédition, elle se situe en fait entre le camp de base à 5400 et le camp 1 à 6500.
[21:11] Vous avez sûrement déjà entendu parler du Khumbu Icefall.
[21:14] Le Khumbu Icefall, c'est un glacier, je ne sais pas il fait combien de kilomètres, mais il doit faire au moins un kilomètre de distance.
[21:24] Puis, ce glacier-là est en constant mouvement.
[21:28] Quand on est au camp de base dans notre tente, on entend le glacier qui bouge, puis qui fond, puis on entend des avalanches, puis on entend des gros blocs de glace qui tombent.
[21:40] Et là, cette année, il était plus dangereux que jamais.
[21:47] J'y reviens.
[21:49] Donc, pour éviter de passer à travers le Khumbu Icefall six fois, il y a une rotation jusqu'au camp 1 qu'on va préférer faire sur une autre montagne juste à côté.
[21:59] Cette montagne-là s'appelle le Boucher East.
[22:01] Elle est à 6200 m d'altitude et c'est une montagne qui est relativement accessible.
[22:06] Pour des gens qui veulent faire leur début dans le monde de l'alpinisme,
[22:09] C'est quand même une belle montagne.
[22:11] Elle est alpine, elle est assez haute.
[22:14] Il y a quand même un certain niveau d'expérience technique à avoir, mais elle n'est pas inaccessible pour une première montagne quand même.
[22:23] Donc, avec certains des membres du groupe, on est environ cinq, on part du camp basse pour se rendre à Le Boucher East.
[22:34] Le Boucher East, je dois vous avouer que moi, je voyais cette montagne-là pas comme étant genre une montagne difficile à gravir parce que j'ai déjà gravi plus haut puis plus technique.
[22:46] Et je suis focussée sur l'objectif ultime qui est de gravir l'Everest.
[22:50] Donc moi, dans ma tête, je me dis « le boucher, ça peut pas être trop difficile.
[22:54] Tu t'en vas faire l'Everest.
[22:56] Aie un mindset que ça va bien aller et profite de chaque instant. »
[23:00] Puis l'autre chose, c'est que moi, la passion que j'ai, c'est d'être en montagne.
[23:04] Que ce soit difficile ou pas, c'est ça que j'aime.
[23:07] C'est ça qui me passionne.
[23:09] C'est d'être face à la montagne, face à l'adversité, d'être dans le froid, d'être dans l'inconfort.
[23:15] Puis c'est là où est-ce que je me sens le plus moi-même.
[23:18] Puis je sais que ça a l'air tellement quétaine puis tellement kitsch, mais c'est vraiment comme ça que je me sens.
[23:23] Je suis comme reconnaissante à chaque moment.
[23:26] Mais ce qui se passait à ce moment-là, c'est qu'un par un dans notre groupe, on a comme tous attrapé une espèce de rhume.
[23:33] On appelle ça le koumboukoff.
[23:36] Le koumboukoff, c'est comme une espèce de grippe sèche que beaucoup de gens développent parce que l'air est très, très, très sec sur l'Everest, mais aussi parce qu'il y a une foule de...
[23:49] Il y a des excréments d'animaux durant le trek qui restent et qu'on respire.
[23:56] Il y a aussi le fait qu'il y a beaucoup de gens qui viennent un peu de partout à travers le monde qui ont leur propre virus.
[24:00] Bref, on dirait qu'il y a beaucoup de virus qui se propagent.
[24:04] Et moi, dans mon cas...
[24:06] J'avais pas développé ce virus-là jusqu'à temps qu'on parte sur le « summit push » justement de l'obuchéiste.
[24:12] Puis là, moi, en tant que coureuse, je suis habituée d'être dans le dur quand même, puis de pousser quand ça va mal.
[24:18] Je suis habituée d'avoir mal à quelque part, puis de courir malgré tout.
[24:23] Je suis habituée que, genre, je me sens pas bien, puis que je pousse.
[24:27] Tu sais, c'est comme ça que je me suis toujours entraînée, puis on peut pas toujours être dans des conditions parfaites pour performer.
[24:34] Et là, ce que j'ai fait, c'est que malgré le fait que j'avais des sensations différentes, que mes battements cardiaques étaient extrêmement hauts, puis que je ne me sentais peut-être pas au meilleur de ma forme, j'ai simplement décidé de dire à mon équipe, genre « Hey guys, je ne me sens pas très bien, je vais aller vraiment lentement, mais je vais continuer d'avancer. »
[24:59] Et moi, mon lentement, à ce stade-là, il était environ au même rythme que tout le monde.
[25:05] Je ne sentais pas que j'étais comme une grosse béquille pour qui que ce soit.
[25:08] Je sentais juste que je n'étais pas moi-même.
[25:11] Mais j'ai décidé de continuer d'avancer malgré tout.
[25:13] Ce qui était une énorme erreur.
[25:16] Parce que concrètement, ce que je ne savais pas, c'est que lorsqu'on a une situation genre d'infection respiratoire en très haute altitude et qu'on pousse à travers ça,
[25:29] on devient à risque de développer un édème pulmonaire qu'on appelle, un HAPE.
[25:34] Pour ceux qui sont familiers avec le monde de la montagne, vous avez sûrement déjà lu dans les livres des gens qui sont décédés en raison d'un édème pulmonaire ou d'un édème cérébral.
[25:44] C'est vraiment l'une des principales causes des décès en alpinisme.
[25:52] Mais moi, je pensais que j'avais juste un rhume.
[25:56] Mais dans les faits, ce que je faisais, c'est que j'étais en train de pousser mon rhume et pousser dans l'altitude tellement que ça, c'est devenu un édème pulmonaire.
[26:07] Essentiellement, je suis en train d'avoir du liquide qui rentrait dans mes poumons, qui s'accumulait dans mes poumons.
[26:14] Et poussé à un certain extrême, bien, t'es comme en train de te noyer.
[26:19] J'ai éventuellement atteint le sommet de Le Boucher, avec d'ailleurs certains des Québécois qui étaient avec moi, qui étaient trop forts.
[26:27] J'étais tellement fière d'eux, mais moi, je savais que je vivais quelque chose qui n'était pas normal.
[26:32] Donc, rapidement, j'ai essayé de redescendre.
[26:35] En fait, je n'ai pas essayé.
[26:36] Rapidement, je me suis mise dans un mindset de comme, il ne faut pas perdre de temps ici.
[26:41] Il faut que tu continues d'avancer, de donner ton maximum pour avancer assez vite et redescendre.
[26:46] Et une fois arrivé au...
[26:49] au high camp de Lebouché.
[26:52] Je toussais très sec.
[26:54] J'avais l'impression d'avoir du sang dans la gorge.
[26:58] J'avais de la difficulté à faire 100 m de marche sans m'arrêter.
[27:02] J'avais de la misère à retrouver mon souffle.
[27:04] Je n'avais plus aucune force.
[27:06] Et là, j'ai dit à mon équipe qu'il fallait que je me prenne un hélicoptère, si je pouvais me permettre, puis il fallait que je redescende au village le plus bas, le plus proche possible, où il y avait un hôpital.
[27:21] Je ne savais pas encore à ce moment-là que j'étais en train de développer un EDM pulmonaire.
[27:25] Honnêtement, je pensais qu'il allait me donner des antibiotiques pour ma grippe, puis que j'allais être correcte après, puis que j'étais juste épuisée.
[27:33] J'arrive à… par miracle, à ce moment-là, il y a effectivement des hélicoptères qui sont capables de voler.
[27:40] Ce qu'il faut savoir, c'est que la météo, elle change constamment.
[27:43] Donc, c'était possible, tu sais, des fois, c'est possible qu'il y ait un hélicoptère qui vole à 5400 jusqu'à peut-être 6500 mètres d'altitude, max, max, max.
[27:54] Mais des fois, s'il se met à pleuvoir, ça se peut qu'il n'y ait même pas d'hélicoptère qui vole à 2000 mètres d'altitude.
[27:59] Donc, j'ai été vraiment chanceuse qu'il y ait un hélicoptère qui soit capable de venir me « rescue », si on peut dire, même si ce n'est pas vraiment un « rescue ».
[28:07] Puis de m'amener à Ferricci, un village à 4400 mètres d'altitude, où est-ce que j'ai été tout de suite prise en main par, d'une part, mes amis qui étaient là, mais aussi des docteurs.
[28:23] Puis là, vite, moi, je leur ai dit, ah, tu sais, j'ai le kumbukov, donne-moi quelques médicaments, puis tu sais, je vais aller prendre une douche, puis pas de souci.
[28:30] Puis ils me disent, oui, oui, ma belle, genre, pas de souci, laisse-nous faire notre travail, on te revient sur c'est quoi ton diagnostic.
[28:36] J'étais comme, whatever.
[28:38] Puis là, c'est là qu'ils commencent à faire des tests, puis ils me disent, bien, je m'excuse, mais comme...
[28:44] t'as un cracker in your lungs.
[28:46] Donc, t'as un édème, un début du moins d'édème pulmonaire.
[28:50] Puis je leur dis, OK, mais attends un peu, c'est impossible, je peux pas avoir un édème pulmonaire.
[28:53] Moi, je m'en vais gravir l'Everest.
[28:55] Comme, de quoi vous me parlez?
[28:57] Je peux pas avoir un édème pulmonaire sur le bout de chez, tu sais.
[29:01] À quel point c'est important d'être humble face à la montagne, puis à quel point c'est pas parce que c'est un plus petit sommet qu'il est pas plus difficile, puis qu'il est pas moins difficile, puis qu'il faut pas le prendre autant au sérieux.
[29:14] Ça, honnêtement, pourtant, je l'ai toujours su.
[29:18] Mais je pense que j'étais tellement focussée sur l'objectif ultime que j'ai omis de prendre autant au sérieux les premières étapes.
[29:30] J'ai vraiment, vraiment trop focussée sur le long terme, on dirait.
[29:34] Mais bon, erreur de parcours, j'apprends.
[29:38] Et puis, à ce moment-là, je leur demande c'est quoi le plan, puis je ne suis pas trop certaine de comprendre.
[29:43] J'écris à ma famille en même temps, je leur dis « Hey, petite nouvelle, je sais que vous n'étiez pas vraiment inquiets parce que je ne vous en avais pas vraiment parlé.
[29:50] J'allais faire une montagne, j'allais faire le boucher.
[29:51] Je sais que vous n'étiez pas encore inquiets, mais...
[29:55] Là, il se passe quelque chose, puis j'ai comme fait un édème pulmonaire.
[29:59] Ma famille qui font chat GPT, édème pulmonaire, qu'est-ce que ça signifie?
[30:05] Faites-le pas, ça vaut pas la peine, ça veut juste vous inquiéter pour rien.
[30:08] Puis là, je commence tout de suite à être inquiète.
[30:12] Pour eux, l'expédition, elle durait deux mois, puis la période la plus crunchy, elle allait être dans un mois, pas là, maintenant.
[30:21] Et...
[30:23] Fait que là, c'est comme un coup un peu pour tout le monde.
[30:26] Moi, ma solution en ce moment-là, c'est de rester à Ferrice pour une nuit complète, le temps de stabiliser mon état, de passer la nuit sur oxygène, de prendre la médication, de me reposer, puis éventuellement, le lendemain, on verra.
[30:40] Le lendemain, ma saturation est redevenue belle quand je suis sur oxygène.
[30:45] Quand on enlève l'oxygène, par contre, elle redescend, donc je dois redescendre encore plus bas.
[30:50] Je prends encore un hélicoptère pour redescendre à Namche, cette fois un village à 3400 mètres d'altitude.
[30:57] Puis là, je me dis « Emma, là tu vas t'installer ici, puis tu vas voir si tu te sens bien, si ta saturation redevient bien et stable, puis tu te reposes. »
[31:05] Tu te reposes le plus longtemps que tu peux, selon les recommandations du médecin, puis tu prends chaque jour au jour le jour.
[31:16] Mais ce qu'il faut savoir, c'est que quand on fait un EDEM pulmonaire, on a 70 % de chances d'en redévelopper un.
[31:27] Puis, on a aussi un risque de ne pas être assuré si on a besoin d'être évacué à nouveau, si on y retourne.
[31:37] Ça amène beaucoup, beaucoup de questionnements parce que beaucoup de gens vont… En fait, la majorité du temps, c'est très, très rare qu'on poursuit une expédition après un EDEM.
[31:49] Honnêtement, après un EDEM, normalement, c'est vraiment terminer ton expédition justement en raison du risque de récidive.
[31:55] Tu n'y retournes pas.
[31:56] Mais moi, j'avais espoir que si je me reposais suffisamment, puis j'avais le temps avec moi, pour un autre contexte, j'avais beaucoup de temps avec moi.
[32:07] Si je me reposais suffisamment, peut-être qu'il y avait des chances que je puisse me remettre à zéro, me remettre en forme, reprendre la santé, puis que j'ai la chance de poursuivre mon expédition.
[32:24] C'était très difficile.
[32:28] J'ai eu de la misère même à trouver les mots pour expliquer.
[32:31] Mais c'est comme si je ne pouvais même pas m'imaginer abandonner mon rêve ultime après deux semaines d'expédition.
[32:39] Puis je me disais que ça ne me coûtait rien d'attendre et de rester sur place puis de laisser mon corps faire les choses.
[32:49] Mon corps être fort, mon mental me dicter, genre...
[32:55] me dicter une voix qui est positive, qui est optimiste.
[33:00] Je recevais beaucoup d'incertitudes et d'insécurité de la part de toute personne qui pouvait savoir ce qui se passait au Québec.
[33:11] Donc, j'ai tenté de garder ça extrêmement secret, ce volet-là.
[33:15] On l'a documenté, bien entendu, avec mon vidéaste.
[33:18] On a fait des super belles images.
[33:21] Pas que je voulais les faire, ces images-là, mais ça fait partie de l'expédition.
[33:27] Puis j'ai accepté à ce moment-là que j'allais devoir filtrer vraiment les messages qui venaient vers moi.
[33:34] Donc, toute l'énergie que j'avais besoin devait être positive dans un mindset de « on se donne toutes les chances du monde de se régénérer, on se repose au maximum, ce step back-là est nécessaire. »
[33:57] Mais en même temps, je dois avouer que je n'ai jamais eu autant de doutes de toute ma vie sur « est-ce que je suis en train de pousser trop puis mettre ma vie en danger ? »
[34:12] « Ou est-ce que je suis en train d'être résiliente puis de bien équilibrer le risque ? »
[34:17] Je ne sais pas si vous comprenez la nuance.
[34:19] Est-ce que je suis ambitieuse ou est-ce que je suis lucide encore?
[34:24] C'est comme cette espèce de sweet spot-là qui est tellement difficile à trouver.
[34:31] À un moment donné, il faut comme arrêter de se poser des questions, puis écouter ce que son corps lui dit.
[34:37] Puis moi, mon corps, il me disait « t'es là pour les bonnes raisons, tu le veux pour les bonnes raisons ».
[34:43] Puis il y avait comme une espèce de sensation de genre « ton histoire n'est pas terminée, il y a un chapitre à écrire ici, puis comme t'as pas fini de l'écrire, continue de le vivre ».
[34:54] Donc, j'ai comme décidé de croire en moi malgré ce que je pouvais recevoir de l'extérieur, puis en étant toutefois vraiment transparente face à moi-même.
[35:06] Si mes sensations n'étaient pas bonnes, évidemment, je n'allais pas poursuivre, mais mes sensations commençaient à s'améliorer de plus en plus.
[35:13] Puis éventuellement, j'ai aussi eu des gens autour de moi qui étaient tellement extraordinaires.
[35:21] Un docteur notamment que j'avais rencontré sur Ahmad Ablam, qui s'appelle Behrouz.
[35:25] Puis Behrouz, il me connaît.
[35:27] Il m'a déjà vue en montagne.
[35:28] Il a déjà vu ma force, mon attitude.
[35:32] Puis Behrouz, quand il m'a vue de retour de mon EDM, comme arrivé à Namche, il voyait que j'étais déjà en train de magasiner un shampoing.
[35:40] dès que j'ai atterri d'hélicoptère, puis il m'a dit, « Emma, si tu étais vraiment dans une situation grave d'édème, tu ne serais pas en train de te magasiner un shampoing. »
[35:53] Donc, j'ai espoir que...
[35:56] Ta situation n'est pas trop pire, puis il y a quelque chose à faire. »
[36:00] Puis il m'a dit « Tu veux suivre mes recommandations, puis dans 14 jours, on va s'en reparler, puis je vais t'autoriser ou pas à poursuivre ton chemin. »
[36:18] du matin jusqu'au soir, à reproduire jour après jour.
[36:23] Je pense que tout ce que je faisais, c'était manger de la pizza, prendre des cafés, lire des livres, travailler.
[36:30] C'était juste ça que je faisais.
[36:31] J'ai atteint une camp de base au bout de 12 jours.
[36:34] Pas 12 jours, mais je pense 7 jours.
[36:36] On a vraiment pris notre temps pour refaire le trek.
[36:38] Je n'ai pas pris pour acquis du tout l'acclimatation pour ultimement arriver au camp de base et
[36:44] retourner voir Bérousse qui m'attendait patiemment puis qui me dit « Emma, quand t'arrives, viens me voir, je veux voir tes poumons, puis c'est seulement après avoir vu tes poumons que je vais pouvoir t'autoriser à poursuivre ton expédition ou pas. »
[37:01] Durant toute cette période-là, je suis à Namche, je vois des alpinistes, je vois des randonneurs, je continue de parler avec ma communauté, mais je n'ai aucune espèce d'idée si je vais être capable d'avoir la chance de la faire, mon expédition.
[37:17] Puis je pense que c'est là que j'ai réalisé à quel point c'était fort à l'intérieur de moi ma raison d'être.
[37:25] Tu sais, oui, je levais des fonds pour Filles actives.
[37:28] J'avais l'impression que j'apportais toute la communauté de jeunes femmes, jeunes filles, jeunes adolescentes.
[37:35] Et pas juste les jeunes aussi, ma mère, même ma grand-maman.
[37:39] On dirait que j'avais l'impression d'avoir toute une communauté avec moi qui croyait en moi puis que je...
[37:45] que je représentais sur la montagne.
[37:48] Mais juste, moi, personnellement, c'est genre ma passion d'être en montagne.
[37:53] Donc, si c'est si puissant, la seule chose que je voulais, c'était avoir la chance de pouvoir me mettre dans ce dur-là.
[38:00] Puis il y a une question que, justement, on m'a posée, à savoir...
[38:07] C'était quoi le moment le plus difficile de toute l'expédition?
[38:10] Honnêtement, ça a été vraiment ça le moment le plus difficile de toute l'expédition.
[38:14] Ça a été de savoir que je faisais vraiment ça pour les bonnes raisons et que j'étais tellement passionnée par le monde de la montagne.
[38:22] Je voulais tellement découvrir c'était quoi la zone de la mort aussi, mais que je ne savais pas si j'allais avoir la chance d'y aller.
[38:32] cette incertitude-là, c'était le moment le plus difficile.
[38:34] Puis aussi, un autre moment que...
[38:37] Une autre question qu'on me demandait, c'était « Est-ce que j'ai pensé abandonner? »
[38:42] Puis tu sais, c'est quoi mon mot que je me dis à moi-même quand je trouve ça extrêmement difficile?
[38:48] Puis...
[38:50] En toute honnêteté, je n'ai jamais pensé abandonner, même quand c'était les moments les plus difficiles qui faisaient genre moins 40 et que je devais attendre pendant des heures à l'extérieur de l'attente parce qu'on était en retard ou quoi que ce soit.
[39:04] À aucun moment, je n'ai voulu abandonner ou je n'ai douté de si j'avais la force physique ou mentale pour le faire.
[39:12] La seule chose que j'avais peur, c'est est-ce que je vais manquer cette opportunité-là de réaliser mon plus grand rêve pour une raison que je ne contrôle pas, qui est ma santé, la météo, le trafic, des problèmes de logistique, un bris d'équipement ou de matériel.
[39:31] Tout ça, c'est les choses que je ne maîtrisais pas et qui me faisaient peur vraiment, vraiment beaucoup, que j'avais peur de manquer ma chance.
[39:40] Donc, on arrive au camp de base et Berus me voit et me dit « Emma, tes poumons sont récupérés à 100%.
[39:53] Emma, tu es « good to go ».
[39:54] Tu peux la réaliser, ton expédition. »
[40:04] Puis je pleurais, pleurais, pleurais.
[40:07] Je me serais...
[40:08] J'espérais tellement que c'était ça qu'elle allait me dire.
[40:10] Mais tu sais, le moment où est-ce qu'il prend comme tes signes vitaux, puis qu'il est dans le silence, puis qu'il te dit « tous », puis là, qu'il réfléchit, puis qu'il fronce un peu les sourcils, puis là, qu'il te dit à un moment donné, « Emma, I have to tell you, you're 100% recovered. »
[40:29] Je suis comme « Quoi? »
[40:31] Et là, c'était mon signal d'envoi.
[40:33] Honnêtement, ça ne me surprenait pas du tout parce que je me sentais super, super forte.
[40:38] Je me sentais comme à mon 150 % à nouveau.
[40:43] J'avais des sensations que je pouvais aller courir en montagne.
[40:46] Je me sentais bien, je me sentais heureuse.
[40:48] Je trouve toujours aussi que...
[40:50] Ça a été comme mon secret, on dirait.
[40:52] Quand je suis dans un camp de base ou que je suis en haute altitude et que je regarde le sommet que je vais atteindre, généralement, la façon que je le vois, ce sommet-là, me projette mon état d'esprit.
[41:08] Je vous explique.
[41:10] Sur l'Everest, quand je ne me sentais pas bien, je regardais la montagne et je me disais,
[41:14] elle me projetait genre de la peur, un peu genre de la méchanceté.
[41:20] Je sentais que...
[41:24] elle ne voulait pas me recevoir.
[41:26] C'est comme si c'était difficile d'accès.
[41:29] Versus quand je me sentais bien à nouveau puis que ma santé était revenue, je regardais la montagne puis elle me semblait invitante, accueillante, bienveillante, belle à découvrir.
[41:42] J'avais hâte d'aller la gravir.
[41:44] C'est vraiment bizarre, mais c'est comme si mon intuition me dit un peu comment je me sens.
[41:49] La montagne me projette toujours mon état d'esprit.
[41:52] Je ne sais pas si je suis trop dans la spiritualité en ce moment, dans le solo Sunday session, mais je me permets d'être transparente avec ma communauté.
[42:01] C'est vraiment comme ça que je me sens.
[42:04] La vie au camp de base, elle ressemble à quoi?
[42:07] On est à 5400 m d'altitude.
[42:11] Dormir, vivre, respirer, manger, aller aux toilettes, ce sont tous des choses qui sont super difficiles.
[42:20] 5400 m, c'est plus haut que le Mont-Blanc, c'est presque aussi haut que le sommet du Kilimanjaro.
[42:29] C'est très, très haut.
[42:31] La vie, elle est aride.
[42:32] On entend des avalanches à tout moment.
[42:35] On se sent vraiment face à l'élément, face à la nature.
[42:41] Mais on est quand même bien.
[42:43] On a accès à un chef qui nous fait à manger.
[42:46] On entend des hélicoptères qui veulent quand même souvent, qui nous amènent littéralement des ingrédients qui sont plus difficiles à conserver au camp de base.
[42:56] Ils nous amènent des ingrédients quasiment à tous les jours.
[42:59] On mange, on me fait manger le soir des pâtes aux crevettes.
[43:03] J'avais des amis qui mangeaient des sushis certains soirs.
[43:06] Tu sais, on mange vraiment bien au camp de base.
[43:09] On a accès à beaucoup d'ingrédients.
[43:11] Je me rappelle même à un moment donné que mon ordinateur a brisé.
[43:15] Il a pris l'eau.
[43:16] J'ai pu l'envoyer en hélicoptère jusqu'à Katmandou, le faire réparer au Apple de Katmandou et ensuite le faire flyer à nouveau.
[43:25] au camp de base pour que je puisse continuer de télétravailler sur la montagne.
[43:30] Tout ça, c'est des choses qui sont possibles sur une montagne comme l'Everest parce que c'est une montagne qui est extrêmement commerciale.
[43:35] Le camp de base fait environ genre 3 à 4 kilomètres.
[43:38] Il est gros, il est grand.
[43:40] C'est quasiment une randonnée, se rendre d'une expédition à une autre.
[43:45] Tout le monde a comme leur propre camp de base.
[43:47] Ça fait vraiment comme un genre de vrai village, une super belle vie de communauté.
[43:51] Moi, je suis devenue amie avec plein de gens.
[43:54] Puis la vérité, c'est que la solitude qu'on ressent, je ne l'ai pas vraiment ressentie en fait sur l'Everest.
[44:01] Je sentais que j'étais là pour les bonnes raisons, que j'étais avec des gens qui partageaient la même passion que moi.
[44:09] Enfin!
[44:09] Tu sais, au Québec, c'est pas tout le monde qui fait de l'alpinisme.
[44:12] Puis là, j'étais sur l'Everest où est-ce que tout le monde est animé par la même quête, celle qui est de gravir la montagne en face de nous.
[44:20] Fun fact, sur l'Everest, il y a personne qui nous pose la question, genre...
[44:25] « Hé, tu sais, c'est quoi que tu fais dans la vie?
[44:27] Est-ce que tu as un conjoint ou une conjointe?
[44:30] Un conjoint ou une conjointe?
[44:32] As-tu des enfants? »
[44:33] La première question que tu poses à une personne que tu rencontres, c'est « Salut, est-ce que tu es là pour l'Everest ou pour une autre montagne à côté?
[44:42] Tu gravies avec quelle compagnie d'expédition? »
[44:45] As-tu de gravitude avec de l'oxygène ou pas?
[44:48] Combien de bouteilles d'oxygène as-tu?
[44:51] Ensuite, qu'est-ce qu'on pose d'autres questions?
[44:54] Ah oui, c'est quoi tes montagnes précédentes?
[44:56] Puis, est-ce que tu es en train de faire un défi quelconque, de faire un record ou de faire les Seven Summits ou les Fourteen Peaks?
[45:03] Puis, c'est quoi ta date envisagée de Summit Push?
[45:05] On est tous, on ne sait même pas d'où les gens viennent.
[45:09] Puis, c'est quoi leur background?
[45:10] Tout ce qui nous intéresse, c'est le monde dans lequel ils se trouvent à ce jour.
[45:15] Une autre question vraiment intéressante que je recevais, c'est la gestion des toilettes.
[45:21] Comment ça fonctionne, faire ses besoins en montagne?
[45:26] À partir du camp de base, on a accès à...
[45:31] deux petites toilettes, je dirais.
[45:33] La première, c'est une petite tente dans laquelle on se met accroupi, puis on fait...
[45:42] On peut uriner.
[45:44] C'est vraiment genre des rushs.
[45:45] Donc, c'est ça, on est accroupi, il n'y a rien de sexy, c'est vraiment pas le fun.
[45:50] Des fois, on glisse pour s'y rendre, des fois, il neige, puis c'est pas compliqué.
[45:53] C'est pas très facilement accessible, si on peut dire.
[45:59] Ça, c'est pour numéro un.
[46:02] Numéro deux, on a une autre petite tante qui, elle, a une chaise sur un espèce de gros bocal.
[46:10] La chaise a un trou au milieu, puis on s'assoit sur cette chaise-là pour faire nos besoins.
[46:15] Puis ce genre de gros bocal-là est changé, est renvoyé à Kathmandu.
[46:21] Pas à Kathmandu, je pense qu'il est renvoyé à Gorakshep, qui est un village à côté.
[46:26] Puis il y a vraiment une gestion des déchets humains qui se fait de cette façon-là.
[46:31] Mais il n'y a rien qui reste au camp de base à cette altitude-là, ça c'est certain.
[46:35] Ça c'est...
[46:37] Pour moi, le luxe.
[46:38] Le luxe, c'est ces toilettes-là qu'on a au camp de base.
[46:42] Quand on monte au camp 1, au camp 2, au camp 3, au camp 4 ou n'importe où ailleurs sur la montagne, numéro 1 se passe, honnêtement, peu importe où tu peux le faire,
[46:56] Pour nous, les filles, c'est un peu plus complexe parce que souvent, on est sur des plaines.
[47:01] On est vraiment exposé et il n'y a pas vraiment moyen de se cacher.
[47:05] On ne peut pas aller derrière une tente nécessairement.
[47:08] On peut avoir de la neige jusqu'aux hanches.
[47:11] Des fois aussi, on est tellement dans des endroits pentus et steep que ce serait dangereux d'y aller sans harnais ou d'enlever notre harnais pour se mettre accroupi et faire pipi.
[47:25] Donc, dans ce temps-là, souvent, moi et Sarah, qui était une autre partenaire, une autre cliente, qui est devenue une super bonne amie, je pourrais parler d'elle un petit peu plus, on est comme dans le vestibule de notre tente, puis on se met en petite boule, puis on fait pipi comme ça, puis c'est pas plus chic que ça.
[47:43] Sinon, c'est sûr qu'on peut avoir nos « pee bottles ».
[47:47] Avec Atmosphère, ils m'avaient donné un Go Girl Pink que j'avais.
[47:52] C'est comme un pee funnel.
[47:54] Donc là-dedans, ça aide à faire pipi dans une bouteille d'eau qu'on appelle notre pee bottle, à ne pas confondre avec notre bouteille d'eau.
[48:03] Puis, c'est juste que cet outil-là aide quand on est seul dans une tente, je trouve, mais quand on est à deux, c'est un peu complexe à utiliser.
[48:14] Donc, des fois, je préférais juste aller face au froid, face aux éléments, puis honnêtement, je m'en foutais quand même qu'il y ait des gens qui me voient ou pas.
[48:22] Ça fait partie de...
[48:24] de l'expédition, puis il ne faut pas être gêné.
[48:26] Après ça, par contre, pour le numéro 2, il faut faire ça dans des sacs.
[48:31] Alors, vous pouvez imaginer la complexité d'avoir ces crampons, d'avoir ces bottes d'alpinistes, d'avoir son dents de soude, son harnais, et qu'à un moment donné, l'envie nous vienne qu'il faut qu'on sorte un sac, un sac spécifique, dans lequel il faut s'accroupir, se tenir en équilibre dans la zone de la mort, alors qu'on a 20 % d'oxygène.
[48:54] c'est assez complexe.
[48:55] C'est le genre de situation qu'on ne veut pas qu'il arrive, mais qu'il arrive.
[48:58] Puis ces sacs-là, on les traîne avec nous jusqu'au camp de base.
[49:01] On les redescend.
[49:02] Donc, il n'y a aucun déchet humain qui doit demeurer sur la montagne.
[49:05] C'est super important.
[49:07] Il faut savoir que cette zone-là, on y reste parfois pendant sept jours.
[49:11] Fait que sept jours à conserver ce genre de sac-là, bon, bien, c'est ça.
[49:18] Je ne rajouterai pas de détails.
[49:20] Ce n'est pas le fun.
[49:25] Ce n'est pas le fun.
[49:27] Autre point, est-ce qu'on dort réellement en altitude?
[49:30] On dort, mais très mal.
[49:32] En fait, c'est probablement ça qu'on fait le plus.
[49:35] On se sent constamment endormi.
[49:36] Plus on monte en altitude, puis plus on s'acclimate, plus on dirait qu'on a de la fatigue qui s'accumule.
[49:43] Pour donner un exemple aux geeks qui nous écoutent, normalement, mon HRV, quand je dors, il est genre entre 98 et 110.
[49:53] Et quand je suis en montagne, il descend à 40.
[49:57] C'est vraiment énorme.
[49:58] Et ton body battery de Garmin te dit que tu as...
[50:02] Un, depuis deux mois, tu es vraiment, vraiment juste de plus en plus fatigué au fur et à mesure que l'expédition avance.
[50:11] Puis c'est correct, c'est normal, tu perds la masse musculaire, tu perds des aptitudes physiques, tu perds tes cheveux, tu te fatigues.
[50:21] Puis ça fait vraiment partie d'une expédition dans un 8000 mètres, il faut juste l'accepter.
[50:29] On me demandait beaucoup comment je faisais pour gérer le froid.
[50:33] J'avais souvent une bouteille d'eau chaude, nalgène, que je gardais avec moi tout près de mon corps.
[50:40] Puis cette bouteille d'eau-là, chaude, je la gardais proche de moi puis j'en buvais une autre.
[50:45] Il faut...
[50:46] tout le temps est en train de boire de l'eau.
[50:49] Et cette facilité-là à boire de l'eau, éventuellement, nous permet de s'acclimater.
[50:54] Pour vous donner un exemple, c'est ce que je dis souvent à tout le monde qui essaie de faire ses premiers pas dans l'alpinisme, c'est si jamais vous commencez à avoir mal à la tête, la première chose à faire, ce n'est pas de prendre du Diamox.
[51:06] Si vous commencez à avoir mal à la tête, la première chose, c'est de boire...
[51:10] un beau litre d'eau.
[51:11] Parce qu'en altitude, on veut être environ à genre 4 à 6 litres d'eau par jour.
[51:19] Ce qui est beaucoup, mais c'est ce qui est nécessaire.
[51:24] Alors,
[51:25] Ça, c'est comme pour répondre aux questions un petit peu plus tricky.
[51:28] Une autre question que j'avais beaucoup, c'est comment je faisais pour télétravailler en montagne?
[51:33] Parce que oui, je suis avocate.
[51:37] Je travaille comme chef des affaires juridiques et chef de la conformité chez RGP, groupe financier.
[51:43] Puis je suis même actionnaire du groupe.
[51:44] Donc moi, personnellement, c'était un rêve personnel d'aller sur l'Everest, mais c'était aussi un rêve un peu d'entreprise que de me permettre d'y aller puis qu'ensemble, on atteigne le sommet.
[51:57] C'était comme vraiment un projet de business ensemble qu'on y allait.
[52:02] Puis je ne voulais certainement pas qu'ils ressentent mon absence.
[52:06] Donc oui, j'étais incapable de faire des journées complètes de travail, mais j'ai tellement une équipe formidable.
[52:13] Puis là, j'ai un énorme « shout-out » à donner à Annie notamment, qui est ma collègue en or avec laquelle on se textait vraiment souvent, on s'écrivait beaucoup sur WhatsApp.
[52:25] Le travail que je faisais était différent, mais je demeurais présente le plus possible.
[52:33] Puis même que quand je partais dans les rotations puis que je n'allais plus avoir accès à mon ordinateur ou quoi que ce soit, elle avait mon téléphone satellite, puis on s'écrivait sur le téléphone satellite si jamais il y avait quoi que ce soit qui pouvait survenir.
[52:49] autre fun fact, la première personne que j'ai FaceTimé quand je suis redescendue du sommet, c'était François, mon boss, parce qu'il essayait de m'appeler en même temps.
[53:02] Puis le moment où j'ai attrapé le réseau, c'était juste quand je redescendais puis c'était lui qui m'appelait.
[53:08] C'est vraiment drôle.
[53:09] C'est vraiment comme un rêve collectif qu'on avait ensemble.
[53:12] Mais c'est sûr qu'il fallait quand même faire attention à prioriser quand même ma récupération au-delà de...
[53:18] comme parler à mon équipe et travailler.
[53:22] Il fallait prioriser la montagne.
[53:24] Si la météo ouvrait, c'est la météo qui était la priorité.
[53:29] Si ma santé n'allait pas bien pendant mon indemne pulmonaire, c'est certain qu'il y a le travail, il fallait l'ajuster.
[53:34] Ça, c'est sûr que ça amenait à un certain niveau de défi.
[53:37] Je dois avouer que c'était vraiment le moment, c'était vraiment ça qui a été...
[53:42] un des piliers au niveau de la préparation mentale que j'ai fait avec Anna Belgier, ça m'a vraiment, vraiment, vraiment aidée.
[53:51] Maintenant.
[53:54] Après l'expédition, bien en fait, dans le cadre de cette expédition-ci, cette année, on a vécu une année historique.
[54:01] Pourquoi?
[54:02] C'est qu'il y avait un énorme bloc de glace, la grosseur d'un bloc appartement, genre de huit logements, qui menaçait de s'effondrer entre le camp de base et le camp 1.
[54:13] Quand je dis le Khumbu Icefall, c'est exactement ça.
[54:15] C'est un gros, gros bloc de glace qui, d'une minute à l'autre, allait s'effondrer.
[54:21] Comment on fait pour mitiger le risque dans ce contexte-là?
[54:24] Bien, il y a les Icefall Doctors, qui sont huit sherpas, que ça fait 30 ans qu'ils s'occupent littéralement de paver la voie, de fixer les cordes, de déterminer c'est quoi la voie la plus sécuritaire à travers le Icefall, et qui, eux, vont dicter si on peut y aller ou pas.
[54:43] Donc, c'est un peu comme ça.
[54:43] Eux sont assurés par le gouvernement népalais et c'est eux qui vont nous indiquer genre « ok, c'est bon, vous pouvez y aller ».
[54:51] C'est eux qui prennent le risque au final.
[54:54] Et là, cette année, eux, ils n'étaient pas confortables avec le risque.
[54:57] Ils trouvaient que le CERAC, c'était simplement une question de temps avant qu'il s'effondre.
[55:01] Et donc, tant et aussi longtemps qu'il ne s'était pas effondré, personne ne pouvait poursuivre leur ascension.
[55:09] Ça amenait donc des contraintes pour toutes les équipes, puis on était tous en train de perdre du temps incroyable.
[55:19] On était en retard de plus de 19 jours sur les expéditions normales.
[55:24] Quand on parle de 19 jours sur une expédition de deux mois, c'est énorme.
[55:29] Puis ce que ça fait comme impact, c'est qu'il n'y allait pas avoir les camps de montée plus haut, les cordes ne pouvaient pas être fixées après le camp 1.
[55:38] Il y avait de la pression économique aussi qui était mise sur ces Icefall Doctors-là pour même, à un certain moment, on a considéré bombarder le CERAC pour faire en sorte qu'ils tombent, qu'ils tombent littéralement.
[55:54] ce qui aurait permis de permettre à tout le monde de commencer leur expédition.
[55:58] Évidemment, ça n'a pas été quelque chose, une solution qui a été retenue, mais à un certain point, c'était soit ça ou encore la saison allait être reportée à l'année prochaine et tout le monde qui était au camp de base à attendre une ouverture allait devoir retourner chez eux sans avoir pu dépasser le camp de base.
[56:17] C'était assez stressant comme situation pour tout le monde.
[56:20] Encore une fois, l'alpinisme, c'est ça.
[56:22] C'est ne pas avoir le contrôle, puis accepter qu'on fait du mieux qu'on peut, tout en étant en santé puis en sécurité, puis c'est ça qui va dicter jusqu'où on peut se rendre.
[56:34] Éventuellement, il y a eu des pressions politiques.
[56:36] Il y a eu une partie du CERAC qui est tombée.
[56:39] Qui est tombée d'ailleurs pendant qu'il y avait des gens qui étaient en train de passer à travers le Khumbu.
[56:50] Mais sans rentrer dans les détails de toute cette expédition-là, de toute cette partie-là, éventuellement en raison des pressions politiques et des pressions de la part de diverses compagnies d'expédition,
[57:03] Ils ont ouvert la voie et on a pu commencer à faire nos rotations.
[57:08] Il fallait quand même passer à travers le Khumbu en dessous de cette section extrêmement dangereuse.
[57:14] Puis cette section-là, comment ça se passait?
[57:15] C'est qu'on partait de nuit pour venir mitiger le risque au maximum.
[57:20] Puis une fois qu'on arrivait dans la section la plus dangereuse,
[57:23] ou est-ce que c'était genre un 45 minutes sur les 4 heures environ, là, on s'assurait juste avant de débuter la traversée de bien s'alimenter, bien boire.
[57:33] Puis là, on sprintait littéralement.
[57:35] On essayait d'aller le plus vite possible pour être le moins longtemps à risque que le CERAC tombe, en restant vraiment, vraiment à l'affût de ce qui se passait autour de nous.
[57:47] J'en parle pas assez, mais ici, à ce moment-là, c'est vraiment une question de teamwork.
[57:53] On est avec nos Sherpas en one-on-one.
[57:55] On leur fait confiance.
[57:57] Si ce n'était pas des Sherpas, il n'y aurait pas d'expédition.
[57:59] Il n'y aurait aucun Québécois ou aucun alpiniste à l'international qui atteindrait le sommet de l'Everest.
[58:07] Je vous le garantis.
[58:09] Moi, dans mon cas, mon sherpa s'appelait Tiger.
[58:11] Il est devenu mon meilleur ami.
[58:13] Sabine était mon vidéaste.
[58:14] Il est devenu aussi mon meilleur ami.
[58:15] Il y avait deux autres clients dans mon équipe.
[58:18] Il y avait Sarah, une autre femme complètement badass, extrêmement forte.
[58:23] Puis, il y avait aussi Oliver qui était en train de tenter de faire un record de traversée super inspirant.
[58:31] Donc, on était ensemble, mais c'était une question de chacun pour soi quand même, parce qu'on ne peut pas se permettre d'attendre qu'un autre avance pour continuer d'avancer.
[58:42] Il faut respecter notre propre rythme, respecter la vie, la protection de la vie de notre Sherpa.
[58:49] Il faut avancer le plus vite possible.
[58:51] Et c'est ce qu'on faisait, en fait, à chaque rotation.
[58:56] à chaque passage à travers le Khumbu.
[58:59] La première rotation, dans mon cas, c'est super bien passé avec l'équipe aussi, avec Sarah, avec Tiger.
[59:04] Je n'ai rien à dire, autre que c'est super difficile de faire une rotation.
[59:10] C'est tough.
[59:10] La première fois que tu es à 6500 m d'altitude, tu es comme tabarouette.
[59:15] Je ne peux pas croire que la prochaine fois qu'on va venir ici, ça va être pour gravir encore 2,5 km verticale.
[59:24] dans cette montagne et dans cet environnement aussi difficile.
[59:31] Mais il faut faire confiance au processus.
[59:35] Puis, bien que ce soit super difficile, on essaie juste de prendre chaque partie de l'expédition au jour le jour.
[59:43] Puis, j'ai comme rien à raconter des rotations.
[59:47] On suit le processus, ça se passe bien.
[59:50] Puis, toutes les sensations que j'avais vécues sur la rotation que j'avais fait sur le boucher, c'est parti.
[59:56] Je me sens comme une coureuse en montagne.
[59:58] Je me sens rapide, je me sens forte.
[1:00:02] Je me sens là pour les bonnes raisons.
[1:00:03] Je n'ai aucun de mauvais signaux autres que, évidemment, c'est difficile, mais c'est normal, on gravit l'ébrisse.
[1:00:13] On redescend au camp de base par la suite.
[1:00:16] Et quand on redescend au camp de base, là, on sait que la prochaine fois qu'on va y retourner, ça va être lorsque la météo va ouvrir officiellement pour partir vraiment en sommet de push officiel.
[1:00:30] Ce sommet de push-là, il peut durer...
[1:00:32] environ 7 jours.
[1:00:34] Ça dépend toujours des contextes.
[1:00:36] Mais une fois que la météo ouvre, on le sait quand même plusieurs jours à l'avance, on surveille la météo.
[1:00:43] Puis là, on va voir que, bon, le 19 mai ou le 20 mai, les vents sont assez faibles, la météo est bonne.
[1:00:50] Et donc, on se dit, parfait, ça va être à ce moment-là qu'on va partir.
[1:00:55] En fait, ça va être un peu avant, quelques jours plus tôt, qu'on va partir sur le semis de push.
[1:01:01] Dans mon cas, on tentait d'envisager un sommet le 20 mai environ.
[1:01:07] Et donc, on est partis quelques jours au préalable pour aller d'abord au camp 2.
[1:01:12] Fait qu'on faisait vraiment du camp de base jusqu'au camp 2 en un seul coup.
[1:01:16] Ce qui était, ma foi, très, très difficile.
[1:01:19] Une très grosse journée.
[1:01:20] Puis ensuite, du camp 2 au camp 3.
[1:01:22] Du camp 3 au camp 4.
[1:01:24] Et là, ensuite, on partait pour le push final.
[1:01:29] À partir du camp 2, c'est là que les gens commencent à prendre de l'oxygène normalement, pour ceux qui prennent de l'oxygène supplémentaire.
[1:01:36] Dans mon cas, c'était là.
[1:01:38] À partir du camp 2, on peut voir facilement le trafic qui va y avoir sur la même journée d'ascension que nous.
[1:01:49] Pourquoi?
[1:01:50] C'est que si tu es dans les derniers du camp 2 à partir, ou même quand tu es dans les premiers, peu importe, tu es capable de voir tous les gens qui font la file pour se rendre au prochain camp.
[1:02:00] Puis normalement, tu ne veux pas rester dans ces camps-là plus longtemps que seulement une nuit.
[1:02:05] Timing is of the essence.
[1:02:06] Tu ne veux pas rester là longtemps.
[1:02:09] Et là, nous, on a vu tout de suite qu'il y avait 275 personnes qui allaient tenter d'atteindre le sommet de l'Everest en même temps que nous, cette même journée-là.
[1:02:22] Ça, c'est plus que la moitié de tous les permis octroyés pour une année complète.
[1:02:28] Et donc, toutes ces personnes-là, sur une même journée, sur le sommet, c'est particulièrement dangereux.
[1:02:34] La solution dans ce contexte-là qu'on a décidé en tant qu'équipe, c'était de partir du camp 4 à 6 heures le soir pour éviter d'avoir à être derrière le trafic dans la zone de la mort puis de faire en sorte que...
[1:02:53] Quand on allait atteindre le sommet, il allait probablement encore faire nuit.
[1:02:57] Il allait peut-être être 2 heures du matin, mais c'était le risque le plus minime de faire le sommet cette journée-là.
[1:03:06] Donc, c'est devenu vraiment un non négociable qu'à 6 heures le soir, on devait avoir atteint le camp 4.
[1:03:15] Par contre, ce qui est arrivé, c'est un peu une situation catastrophique.
[1:03:19] C'est qu'on a pris du retard en partant du camp 2, on a pris du retard en partant du camp 3, et quand on est parti du camp 3, on est tombé, on est vraiment tombé dans la fin de la file.
[1:03:35] Puis, ça nous a donc pris 16 heures nous rendre jusqu'au camp 4, de sorte qu'à la place d'arriver à midi au camp 4 pour pouvoir partir à 6 heures, on est arrivé à 6 heures au camp 4, dans la zone de la mort.
[1:03:52] Pour ceux qui ne savent pas c'est quoi la zone de la mort, c'est littéralement un endroit où est-ce que ton corps n'a pas suffisamment d'oxygène pour garder ses organes en vie.
[1:04:04] Donc, ton corps est en train de mourir petit à petit.
[1:04:08] Tu as 20 % d'oxygène.
[1:04:10] Même si tu es acclimaté et même si tu as de l'oxygène...
[1:04:14] tu as genre des brain cells qui sont en train de se détériorer.
[1:04:19] C'est un endroit où est-ce que tu veux rester là le moins longtemps possible, même si c'est extrêmement difficile.
[1:04:24] Donc, tu veux rester là peut-être quelques heures avant de partir pour ton sommet de push.
[1:04:28] Tu fais ton sommet de push, tu redescends, puis tu as 45 minutes normalement pour prendre tes trucs et...
[1:04:34] Ciao, bye, redescendre.
[1:04:36] Même si t'es exténué, que t'es en mouvement depuis 72 heures, on s'en contrefout.
[1:04:41] Tu bouges, tu es en mouvement, l'inaction coûte beaucoup trop cher, l'attente coûte beaucoup trop cher.
[1:04:48] Ça peut te coûter la vie, ça peut te coûter des engelures, ça peut faire en sorte que tu manques d'oxygène là-haut.
[1:04:56] Puis si t'as plus d'oxygène, t'es...
[1:04:58] Un petit peu foutu.
[1:04:59] Et ce n'est pas vrai qu'il y a des sauvetages à cette altitude-là.
[1:05:03] Il n'y a pas d'hélicoptères qui vont voler pour venir nous sauver.
[1:05:06] Puis je ne vois pas comment...
[1:05:08] C'est très rare, du moins, qu'il y a des gens qui vont être capables d'être descendus par d'autres humains.
[1:05:14] Ça, c'est de mettre la vie de d'autres en danger.
[1:05:16] Donc, il faut savoir que tu dois être suffisamment lucide quand tu es dans cette zone-là pour...
[1:05:22] prendre ta vie entre tes propres mains, puis en être responsable.
[1:05:30] Donc, ultimement, on arrive à 6 heures le soir au Kankat et il n'y a pas de tente de montée.
[1:05:40] Les tentes se sont envolées au Tibet.
[1:05:44] Il n'y a pas d'eau qui est chaude pour nous réchauffer.
[1:05:46] Nos batteries sont mortes.
[1:05:47] On n'a pas mangé depuis je ne sais pas combien d'heures.
[1:05:50] Ça fait 72 heures, je pense, qu'on n'a pas dormi.
[1:05:54] Puis moi, je suis démentie parce qu'à ce moment-là,
[1:05:59] Je savais à quel point c'était crucial qu'on parte on time.
[1:06:01] Et en raison de des problèmes dans notre équipe, des problèmes de leadership, des problèmes de logistique, on est partis trop tard du camp 3.
[1:06:11] Puis ça, d'ailleurs, je n'ai pas nécessairement envie de revenir sur tout le pourquoi on est partis en retard.
[1:06:17] On pourra le voir dans le documentaire du film.
[1:06:19] Mais c'est vraiment comme des erreurs humaines qui ont généré cette conséquence assez grave-là.
[1:06:29] Puis là, je vois mes amis, toute ma communauté, mon monde, qui eux sont arrivés à temps, sont arrivés dans les heures, qui suivent leur plan normal, qui partent à 6 heures, qui partent sur leur semis de bouche.
[1:06:40] Puis moi, je suis juste là, genre, sur le point de m'envoler, complètement exténuée d'avoir poussé pendant 16 heures.
[1:06:49] Puis je me dis, il n'y a pas de semis en vue.
[1:06:52] C'est la fin.
[1:06:53] On n'aura pas assez d'oxygène.
[1:06:54] C'est impossible.
[1:06:59] Mon sommet est en train de m'échapper entre les mains.
[1:07:03] Puis je pleure, là, toutes les larmes de mon corps.
[1:07:09] Puis j'ai l'impression que c'est terminé, cette expédition-là.
[1:07:12] Je le texte, d'ailleurs, à ma famille en leur disant, genre, « Hey, guys, ça se peut que ça n'arrive pas. »
[1:07:18] Éventuellement, un ami d'une autre compagnie d'expédition m'accueille dans sa tente, me donne de l'eau, me donne de la soupe, me permet de récupérer tranquillement.
[1:07:28] Je reste là, je me repose, puis je me prépare pour la suite sans savoir absolument ça va être quoi cette suite-là.
[1:07:39] Et là, je vais être vraiment tannante, mais je vais garder tout ce qui est du Summit Push pour une partie 2 de cette série des Solo Sunday Sessions en route vers l'Everest, ou du moins...
[1:07:55] atteignons ensemble le sommet de l'Everest.
[1:07:57] Parce que j'ai vraiment envie de vous amener avec moi sur c'est quoi un summit push à partir de 8000 mètres dans la zone de la mort jusqu'au sommet et la redescente.
[1:08:08] Je veux vous parler de ça va être quoi, ce qui s'est passé concrètement.
[1:08:13] Je ne veux pas avoir un discours de sensationnalisme, mais il faut savoir qu'on est dans un sport extrême et que notre vie est en danger, puis la vie des autres aussi.
[1:08:22] Puis moi, j'ai eu des questions à me poser.
[1:08:27] D'une part, c'est quoi les risques que je suis capable de prendre?
[1:08:31] Lesquels me sont les plus coûteux?
[1:08:35] À quel point je suis solidaire avec mon équipe?
[1:08:38] Quels sont mes objectifs réellement?
[1:08:41] Puis quels risques...
[1:08:44] Bien, en fait...
[1:08:45] Puis finalement, je dirais que ça serait...
[1:08:49] À quel moment je dis que là, c'est assez, puis qu'on a dépassé ma limite, puis que je ne peux plus avancer?
[1:08:55] Tout ça, on va en parler dans la prochaine partie de l'épisode du balado Huméa en route vers l'Everest.
[1:09:02] Alors, on se dit à dans deux semaines pour la partie 2 de cette série qui, ma foi, me passionne beaucoup.
[1:09:12] Écrivez-moi toutes les questions que vous voulez qu'on adresse ensemble parce que probablement que je vais en prendre plusieurs autres.
[1:09:19] À plus!
[1:09:19] Un énorme merci à Atmosphère d'avoir rendu cet épisode possible et de soutenir aussi celles et ceux qui choisissent de passer plus de temps dehors, de poursuivre leurs propres aventures, leurs plus grands rêves.
[1:09:30] Et pour vous équiper pour votre prochain sommet, peu importe à quoi il ressemble, je vous donne rendez-vous chez Atmosphère.

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