# Tina Kieffer : le courage de créer une école pour 1 700 filles au Cambodge

An episode of [Cerveau Puissant - le podcast des phrases qui réveillent](https://invisiblenetwork.ai/podcast/1859273640), 28 Oct 2026, 41 min.

Audio: https://tr.ausha.co/xAKevUPL2YW3/api.soundcast.io/v1/stitch/ausha.mp3?tags=71851C1A&keywords=episodeId:xAKevUPL2YW3,showId:R6YYOHqZ2mg9&kw_applecategory=Self-Improvement&apiKey=c1a94b3301c64853868548ac73233ca1&podcastUrl=https%3A%2F%2Faudio.ausha.co%2FxAKevUPL2YW3.mp3%3Ft%3D1792586941

Que se passe-t-il lorsqu'une rencontre avec une enfant bouleverse toute une vie ? Tina Kieffer est journaliste, productrice et ancienne directrice de la rédaction de Marie Claire. Au Cambodge, une petite fille rencontrée dans un orphelinat transforme son parcours de vie et l'amène à consacrer vingt ans à l'éducation des filles. Vous la connaissez à travers la presse et la télévision. En 2004, Tina rencontre Chandara, quatre ans, dans un orphelinat. Elle décrit cette rencontre comme une déflagration d'amour. Elle l'aide, puis l'adopte. Mais aider une seule enfant ne peut pas suffire lorsqu'elle découvre le destin de toutes les autres filles. Cette prise de conscience devient un engagement concret. En 2005, Tina Kieffer fonde Toute à l'école et crée le campus Happy Chandara au Cambodge. Le projet accompagne environ 1 700 filles et jeunes femmes, de l'école jusqu'à l'insertion professionnelle. L'éducation des filles devient une manière de soutenir une famille et de transformer une communauté. Ce qui m'a frappée dans le témoignage de Tina, c'est qu'elle refuse de séparer l'éducation de la liberté. Pour elle, une femme libre a besoin du savoir, d'une autonomie économique et de la possibilité de choisir son chemin. Cette vision donne à l'éducation des filles une portée très concrète. Tina raconte pourquoi elle a voulu créer une école pensée comme une école pour riches, avec de très bons professeurs, pour des filles issues des bidonvilles et de familles marquées par les Khmers rouges. Elle raconte leur faim d'apprendre et leur désir de sortir leur famille de la misère. La conversation devient particulièrement forte lorsqu'elle s'incarne dans des scènes précises. Une élève refuse de sortir en récréation parce qu'elle veut continuer à apprendre à écrire. Une autre petite fille ne dort pas après avoir appris qu'une vraie maison va être construite pour sa famille. Chen, brûlée par un accident domestique, est quant à elle confrontée au regard des autres et à l'idée qu'elle porterait un mauvais karma. Dans l'internat de Toute à l'école, elle cesse d'être regardée comme un monstre, retrouve confiance et recommence à avancer. Cette conversation profonde est aussi un témoignage intime sur l'engagement. Tina raconte son passage des médias à l'association, le regard des adultes lorsqu'elle revient leur demander de l'argent et la transformation d'une réussite personnelle en action collective. Elle parle de résilience, de courage et de relations humaines. L'éducation des filles est au cœur de cet épisode, mais Tina Kieffer ne livre pas une leçon abstraite. Elle raconte des visages, des familles, des blessures, des progrès et des choix. Elle montre qu'une école peut devenir un lieu de reconstruction, de transmission et d'émancipation. Elle rappelle surtout qu'une fille qui apprend ne change pas seulement son propre avenir : elle peut aussi changer les possibilités de toute sa famille. Bonne écoute ✨ Cerveau Puissant, ce sont des histoires qui inspirent, des idées qui bousculent et des phrases qui réveillent. 🔔 Abonnez-vous pour découvrir nos nouveaux épisodes chaque semaine et prolonger les conversations sur nos réseaux sociaux. Instagram : https://www.instagram.com/cerveaupuissant YouTube : https://www.youtube.com/channel/UCgjpTh6BB2TyhhFoGyGTk-Q Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

## Transcript

[0:00] Bienvenue chez Cerveau Puissant,
[0:02] le podcast des phrases qui réveillent.
[0:04] Un espace où l'on parle de ce qui façonne une vie,
[0:07] des pas qu'on dépasse,
[0:08] des mots qui sauvent,
[0:09] des chocs qui révèlent,
[0:11] des valeurs qui tiennent debout.
[0:12] Chaque semaine,
[0:13] je vais chercher la phrase fondatrice d'une personnalité.
[0:16] Une phrase qui a construit,
[0:18] brisé,
[0:19] transformé ou sauvé.
[0:21] Parce que certaines paroles deviennent des boussoles,
[0:23] parce que tout commence par une prise de conscience,
[0:25] parce que chacun porte en lui une lumière en attente.
[0:28] Merci pour votre soutien incroyable depuis le lancement de Cerveau Puissant.
[0:31] Likez,
[0:32] commentez,
[0:33] partagez et boostez sur YouTube,
[0:35] c'est comme ça qu'on va continuer à grandir avec vous.
[0:37] J'ai la chance d'être soutenue pour ce podcast par l'agence de communication Surf.
[0:48] Il y a des femmes qui réussissent leur vie,
[0:51] et puis il y a celles qui,
[0:52] après avoir réussi,
[0:53] décident de consacrer leur existence à changer celle des autres.
[0:57] Mon invitée aujourd'hui appartient à cette catégorie de femmes rares,
[1:00] libres,
[1:00] audacieuses,
[1:01] qui ont compris que la réussite n'a peut-être de véritable sens que lorsqu'elle devient utile aux autres.
[1:06] Tina Kieffer,
[1:07] c'est d'abord une femme qui a marqué l'histoire de la presse française.
[1:10] Journaliste,
[1:11] animatrice de télévision,
[1:12] fondatrice du magazine DS,
[1:14] directrice de la rédaction de Marie Claire,
[1:16] elle a passé près de 30 ans à observer la société,
[1:19] à raconter les femmes,
[1:20] leurs combats,
[1:21] leurs contradictions et leurs aspirations.
[1:23] Elle a connu des rédactions,
[1:24] les plateaux de télévision,
[1:24] les responsabilités.
[1:26] Elle avait tout pour...
[1:27] pour continuer une cahier brillante.
[1:29] Mais en 2004,
[1:29] lors d'un voyage au Cambodge,
[1:31] une rencontre va profondément bouleverser le cours de son existence.
[1:35] Une petite fille,
[1:36] Chandara,
[1:37] malade,
[1:38] vulnérable,
[1:38] dont elle croisa le regard dans un orphelinat.
[1:41] Tina décide de l'aider,
[1:43] puis de l'adopter.
[1:44] Mais elle comprend aussi qu'en sauvant une enfant,
[1:46] elle ne peut ignorer le destin de toutes les autres.
[1:49] En 2005,
[1:50] elle fonde toute à l'école et crée le campus Happy Chandara.
[1:54] 20 ans plus tard,
[1:55] ce sont 1700...
[1:57] petites filles et jeunes femmes qui sont accompagnées de leur première année d'école jusqu'à leur rentrée dans leur vie professionnelle.
[2:03] Derrière ces chiffres,
[2:03] il y a évidemment des destins qui basculent,
[2:05] des jeunes filles qui accèdent à des études,
[2:07] à un métier,
[2:08] à l'indépendance,
[2:09] des femmes qui vont pouvoir choisir enfin leur avenir plutôt que de le subir.
[2:13] Et c'est peut-être cela l'une des formes les plus puissantes de liberté,
[2:16] avoir le droit de décider de sa propre vie.
[2:19] Mais aujourd'hui,
[2:20] j'ai envie d'aller plus loin que le récit pourtant extraordinaire de cette aventure.
[2:23] J'ai envie de comprendre ce qui pousse une femme
[2:25] à quitter une forme de réussite pour en inventer une autre,
[2:28] ce que notre besoin d'aider les autres raconte de notre propre histoire.
[2:32] J'avais envie de parler de pouvoir,
[2:33] d'ambition,
[2:34] de maternité,
[2:35] d'éducation,
[2:36] de transmission,
[2:37] de la place des femmes évidemment,
[2:39] de notre société française,
[2:40] de notre rapport à l'effort et de cette responsabilité immense que représente le fait de donner à une autre personne les moyens de devenir libre.
[2:48] Ce qui me fascine chez vous Tina,
[2:49] ce n'est pas seulement ce que vous avez construit,
[2:51] cette capacité à accepter qu'une rencontre puisse remettre en question
[2:54] tout ce qu'on croyait savoir de sa propre existence.
[2:57] Tina,
[2:57] je suis très honorée de vous recevoir aujourd'hui chez Cerveau Puissant.
[3:00] Eh bien,
[3:01] merci beaucoup de m'accueillir.
[3:03] Comme tous mes invités,
[3:04] je leur pose une question.
[3:05] Quelle est la phrase que vous avez envie de partager avec nous aujourd'hui ?
[3:08] Alors,
[3:08] il y a une phrase qui m'a toujours accompagnée,
[3:11] c'est
[3:12] « si c'est possible,
[3:13] c'est déjà fait,
[3:13] si c'est impossible,
[3:14] il faut le faire » .
[3:15] Et elle m'a toujours accompagnée,
[3:16] et même à un moment,
[3:17] alors que j'étais productrice télé,
[3:19] souvent,
[3:19] il y a des journalistes qui venaient me voir et qui me disaient « on ne peut pas monter tel sujet,
[3:22] on ne peut pas faire ça » .
[3:23] Alors,
[3:23] je l'avais.
[3:24] J'avais scotché derrière moi et puis à chaque fois,
[3:26] je faisais,
[3:28] il retournait sur le...
[3:29] Il disait,
[3:29] bon,
[3:29] il faut que j'y aille.
[3:30] Mais je suis assez convaincue,
[3:31] évidemment,
[3:32] il y a des cas exceptionnels,
[3:33] mais qu'avec énormément d'énergie,
[3:34] de volonté,
[3:35] de travail aussi,
[3:37] il y a quand même peu de choses qui restent impossibles.
[3:40] Et alors,
[3:40] c'est comme ça que vous avez pris ce pari,
[3:43] en fait,
[3:43] de changer de vie.
[3:46] J'ai toujours aimé changer de vie.
[3:47] J'ai eu une vie par plateau.
[3:49] D'abord,
[3:49] j'ai commencé dans la presse écrite,
[3:50] j'étais vraiment une gamine,
[3:52] j'avais à peine 18 ans.
[3:53] Je m'étais fâchée avec mes parents,
[3:55] ils m'avaient collée en pension parce que j'étais un mauvais exemple pour ma sœur,
[3:58] j'étais d'adolescence très très rebelle.
[4:00] Donc après le bac,
[4:01] je me suis barrée.
[4:02] Et puis quand même,
[4:03] quelque chose m'a dit que je n'allais pas passer ma vie à zoner,
[4:06] on va dire.
[4:07] Et j'ai réussi,
[4:09] par mon père qui était publicitaire,
[4:11] à trouver un stage pas payé à Cosmopolitan.
[4:14] Cosmo,
[4:15] à l'époque,
[4:15] c'était un journal féministe et drôle,
[4:17] très très impertinent.
[4:19] Et moi,
[4:19] je me suis retrouvée à 18 ans,
[4:21] entourée de journalistes brillantes.
[4:22] qui écrivait des romans,
[4:23] qui était intelligente.
[4:25] Et j'étais là,
[4:26] au milieu de la rédaction.
[4:27] C'était une école absolument extraordinaire.
[4:28] Et pour la première fois de ma vie,
[4:30] je me suis dit,
[4:30] il faut que tu bosses.
[4:32] Et je me suis mis vraiment à bosser.
[4:33] Moi qui avais eu un parcours scolaire,
[4:35] je passe toujours à la limite.
[4:37] Je me suis vraiment mis à bosser et j'ai adoré.
[4:39] J'ai adoré ce métier.
[4:41] Et donc,
[4:41] c'est très intéressant que vous dites que j'ai eu des vies par palier.
[4:44] Mais c'est vrai que c'est assez lié aussi.
[4:45] Je pense que les femmes,
[4:46] on a le droit de s'autoriser d'avoir...
[4:48] On a une vie à 20 ans,
[4:49] une vie à 30 ans,
[4:49] une vie à 40 ans,
[4:50] une vie à 50 ans,
[4:51] une vie à 60 ans.
[4:52] Parce qu'on change aussi beaucoup d'exigences,
[4:55] de rêves.
[4:56] De rêves,
[4:56] d'exigences.
[4:58] Je n'aime pas ce qui est trop linéaire.
[5:00] Moi,
[5:00] j'aime que ça rebondisse,
[5:01] j'aime les challenges,
[5:02] j'aime l'évolution.
[5:03] Le linéaire me fait peur.
[5:05] Et c'est vrai que j'ai eu cette période presse où j'étais une journaliste.
[5:08] Je n'étais pas une écrivaine de rédaction,
[5:10] j'étais une journaliste.
[5:11] Mais ça m'a fait grandir très prématurément déjà,
[5:13] parce que je faisais des papiers psychos,
[5:14] où j'en ai des conseils à des femmes de 35 ans,
[5:17] alors que j'en avais 22.
[5:18] Coup de bol,
[5:19] j'ai épousé un psychiatre.
[5:20] Donc ça m'a aidée,
[5:20] parce que j'avais mon interviewé à domicile.
[5:23] Donc ça m'a fait évidemment évoluer assez vite,
[5:26] ça.
[5:27] Et puis après la presse,
[5:28] il y a eu un hasard,
[5:30] on m'a appelée pour faire de la télé.
[5:31] Thierardisson m'a appelée pour faire Foufou.
[5:33] Donc je me suis retrouvée dans un autre univers.
[5:35] Et puis de là,
[5:36] on m'a appelée pour la TF1.
[5:37] Donc là,
[5:38] je me suis retrouvée avec...
[5:39] des émissions beaucoup plus lourdes et d'un seul coup à devoir manager une grosse équipe,
[5:43] ce que je n'avais jamais fait,
[5:45] parce que j'avais une idée de programme,
[5:46] j'étais aussi productrice.
[5:47] Donc tout ça,
[5:48] ça a été très très en accéléré.
[5:51] Et puis au bout de quatre ans de télé,
[5:53] j'en avais marre.
[5:54] Ça ne plaisait pas la télé,
[5:55] j'avais vraiment envie de revenir à la presse écrite.
[5:57] Donc je suis partie de TF1 et j'ai été monter le magazine DS,
[6:02] deux sociétés,
[6:02] parce que j'avais quand même,
[6:04] j'adore l'écrit.
[6:05] Et puis,
[6:06] je me disais que quand même,
[6:07] dans la presse féminine,
[6:07] c'était trop les horoscopes,
[6:09] les conseils,
[6:10] il faut tout porter.
[6:10] Le côté injonction me fatiguait un peu.
[6:14] Donc,
[6:14] je me suis dit,
[6:15] il y a de la place pour un magazine féminin très sociétal,
[6:18] reportage,
[6:18] etc.
[6:19] Et puis après,
[6:20] Marie-Claire a eu dû me chercher.
[6:21] Et puis,
[6:22] après,
[6:22] j'ai rencontré ma fille.
[6:23] Et là,
[6:23] j'ai encore changé de vie,
[6:24] mais j'adore ça.
[6:25] Bon,
[6:26] là,
[6:26] je pense que c'est mal barré pour trop changer de vie parce que j'ai plus de 35 ans.
[6:30] Et puis,
[6:30] j'ai une grosse responsabilité sur le dos aujourd'hui,
[6:33] qui est beaucoup plus importante qu'avant.
[6:35] Je préviens notre truc quand même à côté.
[6:38] On sent que vous avez cette énergie et que vous en avez encore,
[6:41] comme on dit,
[6:42] sous le capot.
[6:43] Oui,
[6:44] mais je pense que je tiens ça de ma mère.
[6:46] Ma mère en a eu sous le capot jusqu'à moi,
[6:47] à 93 ans ou 94 ans.
[6:49] Donc,
[6:50] je pense qu'il y a un petit côté génétique,
[6:51] à mon avis.
[6:52] En tout cas,
[6:53] ça donne envie.
[6:54] Et c'est vrai que de manière,
[6:55] comme vous avez raison,
[6:56] de voir des gens pleines de passion et d'énergie et que rien n'est impossible.
[7:00] C'est vrai qu'on a besoin de ça pour donner du sens à notre quête de vie.
[7:05] Alors moi je trouve ça super surprenant,
[7:07] mais je me permets de vous le dire,
[7:08] vous êtes mère de famille et vous rencontrez cette jeune femme,
[7:13] cette petite fille,
[7:16] et on le voit vous êtes ultra épanouie,
[7:18] vous avez une seconde carrière,
[7:19] mariée avec votre charmant mari,
[7:22] et là,
[7:22] parce que souvent l'adoption arrive,
[7:24] souvent dans des cas où les personnes n'arrivent pas à avoir des enfants,
[7:29] et donc vous vous prenez ce...
[7:30] Alors déjà j'avais quand même un terrain,
[7:32] c'est-à-dire que je m'étais toujours dit,
[7:34] un jour j'adopterai.
[7:35] Et en même temps,
[7:36] entre le boulot et le fait que j'ai eu des enfants facilement,
[7:39] c'est vrai que j'avais déjà quatre enfants.
[7:41] Mais j'avais toujours eu cette envie.
[7:43] Je ne sais pas,
[7:45] ça me semblait...
[7:46] Inéant.
[7:47] C'était vraiment...
[7:48] Et je pense que quand je suis arrivée dans cette orphelinat,
[7:50] j'étais prête,
[7:51] d'une certaine façon.
[7:52] Après,
[7:52] moi je dis qu'il y a eu quand même dans cette histoire beaucoup d'alignements de planète,
[7:55] parce qu'à deux minutes près,
[7:57] cette petite fille,
[7:58] je ne la croisais pas.
[7:59] J'aurais pris une autre allée dans le jardin,
[8:00] je ne la tombais pas sur cette petite fille de quatre ans,
[8:03] sur ce banc,
[8:03] en train de pleurer.
[8:04] Donc,
[8:05] je pense qu'il y a eu aussi...
[8:06] Et puis,
[8:07] je l'ai pris dans mes bras et je ne suis incapable.
[8:09] J'ai réfléchi à ça parce que quand même,
[8:12] c'est interpellant quand même d'avoir quatre enfants.
[8:15] J'étais d'ailleurs à l'époque sur place avec mes deux enfants plus jeunes,
[8:19] Carla,
[8:20] qui avait à peu près le même âge,
[8:21] 4 ans,
[8:22] et Mathis,
[8:22] qui en avait 8.
[8:24] Et c'est vrai que quand j'ai pris cet enfant,
[8:28] quand j'ai vu comme elle était malheureuse...
[8:31] C'est curieux de dire ça.
[8:32] Ça me fait presque peur,
[8:33] mais je l'ai tout de suite aimé autant que les autres.
[8:35] Et c'est devenu une obsession de la sortir de là.
[8:39] Donc,
[8:39] je me suis sûre de m'en débiter.
[8:40] Comme une rencontre d'âme,
[8:41] en fait.
[8:42] Oui.
[8:42] Quelque chose de...
[8:44] Qui je voulais sauver à travers cette petite fille ?
[8:47] Et puis après,
[8:47] qui j'ai voulu sauver à travers toutes les autres ?
[8:49] Mais je n'ai pas la réponse.
[8:51] Bon,
[8:52] en même temps,
[8:52] je n'ai pas tellement de temps d'aller voir les psys.
[8:54] Mais c'est sûr qu'il y a quelque chose d'étrange.
[8:58] Et donc,
[8:59] vos enfants...
[8:59] Ça se voit aussi immédiat,
[9:00] je parle.
[9:01] Oui,
[9:01] c'est dingue.
[9:02] C'est comme un coup de foudre.
[9:03] Un coup de foudre.
[9:04] Une déflagration d'amour.
[9:05] J'avais écrit un livre là-dessus,
[9:06] je l'avais appelé une déflagration d'amour.
[9:08] Ça a vraiment été ça.
[9:09] Et vos enfants,
[9:11] comment ils prennent la...
[9:12] Écoutez,
[9:13] ils l'ont très bien pris,
[9:13] vraiment.
[9:14] Ils étaient quand même élevés avec une certaine ouverture d'esprit altruiste,
[9:19] on va dire.
[9:19] Aussi bien par leur père que par leur mère.
[9:23] Et puis,
[9:24] ils ont été,
[9:24] j'ai toujours dit,
[9:25] ils ont été témoins de la scène originelle.
[9:26] Ils ont été là quand j'ai rencontré cette petite fille.
[9:29] Ils ont vu l'orphelinat,
[9:30] etc.
[9:31] Donc,
[9:32] pour eux,
[9:33] c'était...
[9:34] Ça allait de soi qu'il ne fallait pas la laisser là,
[9:35] en train de pleurer.
[9:36] Ils étaient...
[9:37] Carla,
[9:38] elle la regardait.
[9:39] C'était son double.
[9:40] Petite blonde,
[9:41] petite brune,
[9:41] mais c'était son double.
[9:43] Et donc,
[9:43] quand je l'ai ramenée à la maison quelques mois plus tard,
[9:45] elle avait le comité d'accueil.
[9:47] Donc,
[9:47] ça s'est très,
[9:48] très bien passé.
[9:49] Même si elle ne parlait pas un mot de français,
[9:51] ni un mot de cambodgien,
[9:51] d'ailleurs.
[9:52] Je m'en suis rendue compte après.
[9:52] Personne n'y avait appris sa langue.
[9:54] Mais elle avait un tempérament très fort.
[9:56] Donc,
[9:56] elle s'est vite imposée dans la fratrie.
[9:58] Et ça s'est bien passé.
[9:59] Donc,
[9:59] tout ça s'est fait naturellement,
[10:01] on va dire.
[10:01] Elle est arrivée...
[10:03] En fait,
[10:03] le sujet de l'adoption en tant que telle...
[10:06] Moi,
[10:06] j'ai...
[10:06] À la fois,
[10:07] elle a eu de la chance,
[10:08] cette petite fille,
[10:08] c'est qu'elle avait un problème de santé qui m'a permis d'avoir un visa médical.
[10:12] Parce que,
[10:12] de toute façon,
[10:13] l'adoption était fermée entre la France et le Cambodge.
[10:15] Et en fait,
[10:16] on m'a mis tutrice pour que je puisse la faire examiner en France.
[10:19] Puis après,
[10:19] je me suis dit,
[10:20] je ne vais pas la ramener.
[10:20] Et puis,
[10:21] je me suis badie en France pour faire valider l'adoption.
[10:23] Ça a été super compliqué parce que j'avais effectivement pris un chemin de traverse.
[10:27] Mais heureusement,
[10:28] parce que sinon,
[10:28] je ne sais pas ce qu'elle serait devenue.
[10:30] Alors aujourd'hui,
[10:31] qu'est-ce qui est devenu Chandra ?
[10:32] Chandra,
[10:33] elle a 24 ans.
[10:34] Je vis dans un appart avec un duplex en dessous et donc elle est juste en dessous.
[10:38] C'est la seule en fait qui n'a pas quitté maman,
[10:41] même si elle a un amoureux,
[10:42] qu'elle fait plein de trucs.
[10:43] Elle fait du théâtre,
[10:44] elle est très artiste,
[10:45] elle a beaucoup de caractère,
[10:47] beaucoup beaucoup de caractère.
[10:48] Elle est très drôle,
[10:50] ça reste un personnage.
[10:52] C'est vraiment une enfant qui n'a absolument pas la personnalité réservée qu'ont beaucoup les petites filles de mon école.
[10:59] Un côté un peu asiatique,
[11:00] très posé.
[11:01] C'est une super latine.
[11:03] avec une visage de Cambodgienne.
[11:06] Alors,
[11:06] je vais poser des questions un peu indiscrètes,
[11:08] mais est-ce que Chandra connaît son histoire ?
[11:12] Non,
[11:12] non,
[11:12] malheureusement,
[11:13] non,
[11:13] non,
[11:13] parce que moi,
[11:14] quand j'ai rencontré Chandra,
[11:15] elle venait d'un orphelinat qui avait fermé.
[11:18] J'ai essayé,
[11:19] on n'a jamais,
[11:20] on n'avait même pas servi de date de naissance,
[11:21] donc je lui ai mis le 1er septembre,
[11:22] c'était plus facile pour l'école,
[11:24] pour l'inscription.
[11:25] On n'a jamais eu de,
[11:27] on n'a jamais eu la moindre information,
[11:28] malheureusement.
[11:29] Est-ce que vous,
[11:30] au cours de son adolescence,
[11:31] qui est souvent une période pour les jeunes adolescents,
[11:35] est-ce que vous avez eu des choses compliquées qui se sont révélées ?
[11:39] Oui,
[11:40] c'est compliqué,
[11:40] mais j'aurais tendance à dire que parfois,
[11:43] j'ai aussi d'autres enfants avec lesquels ça a été compliqué.
[11:45] Souvent,
[11:46] on met sur le dos de l'adoption quelque chose,
[11:48] c'est aussi des questions de tempérament.
[11:50] Il y a des enfants qui ont des tempéraments extrêmement forts.
[11:53] Moi,
[11:53] j'ai été une adolescente exactement comme ça.
[11:57] On aurait très bien pu dire qu'elle a été adoptée.
[11:59] Donc je ne sais pas ce qu'il faut mettre sur le compte de l'adoption.
[12:02] Mais c'est vrai que ça a été un peu rock'n'roll.
[12:05] Alors quand vous l'avez rencontrée et vous le dites,
[12:07] vous sentez que ça réveille une faille en vous.
[12:10] Est-ce que,
[12:12] pardonnez la question,
[12:13] mais est-ce que cette faille,
[12:13] ce ne serait pas que quelqu'un dans votre famille,
[12:15] un jour a été adopté ?
[12:17] Non,
[12:17] il n'y a pas eu d'adoption.
[12:18] Par contre,
[12:19] je me suis demandé s'il n'y avait pas rapport avec ma mère,
[12:21] que ma mère vient d'un milieu extrêmement pauvre.
[12:23] Elle me l'a beaucoup raconté quand j'étais petite.
[12:25] Et elle me disait que...
[12:28] Les services sociaux de l'époque avaient failli la retirer de chez elle,
[12:30] tellement c'était la grande pauvreté qu'elle allait voler du charbon sur la voie ferrée,
[12:33] etc.
[12:34] Et quand vous entendez ça de votre mère,
[12:36] que vous idéalisez,
[12:38] qui avait complètement changé d'univers,
[12:40] je pense que j'avais peut-être envie de réparer ma maman,
[12:42] d'une certaine façon.
[12:44] C'est la seule explication que je vois,
[12:45] parce que sinon,
[12:46] il n'y a aucune adoption dans la famille.
[12:48] Mais j'ai toujours eu quand même ce tropisme.
[12:51] Quand j'étais à Marie-Claire,
[12:52] par exemple,
[12:54] avant la rencontre avec Chandra,
[12:56] Marie-Claire est extrêmement tournée vers les femmes,
[12:59] vers le droit des femmes.
[13:00] Et j'ai beaucoup emmené Marie-Claire aussi vers le droit des enfants.
[13:03] Je veux dire,
[13:03] le féministe,
[13:04] oui,
[13:04] mais enfantiste aussi.
[13:06] Et je me souviens,
[13:07] comme je disais parfois,
[13:08] Tina,
[13:09] tu fais un peu trop de sujets sur les enfants qui ne vont pas bien dans le monde.
[13:13] On trouvait ça anxiogène.
[13:14] Oui,
[13:14] c'est peut-être anxiogène,
[13:15] mais je trouvais que c'était important.
[13:16] Et j'ai toujours eu quand même cette envie de me tourner vers la cause des enfants,
[13:21] toujours.
[13:22] Justement aujourd'hui,
[13:23] cette cause des enfants,
[13:24] vous avez l'impression que vous qui étiez sur le terrain,
[13:27] que ça va mieux avec toutes les actions qu'on met en place ou qu'au contraire avec la mondialisation ?
[13:32] Non mais,
[13:33] je dirais que c'est très très partagé parce qu'effectivement avec la mondialisation,
[13:37] moi je vois même dans la pauvreté au Cambodge,
[13:40] tous les gamins n'ont pas accès à l'école,
[13:42] surtout les filles,
[13:43] c'est pour ça que je vois là-dessus,
[13:44] mais je pense quand même que les gens,
[13:47] les enfants meurent moins de faim,
[13:48] sont moins violentés que dans le passé,
[13:50] ne serait-ce qu'au Cambodge en 20 ans.
[13:52] Je trouve qu'il y a une amélioration très très nette.
[13:54] Puis il y a les réseaux sociaux aussi,
[13:57] l'air de rien.
[13:57] Il y a Internet qui diffuse tout ce qui se passe.
[14:00] Je pense que c'est aussi un garde-fou.
[14:02] Maintenant,
[14:02] c'est vrai,
[14:02] quand on voit ce qui s'est passé encore récemment en France,
[14:06] avec le problème de la pédocriminalité,
[14:09] et il n'y a pas qu'à pédocriminalité,
[14:11] il y a la violence des parents sur les enfants,
[14:13] dont on n'a jamais beaucoup parlé.
[14:15] Je sais que,
[14:16] comme évidemment,
[14:17] c'est normal,
[14:18] je suis très très engagée contre les violences conjugales,
[14:20] mais j'ai toujours été choquée.
[14:22] qu'on ne se bête pas autant sur les violences des parents sur enfants.
[14:25] Parce qu'un gamin qui est violenté,
[14:27] lui,
[14:27] il ne peut même pas se poser la question « est-ce que je pars,
[14:28] est-ce que je reste ? »
[14:30] Et quand vous voyez les chiffres,
[14:31] c'est absolument alarmant.
[14:34] Et c'est surprenant de se dire qu'il y a encore autant de violences dans ce pays qui pourtant a l'air si bienveillant,
[14:39] qu'est que le grand mot à la mode,
[14:41] qui de temps en temps m'agace un peu,
[14:42] parce que c'est un peu un fourre-tout la bienveillance,
[14:45] et que derrière ça,
[14:45] il y a encore autant de souffrances chez les enfants et autant d'injustices pour les femmes.
[14:51] Qu'est-ce qui vous met en colère aujourd'hui en France ?
[14:53] Effectivement,
[14:54] c'est le suivi des enfants,
[14:55] c'est la séparation des enfants des fratries,
[14:57] c'est la peur des services sociaux parfois de séparer un enfant d'une famille maltraitante ou les juges qui ne font pas leur boulot.
[15:05] Il y a des gamins,
[15:07] on a vu tellement d'exemples de gamins qui ont été tués par un des parents alors que l'autre réclamait la protection de cet enfant,
[15:15] ça n'a pas été écouté.
[15:16] Et ça,
[15:16] ça existe toujours.
[15:18] Et ça,
[15:18] ça me met vraiment en colère de penser que...
[15:20] peut-être que derrière les murs,
[15:23] il y a un enfant qui se fait tabasser et qui n'est pas écouté.
[15:25] Et ça,
[15:25] c'est pas normal.
[15:26] Il y a vraiment deux discours qui s'opposent en France.
[15:28] Ça,
[15:29] ça met en colère.
[15:29] Comment on peut faire changer les choses aujourd'hui ?
[15:32] Rapidement.
[15:33] En en parlant sans cesse,
[15:36] en manifestant sans cesse.
[15:39] J'entends parfois que le mouvement MeToo,
[15:41] c'est plus sur les femmes,
[15:42] ils sont en train de s'y diriger enfin vers les enfants.
[15:44] Et parfois excessif.
[15:45] Moi,
[15:46] je dis toujours que on ne fait pas de révolution à des roses.
[15:48] De toute façon,
[15:48] il faut toujours aller un peu dans l'excès.
[15:50] pour qu'il en reste quelque chose.
[15:52] Et que quand on regarde avec un peu de hauteur la situation des femmes et des enfants,
[15:57] c'est vrai que ce n'est pas normal.
[15:58] C'est vrai qu'il faut donner un coup de pied dans la fourmilière.
[16:01] Il faut un peu faire des électrochocs pour que ça bouge.
[16:06] Et ça,
[16:06] c'est le côté positif des réseaux sociaux.
[16:09] Dieu sait qu'ils en ont de très mauvais.
[16:10] Mais s'il y a un côté positif,
[16:12] c'est justement qu'on peut vraiment faire passer cette parole.
[16:15] Et toucher les gens.
[16:17] Alors maintenant,
[16:17] est-ce qu'ils s'arrêtent quand ils scrollent ?
[16:18] C'est toujours le problème de ces réseaux sociaux.
[16:20] On ne s'arrête pas forcément.
[16:21] Il y a des algorithmes qui vont continuer à vous conforter dans des choses qui,
[16:24] parfois,
[16:25] ne sont pas très intéressantes.
[16:26] Mais quand on commence à aller sur ces sujets-là,
[16:28] les algorithmes vous en envoient d'autres.
[16:30] Et on découvre plein de choses.
[16:32] Et c'est important,
[16:34] déjà,
[16:34] d'agir autour de soi,
[16:35] d'en parler.
[16:37] Alors justement,
[16:38] est-ce que vous avez...
[16:39] Nous,
[16:39] quand on regarde votre histoire et votre parcours,
[16:41] on a l'impression qu'en fait,
[16:42] sans l'action,
[16:43] vous n'existez pas.
[16:44] Qu'en fait,
[16:44] l'action,
[16:45] c'est votre source d'épanouissement.
[16:46] Je suis un peu hyperactive,
[16:47] c'est vrai.
[16:48] Mais est-ce que finalement,
[16:49] le message à passer,
[16:49] ce n'est pas qu'en fait,
[16:50] l'action et la générosité,
[16:52] c'est aussi vecteur de beaucoup de bonheur ?
[16:57] Je pense que déjà,
[16:58] s'occuper des autres,
[16:59] ça décolle de soi-même.
[17:00] Et je pense que décoller de soi-même,
[17:02] c'est la première porte pour le bonheur.
[17:03] De toute façon,
[17:04] quand on regarde les choses un peu à distance,
[17:05] ce n'est pas terrible ce qui va nous arriver.
[17:08] On est d'accord.
[17:09] Donc,
[17:09] la meilleure façon de vivre ce grand problème existentiel,
[17:14] du fait de notre finitude,
[17:15] C'est justement de sortir de soi-même et d'aller vers les autres.
[17:20] Et déjà,
[17:20] je trouve que ça allège énormément toute angoisse existentielle.
[17:24] Et puis,
[17:25] voir qu'on peut rendre un enfant heureux,
[17:27] je pense qu'il n'y a pas de plus grande satisfaction au monde.
[17:30] Je pense que c'est quelque chose qui fait partie vraiment de notre ADN,
[17:34] de transmettre,
[17:34] de sauver l'enfant,
[17:35] de le protéger,
[17:36] même chez les animaux,
[17:37] vous voyez.
[17:38] Donc oui,
[17:39] bien sûr que ça...
[17:40] Je pense que je suis plus heureuse aujourd'hui,
[17:43] même si j'ai des périodes très...
[17:45] très amusante,
[17:46] très excitante dans ma vie.
[17:49] Je suis plus heureuse aujourd'hui.
[17:50] Oui,
[17:50] certainement.
[17:51] Mais même absolument.
[17:53] Alors là,
[17:53] on vous voit plein de vie et plein d'enthousiasme.
[17:56] Est-ce qu'il y a quand même eu des moments où vous avez douté,
[17:58] que ce soit sur l'association ou sur vos projets professionnels ?
[18:01] Parce que c'est vrai que souvent,
[18:02] quand on voit une femme aussi épanouie et forte,
[18:05] d'autres personnes,
[18:06] d'ailleurs pas que des femmes,
[18:07] peuvent se dire « Oui,
[18:07] mais c'est sa nature. »
[18:09] Exactement.
[18:10] « Oui,
[18:10] c'est sa nature.
[18:11] Elle peut,
[18:11] mais moi,
[18:11] je ne peux pas. »
[18:13] Alors,
[18:13] moi,
[18:13] j'ai des...
[18:14] Je n'ai jamais douté dans le fond.
[18:15] Je n'ai jamais eu peur pendant l'école,
[18:17] même si c'est très dur actuellement de lever des fonds.
[18:20] Je n'ai pas de peur qui me plombe.
[18:22] J'ai des angoisses qui me viennent par moments.
[18:24] Et hop,
[18:24] l'action,
[18:26] si ça marche,
[18:26] la prochaine action,
[18:27] ça me remonte.
[18:28] De temps en temps,
[18:30] j'ai des petits coups de mouche.
[18:31] Mais à la limite,
[18:32] ça me rend extrêmement vigilante et ça me met beaucoup plus dans l'anticipation.
[18:35] Je pense que réussir un projet,
[18:37] c'est avoir une grande faculté d'anticipation en permanence.
[18:40] C'est toujours prévoir.
[18:41] le deuxième coup,
[18:41] le troisième coup pour éviter les emmerdes.
[18:44] Donc j'ai des coups de mou,
[18:45] mais je dirais que c'est un peu salvateur même.
[18:49] Maintenant,
[18:49] je pense que j'ai d'autres fragilités.
[18:52] C'est évident,
[18:52] je le sais pertinemment même.
[18:54] Ce qui fait d'ailleurs qu'il y a parfois un décalage entre la façon dont les gens me perçoivent et ce que je suis,
[18:59] parce que les gens ne pensent pas que je suis un bulldozer.
[19:01] Mais je pense que c'est une façon pour moi d'avancer que de mettre un costume de...
[19:07] De
[19:08] Wonder Woman.
[19:09] De Wonder Woman,
[19:09] oui.
[19:11] Alors,
[19:11] ce qui est impressionnant,
[19:14] c'est qu'en fait,
[19:14] vous accompagnez,
[19:15] on l'a dit,
[19:15] plus de 1700 élèves qui viennent évidemment de milieux extrêmement défavorisés au Cambodge,
[19:20] mais certaines,
[19:22] j'ai envie de dire contre toute attente,
[19:23] mais obtiennent des résultats absolument scolaires remarquables.
[19:27] Qu'est-ce que cette expérience vous a appris sur l'intelligence ?
[19:30] Et le deuxième point,
[19:31] c'est qu'aujourd'hui,
[19:31] on est quand même dans un climat en France qui remet en question énormément l'enseignement.
[19:36] Qu'est-ce que vous pouvez nous dire par rapport à ce point que j'ai trouvé très intéressant ?
[19:40] Moi,
[19:40] ça m'a confortée dans l'idée que si on fait une école,
[19:43] pour riches entre guillemets,
[19:45] c'est-à-dire avec des très bons profs,
[19:46] avec un cursus costaud,
[19:49] extrêmement pensé,
[19:50] et que vous allez chercher des petites filles issues des bidonvilles,
[19:53] dont les parents,
[19:53] les grands-parents ont vécu des Khmer Rouches,
[19:55] donc on a tué tous les intellectuels.
[19:57] Si on leur donne tout ça,
[20:00] il y a des surprises incroyables.
[20:01] Parce qu'en plus de nos enfants,
[20:03] elles ont autre chose,
[20:04] c'est qu'elles ont la faim d'emprendre.
[20:06] Elles ont les familles derrière.
[20:07] Et nous,
[20:07] on a choisi d'emblée,
[20:09] j'ai vraiment voulu avoir une approche holistique,
[20:10] c'est-à-dire que je ne me suis pas concentrée que sur l'instruction des petites filles.
[20:13] mais aussi sur la communauté,
[20:15] donner des paniers alimentaires aux parents en échange de l'assiduité de l'enfant,
[20:19] aider les familles,
[20:20] reconstruire des maisons,
[20:22] pour que la petite fille ne soit pas en conflit de loyauté par rapport à son village,
[20:27] mais qu'au contraire elle soit soutenue.
[20:29] Et c'est vrai que c'est étonnant parce qu'on a grosso modo 100%
[20:33] de réussite au bac depuis,
[20:34] ça fait combien de temps ?
[20:34] Ça fait il y a 10 ans maintenant qu'elle passe le bac,
[20:36] elle arrive en maternelle,
[20:39] et on a des petites...
[20:40] Alors nous notre idée c'est évidemment...
[20:41] On ne laisse personne sur le bord du chemin.
[20:43] Donc,
[20:43] on fait tout pour que ça aille pour le mieux.
[20:45] Mais on a des gamines qui nous étonnent.
[20:47] Des doubles masters à l'école des mines,
[20:49] des écoles d'ingénieurs,
[20:52] des écoles de la niaque,
[20:53] etc.
[20:53] Une niaque et un plaisir d'apprendre.
[20:57] C'est-à-dire que quand vous rentrez sur le campus à Pichondara,
[20:59] qui est le campus de toutes les écoles,
[21:02] vous n'avez que des sourires.
[21:03] Elles ont toute la banane,
[21:05] elles sont contentes.
[21:05] Je me souviens de la première récréation,
[21:07] c'était il y a 20 ans.
[21:08] Première récréation,
[21:09] on leur demande de sortir de la classe.
[21:10] On n'avait pas beaucoup,
[21:11] on avait une petite centaine.
[21:12] Mais elle ne voulait pas sortir.
[21:13] Il y en a une qui vient me voir et elle me fait ça.
[21:15] En fait,
[21:15] elle voulait apprendre à écrire,
[21:17] donc elle ne voulait pas aller en récréation.
[21:20] Donc nous,
[21:20] ça nous paraît assez inconcevable.
[21:24] Mais je crois qu'il y a une vraie fin d'apprendre pour sortir sa famille de sa misère.
[21:28] Alors,
[21:28] qu'est-ce qui se passe pour vous en France ?
[21:29] Parce que nous qui avons l'école gratuite...
[21:31] S'il se passe en France,
[21:32] je pense qu'il y a beaucoup de revendications qui sont très justes.
[21:36] parce que c'est vrai que l'école va très mal.
[21:38] Moi,
[21:38] j'ai une fille qui est institutrice,
[21:40] qui a beaucoup travaillé en Ulysse,
[21:41] etc.,
[21:42] et qui m'explique un peu comment ça se passe,
[21:44] les profs qui ne sont pas remplacés.
[21:46] Parfois,
[21:46] on se retrouve avec des gamins qui ont des problèmes,
[21:48] des troubles cognitifs,
[21:48] il n'y a pas forcément quelqu'un pour l'aider.
[21:50] Donc,
[21:51] l'école va très mal.
[21:52] Surtout quand on voit les dépenses qui sont faites par rapport à d'autres pays.
[21:55] On dépense beaucoup.
[21:57] Et pourtant,
[21:57] nos profs,
[21:58] par exemple,
[21:58] sont payés deux fois moins qu'en Allemagne.
[21:59] Donc,
[22:00] tout ça,
[22:00] moi,
[22:00] je trouve que ce sont des revendications extrêmement justes.
[22:03] Et je trouve ça à sein l'ennui,
[22:04] c'est que c'est très parasité par des gamins qui ont des discours qui tiennent pas la route,
[22:08] ou alors par des casseurs.
[22:11] Donc moi quand j'allume la télé le soir avec le jeu ZAP sur les France Info,
[22:16] BFM,
[22:17] CNews,
[22:18] je suis absolument effrayée par certains discours que j'entends,
[22:23] surtout sur des chaînes qui sont un peu raides je trouve,
[22:27] où il y a une espèce d'abalgame et ce sont que des casseurs et notre jeunesse est perdue.
[22:31] Heureusement.
[22:32] que nos jeunes n'acceptent pas de continuer comme ça parce qu'ils vont dans le mur.
[22:38] Maintenant,
[22:38] il faut leur redonner cette envie d'apprendre.
[22:41] Il faut leur redonner l'autorité,
[22:44] le respect de l'autorité parce que je crois que c'est un vrai problème.
[22:47] Je parlais tout à l'heure de cette bienveillance à toutes les sauces.
[22:50] Il y a un gamin qui se conduit mal.
[22:51] Il ne faut pas que le prof en ait peur.
[22:53] Il ne faut pas...
[22:55] Toutes à l'école,
[22:56] elles lèvent le drapeau le matin.
[22:58] Il y a de l'autorité.
[22:59] Il y a du respect.
[23:00] Du respect des professeurs.
[23:02] Et elles adorent ça,
[23:03] parce qu'elles viennent d'un milieu qui n'est pas structuré,
[23:05] de grande pauvreté.
[23:07] Donc la seule façon pour elles,
[23:08] c'est qu'on leur donne un échafaudage,
[23:10] une structure.
[23:11] Et je crois que le gros problème en France,
[23:13] il vient effectivement de la façon dont l'argent y est pensé,
[23:16] et puis il vient aussi de la démission des parents.
[23:18] Donc des deux côtés,
[23:19] et les gamins sont au milieu.
[23:20] Donc je trouve que c'est un problème,
[23:22] et il va vraiment falloir que le prochain gouvernement se relève vraiment.
[23:26] Pour moi c'est important,
[23:27] pour revoir tout le système éducatif.
[23:30] Aujourd'hui,
[23:31] pour pouvoir scolariser tous ces élèves,
[23:36] ça représente combien en combattre monétairement ?
[23:39] Monétairement,
[23:39] on a à peu près 4 millions.
[23:41] Parce que c'est une année d'école.
[23:44] Voilà,
[23:44] exactement.
[23:45] Donc on a 1700 enfants,
[23:46] on a 350 salariés.
[23:49] On a évidemment toutes les classes.
[23:51] On a deux internats pour les petites filles qui sont violentées dans leur famille,
[23:55] à peu près 250 enfants.
[23:57] On a deux immeubles d'un...
[23:59] Tom Penn pour celles qui ont passé le bac,
[24:01] qui vont à l'université,
[24:02] parce qu'évidemment,
[24:03] l'université,
[24:04] surtout avec des gamins qui sont issus de familles riches,
[24:06] qui n'ont pas du tout les mêmes codes,
[24:07] donc on continue à les accompagner.
[24:09] Alors,
[24:09] on apprend la géopolitique,
[24:10] l'anglais,
[24:11] etc.
[24:11] pour pouvoir les accompagner.
[24:12] On a un centre médico-social,
[24:14] on a un cabinet dentaire.
[24:15] Donc,
[24:15] il faut lever tous les ans.
[24:17] Ce n'est pas une partie de plaisir.
[24:19] Il faut lever 4 millions.
[24:20] Et vous avez de plus en plus de mal.
[24:22] Oui.
[24:22] Vous,
[24:22] comme toutes les associations.
[24:24] Bien sûr.
[24:24] C'est de plus en plus difficile,
[24:25] il y a de plus en plus de causes.
[24:27] Les gens sont...
[24:28] en grande difficulté donc il faut être en permanence inventif trouver de nouveaux moyens pour on a été les premiers à aller vers l'arrondi solidaire en caisse vous savez quand on avait été les premiers à le lancer avec sephora je me souviens et microdon qui était la boîte qui avait lancé ça maintenant tout
[24:45] le monde y est donc on essaie d'inventer de nouveaux modèles mais voilà c'est difficile mais on se bat
[24:52] On va y arriver.
[24:53] Rien n'est impossible.
[24:53] Exactement.
[24:55] Alors,
[24:57] quel est l'équilibre entre,
[24:58] donc on parlait de bienveillance,
[24:59] entre l'éducation protectrice,
[25:02] bienveillante,
[25:03] et l'éducation qui permet,
[25:05] et je pense que c'est valable en France comme au Cambodge,
[25:07] enfin en un certain monde,
[25:08] d'affronter la difficulté ?
[25:11] Mais je pense que la génération d'avant,
[25:13] tout au moins la mienne,
[25:14] on a eu une éducation protectrice.
[25:17] Mais même très protectrice,
[25:18] parce que moi je sais que,
[25:19] c'est pour ça d'ailleurs qu'on m'a collé en pension.
[25:21] C'est parce que je sortais le soir.
[25:23] Les parents étaient raides.
[25:25] Ils étaient raides.
[25:26] Mais sincèrement,
[25:28] moi,
[25:28] je leur dis merci.
[25:30] Je leur dis merci parce qu'après le bac,
[25:31] par exemple,
[25:32] après avoir glondé pendant six mois et que j'ai dit,
[25:34] finalement,
[25:35] je ferais bien,
[25:35] je voulais faire l'ESC,
[25:37] l'école de commerce.
[25:38] On m'a dit,
[25:38] attends,
[25:38] tu te fous de nous ?
[25:39] Tu t'es barrée ?
[25:40] Tu t'assumes ?
[25:41] Tu vas trouver un stage,
[25:42] etc.
[25:42] Vous voyez,
[25:43] donc,
[25:44] c'était...
[25:45] J'ai eu la haine,
[25:45] sur le coup.
[25:47] Mais...
[25:47] Si j'avais été faire mon école de commerce,
[25:49] je pense que je n'aurais pas du tout eu la même trajectoire.
[25:51] Mais en même temps,
[25:52] il faut tempérer.
[25:53] C'était une époque beaucoup plus facile qu'aujourd'hui.
[25:55] A l'époque,
[25:55] vous rentriez au culot.
[25:57] J'ai vu le reportage sur Ardisson qui raconte qu'il revient d'Inde,
[26:00] où il a eu effectivement des errances.
[26:03] Il se balade sur les Champs-Élysées,
[26:04] il passe devant la
[26:05] BBDP, l'agence de pub,
[26:07] il monte,
[26:07] il y va au culot,
[26:08] il rencontre le patron qui l'engage.
[26:10] Vous imaginez aujourd'hui,
[26:11] rien que pour rentrer dans l'immeuble.
[26:13] Vous devez avoir des passes,
[26:14] donner votre carte d'identité.
[26:15] Ça arrive encore,
[26:16] le culot,
[26:16] de temps en temps.
[26:17] Il faut une convention de stage aujourd'hui.
[26:19] J'aurais pas pu faire de convention de stage,
[26:20] j'avais pas d'école.
[26:22] Mais le culot,
[26:23] ça existe encore.
[26:24] Les gens en crime,
[26:25] sur les réseaux,
[26:25] sur LinkedIn.
[26:25] Il faut avoir la personne en face de vous pour pouvoir exprimer votre culot.
[26:28] L'ennui,
[26:29] c'est qu'aujourd'hui,
[26:29] il y a un vrai mur entre les gamins qui ont du culot et qui ont de la gnaque et ceux qui sont décisionnaires.
[26:35] Alors qu'avant,
[26:36] on pouvait se croiser.
[26:37] On pouvait y aller.
[26:38] En tout cas,
[26:38] nous,
[26:38] on a quand même pas mal d'histoires.
[26:40] On a entendu plein d'histoires de...
[26:41] On écrit sur LinkedIn,
[26:42] on rencontre un forum,
[26:44] tel ou tel dirigeant ou dirigeante.
[26:45] Quand vous êtes gamin,
[26:46] vous avez 20 ans,
[26:47] vous sortez du bac,
[26:48] vous allez dans des forums sur LinkedIn.
[26:49] Ce n'est pas évident.
[26:50] Non,
[26:51] mais c'est vrai qu'aujourd'hui,
[26:52] on sait que la force du réseau est la force du mouvement.
[26:54] Absolument.
[26:55] Ça,
[26:55] c'est toujours vrai.
[26:56] Ça n'a pas changé.
[26:56] C'est fait par Internet.
[26:58] Mais je dirais que ce sont des gens un peu plus âgés.
[27:00] Et c'est bien aussi d'ailleurs pour les femmes,
[27:01] parce que les femmes longtemps n'étaient pas très réseaux.
[27:03] Et elles le sont maintenant très,
[27:05] très réseaux.
[27:05] Donc ça,
[27:05] c'est un vrai progrès.
[27:07] Mais bon.
[27:08] Quand on voit les gamins qui se dépatouillent avec le parcours sup,
[27:12] c'est compliqué aujourd'hui.
[27:13] Moi j'ai deux filles de 24 ans qui galèrent un peu parce qu'elles ont un peu ce caractère à ne pas vouloir rentrer dans le système.
[27:22] Et en même temps,
[27:23] elles sont créatives et ça pulse.
[27:27] Mais c'est beaucoup plus compliqué parce qu'elles ne rencontrent pas les mêmes personnes,
[27:30] parce que tout est maintenant des organigrammes complexes avec des barrages à tous les étages.
[27:35] Alors qu'est-ce que vous connaissez si bien le Cambodge ?
[27:37] Qu'est-ce qu'on devrait plus regarder du Cambodge ?
[27:40] Quelles sont les qualités de ce pays ?
[27:43] Parce que c'est vrai qu'on dit toujours que c'est les pays développés qui apprennent.
[27:48] Donc j'aimerais bien savoir,
[27:50] qu'est-ce que vous pouvez nous décrire du Cambodge que vous ne connaissez probablement pas bien en France ?
[27:54] Moi ce qui m'a beaucoup marquée au Cambodge,
[27:57] c'est que malgré une très grande pauvreté,
[27:59] c'est un pays qui est toujours en train de sourire.
[28:02] C'est-à-dire que vous vous baladez dans les villages.
[28:04] Ils vont vous proposer de l'eau.
[28:07] Ils ne m'en disent pas.
[28:08] C'est très rare.
[28:09] À part les handicapés,
[28:10] personne ne m'en dit.
[28:11] Et ils ont toujours une espèce de joie de vivre.
[28:15] Ils apprécient.
[28:16] C'est vrai que c'est un très beau pays,
[28:17] le Cambodge.
[28:18] Ils ont une philosophie qui est assez incroyable.
[28:20] Donc ça,
[28:21] c'est quelque chose qui vous porte.
[28:22] Ça aggrave de vous battre pour un peuple qui est souriant,
[28:26] qui est serviable,
[28:27] qui est dans la douceur.
[28:29] Alors en même temps...
[28:29] C'est toujours compliqué parce que ce peuple est dans la douceur et puis en même temps quand on se tourne vers le passé,
[28:33] on voit que ça n'a pas toujours été,
[28:34] c'est la grande complexité de l'humain.
[28:36] Il peut être,
[28:37] voilà,
[28:37] sur un même peuple,
[28:38] vous avez des gens qui sont formidables,
[28:39] vous avez des gens qui peuvent être extrêmement,
[28:40] extrêmement violents.
[28:41] Donc ça,
[28:42] ça me marque et puis moi je suis étonnée aussi de la résilience de mes gamines parce que je sais d'où elles viennent.
[28:46] D'ailleurs c'est pas pour rien qu'on dit qu'on reconstruit des maisons.
[28:50] On est obligé de reconstruire les maisons avec les moussons parce que sinon il y a l'eau qui monte,
[28:54] il y a les rats qui rentrent dans les paillasses,
[28:56] etc.
[28:57] Absolument,
[28:58] elles viennent vraiment d'un univers dur.
[29:00] Et à quelle vitesse elles adoptent nos codes,
[29:04] elles arrivent à passer outre,
[29:06] elles se projettent.
[29:08] Quand je vois nous dans nos pays,
[29:10] enfin en France tout au moins,
[29:13] et avec raison parce que je crois qu'on est devenus beaucoup plus fragiles,
[29:16] on diagnostique beaucoup plus rapidement des traumatismes chez les enfants,
[29:20] des tas de choses parce que je crois qu'on est devenus très fragiles,
[29:23] alors que chez ce peuple-là,
[29:25] les enfants sont très résilients.
[29:26] et sont très résistants.
[29:28] Est-ce que vous pourriez être,
[29:29] si on vous le demandait,
[29:30] ministre de l'Éducation ?
[29:31] Non.
[29:32] Franchement,
[29:33] là,
[29:33] je vous ai dit.
[29:35] Tout de suite.
[29:36] Ça,
[29:36] au moins,
[29:36] ça,
[29:36] c'est sûr.
[29:37] Je suis en liberté.
[29:38] Non,
[29:38] non.
[29:38] Mais attendez,
[29:39] je sais très bien qu'à partir du moment où vous faites de la politique,
[29:41] vous ne voulez plus faire du tout ce que vous voulez.
[29:43] Ce n'est pas possible.
[29:43] Vous voyez bien,
[29:44] à chaque fois,
[29:45] c'est des montées de boucliers,
[29:46] c'est les syndicats,
[29:47] il ne faut pas dire si,
[29:48] il ne faut pas fâcher un tel,
[29:49] il ne faut pas quitter avec un tel.
[29:50] C'est à l'inverse de mon caractère.
[29:53] Non,
[29:53] je vous prévirois tout de suite.
[29:54] Mais quelle recommandation numéro un vous pourriez...
[29:56] Refaire les comptes.
[29:58] regarder comment il dépensait l'argent.
[30:00] Moi,
[30:00] je suis sidérée quand je vois les sommes astronomiques qui partent dans des décorations de mairies pour les Jeux Olympiques.
[30:07] Et puis surtout,
[30:08] ce qui m'étonne,
[30:09] c'est le coût.
[30:10] Est-ce que ce sont les marchés publics ?
[30:12] Mais quand je vois le prix d'un collège,
[30:14] c'est des dizaines de millions.
[30:16] Il ne faut quand même pas exagérer.
[30:19] Ça ne coûte pas ce prix-là.
[30:19] Mais comment ça se fait que tout coûte si cher ?
[30:22] Donc,
[30:24] je pense qu'il faut voir comment l'argent est dépensé.
[30:28] Mettre l'argent où c'est important,
[30:29] la santé,
[30:30] l'éducation,
[30:31] bien sûr.
[30:32] Je pense que c'est les deux priorités majeures.
[30:35] Mais bon,
[30:36] c'est un autre débat,
[30:37] très politique,
[30:39] très économique.
[30:41] Donc,
[30:41] vous qui avez consacré une partie de votre vie aux jeunes filles,
[30:45] qu'est-ce que pour vous être une femme véritablement libre ?
[30:48] Une femme libre,
[30:49] c'est une femme qui peut suivre son chemin sans entrave.
[30:53] Déjà,
[30:53] ça commence par avoir un peu les herbes du savoir pour se battre.
[30:56] C'est ce que je dis,
[30:56] c'est pour ça que je me suis mise sur l'éducation des filles.
[30:58] Parce que je sais très bien que la meilleure façon pour ne pas s'en sortir,
[31:01] c'est l'autonomie,
[31:03] d'abord l'autonomie économique qu'ont eu nos mères.
[31:06] Dès qu'elles ont commencé à pouvoir avoir un compte en banque à elles,
[31:08] elles ont pu se libérer.
[31:11] Et puis,
[31:11] effectivement,
[31:12] c'est d'avoir de la culture,
[31:12] c'est de pouvoir choper un boulot.
[31:14] Donc,
[31:14] après,
[31:15] une fois qu'on est là-dedans,
[31:16] on peut ne pas être libre.
[31:18] On peut être complètement aliéné par la représentation de soi-même,
[31:25] par la mode.
[31:27] le jeunisme,
[31:28] par plein de choses comme ça.
[31:29] Bien sûr,
[31:30] il y a des tas de formes d'aliénation qui sont construites par nos sociétés,
[31:34] dans lesquelles on peut plonger,
[31:35] même quand on a les libertés économiques.
[31:37] C'est-à-dire que parfois,
[31:38] on remplace une aliénation par une autre.
[31:39] C'est ça qui est un peu dommage.
[31:41] C'est vrai.
[31:41] Alors justement,
[31:42] qu'est-ce qui pourrait vous choquer aujourd'hui,
[31:44] ou pas choquer,
[31:44] mais qu'est-ce qui vous dérange chez les femmes aujourd'hui et que vous aimeriez que ça change,
[31:50] ou rien du tout,
[31:51] que vous trouviez...
[31:52] Écoutez,
[31:52] je trouve qu'elles sont plutôt méritantes quand même.
[31:54] Elles ouvrent leur gueule,
[31:54] c'est bien.
[31:56] C'est bien de voir que dans les manifs,
[31:57] il y a tant de femmes.
[31:58] Je trouve qu'elles sont quand même décourageuses,
[32:00] les femmes.
[32:01] Quand je vois le nombre de familles monoparentales,
[32:03] c'est souvent des femmes.
[32:05] Quand je vois comment elles gèrent entre leurs boulots,
[32:07] souvent elles sont payées des clopinettes,
[32:09] leurs gamins,
[32:09] etc.
[32:10] Moi,
[32:11] elles m'inspirent quand même beaucoup de respect.
[32:15] Vraiment.
[32:16] Mais depuis toujours.
[32:17] Depuis toujours,
[32:18] j'ai trouvé qu'elles sont assez épatantes quand même.
[32:22] C'est pour ça que c'est important qu'il y en ait beaucoup plus au poste de décision.
[32:24] C'est aussi le but de cette école,
[32:26] c'est que ces femmes,
[32:26] avec cette volonté,
[32:28] il faut leur donner des responsabilités.
[32:31] Alors évidemment,
[32:32] il faut qu'elles aient des valeurs.
[32:33] J'ai toujours voulu enseigner les cours de valeurs d'ouverture sur les eaux,
[32:36] d'ouverture sur le monde,
[32:37] parce que c'est juste pour gagner du fric à l'arrivée.
[32:40] C'est un petit peu dommage de faire tout ça.
[32:41] Mais par contre,
[32:42] elles peuvent vraiment faire avancer la société,
[32:44] j'en suis convaincue.
[32:45] Oui,
[32:45] que l'énergie collective est ultra puissante,
[32:48] mais que l'énergie collective féminine est absolument hallucinante.
[32:52] Et c'est vrai que c'est pour ça qu'il n'y a aucune raison que la société nous empêche d'être ensemble,
[32:56] parce qu'ensemble,
[32:57] on est plus fort.
[32:57] C'est tout son intérêt et pourtant,
[32:59] c'est tout le contraire qui se passe.
[33:00] C'est-à-dire qu'on voit que dès que ça se durcit,
[33:02] dès que une politique devient un peu dictature,
[33:06] le premier truc,
[33:06] c'est qu'on coupe l'instruction aux femmes.
[33:09] On leur coupe leur liberté.
[33:10] Comme si on avait peur,
[33:11] finalement,
[33:12] des femmes pour pouvoir diriger comme on veut.
[33:16] C'est quelque chose d'assez récurrent.
[33:17] Donc aujourd'hui,
[33:18] vous l'avez dit,
[33:19] vous avez une société avec...
[33:23] Comme une société,
[33:24] vous gérez une association qui,
[33:28] comme une société,
[33:29] gère des entrées,
[33:32] des salariés.
[33:34] Quelle est la chose que vous considérez ?
[33:36] Vous êtes comme une entrepreneur ?
[33:38] Oui,
[33:38] c'est sûr que diriger une association,
[33:40] c'est comme diriger une grosse boîte.
[33:41] C'est exactement pareil.
[33:42] C'était ça ce que je voulais dire.
[33:42] Il y a le service RH,
[33:43] il y a la finance,
[33:44] il faut être hyper réglo.
[33:46] C'est ça.
[33:46] Quelle est la chose que vous trouvez le plus dure aujourd'hui ?
[33:49] Est-ce que vous vous sentez davantage humanitaire ou davantage entrepreneur ?
[33:53] Alors,
[33:55] le plus dur pour moi,
[33:55] c'est les RH.
[33:56] Je ne trouve qu'il n'y a rien de plus difficile de recruter.
[33:58] Parce qu'autant bâtir un cursus,
[34:01] emmener les petites filles là,
[34:03] diagnostiquer les nouveaux métiers,
[34:05] les écoles,
[34:05] etc.
[34:06] Ça fait appel rationnel,
[34:08] on va dire.
[34:10] RH,
[34:11] vous êtes dans l'humain.
[34:12] Et moi,
[34:12] j'avoue que je suis une mauvaise recruteuse.
[34:14] Parce qu'il suffit que...
[34:15] on commence à parler effectivement des enfants,
[34:17] de leurs problèmes,
[34:18] etc.
[34:18] On va me mettre dans l'empathie.
[34:20] Et je vais trouver la personne,
[34:20] c'est heureusement sympathique,
[34:22] vous voyez.
[34:23] Donc,
[34:24] je ne suis pas une bonne recruteuse.
[34:25] Donc,
[34:25] généralement,
[34:26] j'arrive un peu sur des postes importants.
[34:29] Parce que c'est très,
[34:30] très faux,
[34:31] s'entendre avec les gens.
[34:32] Je viens après,
[34:33] mais je les fais quand même recevoir par des personnes dont c'est vraiment le métier.
[34:37] Je trouve que c'est ce qui est le plus dur.
[34:39] Oui,
[34:39] c'est vrai.
[34:40] La capacité.
[34:41] Et puis,
[34:41] c'est au Cambodge.
[34:42] Au départ,
[34:43] ça va mieux.
[34:43] Mais aller trouver des bons profs,
[34:44] il y a 20 ans.
[34:45] à les trouver.
[34:46] Donc,
[34:46] on a fait beaucoup de formations en interne.
[34:48] Donc,
[34:48] il faut faire progresser les gens.
[34:50] Il faut leur donner envie de rester là.
[34:51] Il faut qu'ils aient des superbes conditions de travail.
[34:53] Tout ça,
[34:54] c'est énormément d'énergie.
[34:55] En même temps,
[34:55] c'est important parce que c'est comme ça que le reste avance.
[34:58] Alors,
[34:58] vous avez eu plusieurs vies,
[34:59] on le voit bien,
[35:00] on arrive bientôt au bout de l'interview.
[35:05] Qu'est-ce que l'âge vous a appris sur les relations humaines ?
[35:08] Qu'est-ce que l'âge m'a appris sur les relations humaines ?
[35:11] Écoutez,
[35:14] je crois que je me suis rendue compte assez vite que les adultes étaient un peu décevants.
[35:20] C'est pour ça peut-être que j'aime bien les enfants.
[35:22] J'ai cette taïveté de croire qu'ils sont encore purs.
[35:24] Et je me suis rendue compte que vraiment,
[35:26] on est une drôle d'espèce.
[35:28] Parce que vous avez des gens qui sont tellement,
[35:30] tellement à l'opposé,
[35:31] même que je croise au quotidien.
[35:33] Je sais que quand j'irigeais Marie-Claire,
[35:34] j'avais affaire à ce moment-là aux annonceurs.
[35:36] Bon,
[35:36] évidemment,
[35:37] la tête de Marie-Claire,
[35:37] autant vous dire que j'avais tapis rouge partout.
[35:40] Et donc,
[35:41] les gens étaient extrêmement sympathiques avec moi.
[35:43] Après,
[35:43] quand j'ai monté mon ONG,
[35:46] j'ai été les voir,
[35:46] j'étais devenue un peu une tapeuse professionnelle.
[35:48] On est d'accord.
[35:49] Et donc là,
[35:50] j'ai vu des gens qui,
[35:51] en tant qu'annonceurs,
[35:52] n'étaient pas forcément les plus...
[35:54] Même un peu snob,
[35:55] un peu...
[35:56] Et finalement...
[35:57] avaient énormément de cœur.
[35:59] Et d'autres qui étaient tellement cool et d'un seul coup,
[36:02] ils faisaient demi-temps quand ils voyaient arriver.
[36:04] Et je me suis dit,
[36:05] alors soit je n'ai pas la télécommande,
[36:07] mais je pense que j'ai toujours eu du mal à décrypter et j'ai toujours été fascinée par la différence d'humanité qu'il y a chez chacun.
[36:16] Vraiment,
[36:16] c'est quelque chose qui me pâte encore.
[36:19] Et quel est votre rapport à la spiritualité ?
[36:23] J'aimerais bien.
[36:25] J'aimerais bien croire qu'il y a quelqu'un en haut ou quelque chose après.
[36:30] Je suis un peu trop rationnelle pour cela.
[36:33] J'ai plus tendance à penser qu'on a eu d'autres vies avant et qu'éventuellement,
[36:38] parce que je trouve que c'est déjà tellement incroyable qu'on soit là au niveau statistique,
[36:45] que je dirais que c'est presque moins incroyable si c'est plusieurs fois qu'une seule fois.
[36:48] Donc je pense qu'il y a peut-être quelque chose de genre,
[36:52] pour une raison x ou y.
[36:53] Mais par contre,
[36:54] non,
[36:55] je n'ai pas cette aide.
[36:56] J'aimerais bien parce que je pense que ça doit vraiment adoucir les choses.
[36:59] Mais moi,
[36:59] j'ai une autre aide quand même.
[37:01] C'est vrai que de sentir qu'il y a des...
[37:04] J'ai une petite qui m'a dit quand on lui a refait sa maison,
[37:07] ça m'a beaucoup touchée.
[37:09] Personne n'avait été l'interviewer,
[37:10] j'ai vu la vidéo,
[37:10] j'en connais très bien cette petite.
[37:12] Elle a dit,
[37:13] quand j'ai su que j'allais avoir une nouvelle maison,
[37:14] j'ai pas pu dormir.
[37:16] J'arrivais pas à penser que j'allais avoir une vraie maison.
[37:18] Et j'imaginais dans son lit,
[37:20] en train de pas dormir,
[37:22] parce que...
[37:22] Elle savait qu'on allait lui construire une vraie maison.
[37:25] Et ça,
[37:26] écoutez,
[37:26] je trouve que ça vaut de croire en Dieu.
[37:29] Vous voyez ?
[37:31] Moi,
[37:31] ça me fait vraiment chaud au cœur.
[37:32] Vraiment.
[37:33] Et au Cambodge,
[37:33] ils ont quand même une spiritualité assez...
[37:35] Oui,
[37:36] ils sont principalement bouddhistes.
[37:37] Principalement.
[37:38] Oui,
[37:38] oui.
[37:39] Ils sont plus superstitieux,
[37:40] finalement,
[37:40] quand vous voyez un peu.
[37:41] Je me souviens,
[37:42] quand j'avais ouvert l'école,
[37:43] j'avais oublié d'installer un temple.
[37:44] Il y avait tellement de choses à installer.
[37:46] Donc,
[37:46] j'avais oublié de mettre le temple avec les trucs,
[37:48] etc.
[37:48] Et j'avais,
[37:49] à l'époque,
[37:50] des professeurs que j'hébergeais sur place.
[37:51] Elle me disait qu'elle ne dormait pas la nuit parce qu'il y avait des fantômes.
[37:55] Parce qu'on avait oublié de mettre le temple,
[37:56] donc il y avait des fantômes partout.
[37:58] Donc,
[37:58] il y a beaucoup de croyances et beaucoup de superstitions.
[38:02] Et donc,
[38:02] elles n'ont pas réussi à vous entraîner dans ce bouddhisme ?
[38:05] Ah non,
[38:06] non,
[38:06] non.
[38:06] D'abord,
[38:06] il faudrait que je ralentisse un peu l'allure.
[38:08] Je vois que j'ai le temps.
[38:10] Non,
[38:11] non.
[38:11] Et puis,
[38:11] on n'est pas du tout dans ce genre d'échange.
[38:13] Je pense que c'est quelque chose qui...
[38:14] De toute façon,
[38:15] j'ai toujours pensé que la religion,
[38:16] c'était quelque chose de très personnel.
[38:18] Et quelle est l'histoire d'une des petites filles que vous avez accompagnée ?
[38:21] qui vous a le plus touché ?
[38:23] Il y en a une qui me touche beaucoup,
[38:25] c'est une petite fille qui a eu un accident domestique.
[38:27] Elle a été brûlée par un chaudron,
[38:28] ils ont souvent des chaudrons là-bas dans les maisons.
[38:30] Et donc elle est brûlée jusqu'à la taille,
[38:32] mais vraiment à un point comme si elle avait été couverte d'acide.
[38:34] Et c'est une Française qui m'a appelée à l'association en France et qui m'a dit,
[38:38] écoutez,
[38:38] j'ai rencontré une petite Cambodgienne qui était soignée à Caen,
[38:41] je crois que c'était à Caen,
[38:42] pour faire des opérations tellement elle était défigurée.
[38:45] Et bien elle n'habitait pas du tout dans notre coin.
[38:46] Donc je l'ai fait,
[38:47] je l'ai scolarisé à Pichandara.
[38:49] En même temps,
[38:50] j'ai pris sa soeur qui était un peu plus grande,
[38:51] parce que c'est important de ne pas les séparer.
[38:53] Et cette petite,
[38:54] ça fait maintenant,
[38:55] ça doit faire à peu près 5 ans qu'elle est là.
[38:57] Et c'était terrible,
[38:57] parce que tout le monde la regardait.
[38:58] En plus,
[38:59] ce qui est terrible au Cambodge,
[38:59] c'est que si vous êtes défigurée,
[39:00] c'est qu'on pense que vous avez un mauvais karma.
[39:02] Donc,
[39:02] on n'est pas forcément gentil avec vous.
[39:04] Donc,
[39:04] elle grandit dans un de nos internats,
[39:06] où plus personne ne la regarde,
[39:07] bien sûr.
[39:08] Et donc,
[39:09] elle va,
[39:10] elle collectionne des bonnes notes.
[39:12] Elle est super,
[39:13] elle a un caractère.
[39:14] C'est incroyable comme elle a changé de cette petite.
[39:15] Et comme elle est heureuse.
[39:16] Alors,
[39:17] évidemment,
[39:17] on se pose tous la question.
[39:19] Qu'est-ce qu'on va faire après,
[39:20] quand elle va être confrontée au regard extérieur ?
[39:22] Donc on va voir comment on peut la faire réopérer,
[39:24] comment on peut arranger un petit peu son visage.
[39:27] Mais Chen,
[39:27] c'est vraiment une...
[39:28] D'ailleurs,
[39:29] c'est une petite que j'ai voulu parrainer.
[39:31] Vous savez,
[39:31] on fait parrainer les enfants par des familles.
[39:35] Et d'ailleurs,
[39:35] j'en profite pour dire que c'est bien de parrainer une petite fille,
[39:38] parce que c'est le meilleur modèle économique qui existe pour une ONG.
[39:40] Ça coûte 39 euros par mois,
[39:41] ça fait 13 euros après des fiscalisations,
[39:44] autant dire que c'est rien.
[39:45] Et moi,
[39:45] du coup...
[39:46] Même si ça n'a pas beaucoup de sens,
[39:47] puisque je suis à fond là-dedans.
[39:49] Je me suis dit,
[39:49] cette petite,
[39:50] pour son avenir,
[39:50] donc je les prends parrainage.
[39:52] Et je trouve ça très,
[39:53] très touchant de la voir qui virevolte dans la cour de récré,
[39:56] qu'elle se ferait jusque-là.
[39:58] J'imagine ce que ça aurait été autrement.
[40:01] Écoutez,
[40:01] Tina,
[40:01] on a été ravies de vous recevoir.
[40:02] On vous souhaite un merveilleux anniversaire et
[40:04] 10 ans,
[40:05] 20 ans,
[40:05] 30 ans,
[40:06] 40 ans encore d'évolution,
[40:09] de succès,
[40:10] de rêve,
[40:10] de rien n'est impossible.
[40:12] En tout cas,
[40:12] vous m'avez convaincue.
[40:13] Moi,
[40:13] je serais ravie.
[40:14] De maraîner ?
[40:15] Mais évidemment.
[40:16] Mais on ne dit pas maraîner.
[40:17] Maraîner,
[40:18] vous avez raison.
[40:18] De maraîner.
[40:19] Voilà.
[40:21] Et je me souviens,
[40:21] en tout cas,
[40:21] moi,
[40:22] mon père...
[40:22] En plus,
[40:22] on a besoin de maraîner.
[40:23] de parrain.
[40:24] Donc je suis ravie,
[40:25] c'est effectivement pas grand-chose,
[40:26] ça peut changer la trajectoire d'une jeune fille,
[40:28] et on serait ravies de vous recevoir pour que vous nous racontiez la suite.
[40:31] Exactement.
[40:32] Merci Tina,
[40:33] et pour cette énergie incroyable.
[40:34] Eh bien,
[40:35] merci beaucoup de m'avoir accueillie,
[40:36] comme ça j'ai pu parler de toutes à l'école,
[40:38] merci.
[40:38] Avec plaisir.
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