# Comment le Projet Manhattan a-t-il changé le cours de l'Histoire ? - LFH

An episode of [La Folle Histoire](https://invisiblenetwork.ai/podcast/1828450248), 24 Jul 2025, 29 min.

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Pendant la Seconde Guerre mondiale, loin des champs de batailles, des scientifiques dont le physicien Robert Oppenheimer travaillent dans le plus grand secret à la fabrication de la bombe atomique. Aujourd'hui je vous raconte l'histoire du projet qui a vu naitre la première bombe A: le Projet Manhattan...

## Transcript

[0:00] En 1965, la chaîne NBC diffuse cette interview et maintenant je
[0:03] suis devenu la mort.
[0:29] Le destructeur des mondes, ce sont ces mots issus des textes
[0:33] sacrés hindous, qui viennent à l'esprit de Robert Topenheimer,
[0:36] ce 16 juillet 1945, lorsqu'il vit exploser sous ses yeux
[0:40] Trinity, la première bombe atomique de l'histoire pendant
[0:44] la 2nde Guerre mondiale. Bien loin des champs de
[0:49] bataille, les scientifiques les plus brillants de leur époque
[0:52] ont travaillé dans le plus grand secret à fabriquer l'arme la
[0:55] plus puissante jamais conçue. La bombe atomique mais d'où
[1:01] vient l'idée de la bombe atomique ?
[1:03] Comment est ce que les Américains ont été convaincus
[1:05] d'investir des milliards dans le projet ?
[1:07] Comment est ce qu'elle a été fabriquée ?
[1:09] Et surtout, est ce qu'elle a vraiment permis de mettre fin à
[1:12] la guerre ? Pas si sûr.
[1:35] Bon, déjà l'idée de créer une arme utilisant l'énergie
[1:38] atomique. Ça date clairement pas de la
[1:40] 2nde Guerre mondiale, bien avant d'être un programme d'armement.
[1:43] Ça a surtout été pendant longtemps un fantasme de
[1:45] chercheurs dans les universités. Pour comprendre ça, il nous faut
[1:48] revenir au début du 20e siècle. À cette époque, ça fait déjà un
[1:53] moment que l'on connaît les atomes.
[1:55] C'est ce qui nous compose, nous, mais aussi tout ce qui est
[1:57] autour de nous. Au début des années 1900, les
[2:00] physiciens imaginent l'atome comme une sorte de petit système
[2:03] solaire. Avec en son centre un noyau et
[2:08] des électrons qui gravitent autour, le noyau d'un atome est
[2:11] composé de 2 éléments, des protons et des neutrons.
[2:15] Bon, normalement, si vous avez suivi des cours de physique
[2:18] jusqu'au collège, vous êtes pas trop perdu.
[2:20] Dans les années 30, les physiciens comprennent donc un
[2:22] peu mieux comment fonctionnent les atomes, mais le casse-tête
[2:25] ne fait que commencer. Une nouvelle avancée importante
[2:27] a lieu en 1938. Problème, cette découverte est
[2:29] faite en Allemagne, où les nazis sont au pouvoir.
[2:34] Le chimiste Otto Han et son assistant Fritz Strassman
[2:37] découvrent que si l'on bombarde un noyau d'uranium avec des
[2:40] neutrons, il est possible de le casser en 2.
[2:43] Communiquant par le biais de lettres avec la physicienne
[2:45] autrichienne Lise meitner et son neveu auto frich, tous 2 exilés
[2:49] en Suède pour échapper au nazisme, tous arrivent à la même
[2:52] conclusion en se basant sur les récents travaux d'un certain
[2:55] Albert Einstein, Ils appliquent la formule e égal MC 2 et
[2:59] découvrent que l'uranium perd de la masse lorsqu'il se fissure.
[3:02] En gros, les 2 morceaux d'atomes qui viennent de se casser sont
[3:05] devenus plus légers que lorsqu'ils ne formaient qu'un.
[3:08] Et comme c'est impossible que cette masse disparaisse
[3:10] totalement, c'est bien qu'elle sait changer en quelque chose
[3:13] d'autre. Cette chose, c'est de la chaleur
[3:15] et de l'énergie cinétique, autrement dit une explosion.
[3:19] Otto Anne et son comparse viennent de réaliser une fission
[3:22] nucléaire. D'autres découvertes suivent.
[3:25] Début 1939, plusieurs physiciens, dont le français
[3:27] Frédéric Joliot Curie, observent que la fission de l'uranium.
[3:32] Projette des neutrons capables à leur tour de briser d'autres
[3:35] noyaux, et ainsi de suite. C'est à dire que l'on peut créer
[3:39] une réaction en chaîne. Et logiquement, plus la réaction
[3:42] en chaîne est grande, plus l'énergie dégagée est
[3:45] importante. Mais on découvre aussi que cette
[3:47] fission ne se contente pas que de libérer de l'énergie.
[3:50] Elle émet aussi de la radioactivité.
[3:52] C'est là que le monde scientifique prend conscience de
[3:54] 2 possibilités. Si cette réaction en chaîne est
[3:57] contrôlée, alors ça veut dire que l'on pourrait canaliser
[4:00] l'énergie produite. C'est ce qui donnera quelques
[4:02] années après les centrales nucléaires, où c'est la chaleur
[4:04] dégagée par la fission d'atomes d'uranium qui permet de créer de
[4:07] l'électricité. Mais si on décide de créer une
[4:11] réaction en chaîne non contrôlée, alors on pourrait
[4:14] obtenir une arme dévastatrice. En Allemagne, Hitler est au
[4:24] pouvoir depuis 1933 et une partie de la communauté
[4:26] scientifique n'a alors qu'une crainte, que les nazis puissent
[4:29] un jour fabriquer une arme utilisant la fission atomique.
[4:31] Car les nazis s'intéressent eux aussi à l'atome.
[4:35] Dès le mois d'avril 1939, les nazis lancent le projet uranium,
[4:38] un vaste programme de recherche atomique supervisé par l'armée
[4:42] allemande. C'est pourquoi, à la veille du
[4:44] déclenchement de la 2nde Guerre mondiale.
[4:49] Plusieurs scientifiques décident de solliciter le gouvernement
[4:51] américain. Mais pourquoi l'Amérique ?
[4:54] Eh bien, c'est assez simple. Sous la présidence de Franklin
[4:57] Roosevelt, au pouvoir depuis 1932, le pays est en train de se
[5:00] relever doucement de la crise économique de 1929. l'Amérique a
[5:02] une main d'œuvre qualifiée, beaucoup d'argent et de gros
[5:04] moyens matériels. Les États-Unis sont donc le
[5:11] meilleur choix, surtout qu'ils ont l'avantage d'être à des
[5:14] milliers de kilomètres de la menace allemande.
[5:16] C'est pourquoi un petit groupe de physiciens, dont Léo Zilard,
[5:19] réussissent à convaincre Einstein de signer un courrier
[5:22] destiné à Roosevelt, ce qu'il fait le 2 août 1939.
[5:25] Dans leur lettre, ils informent le président américain des
[5:28] risques que représente la réaction en chaîne de l'uranium
[5:31] qui pourraient conduire à la création d'armes extrêmement
[5:33] puissantes. D'après eux, une seule bombe
[5:37] pourrait être capable d'anéantir une ville de taille moyenne.
[5:40] Ils donnent également à Roosevelt une information
[5:42] cruciale et plutôt inquiétante. l'Allemagne a récemment
[5:47] interrompu la vente d'uranium. Il semble que les Allemands se
[5:50] soient récemment découvert un besoin en uranium, dont ils ont
[5:53] acquis de grandes réserves après avoir annexé la Tchécoslovaquie.
[5:56] Cela ne veut dire qu'une chose, les scientifiques allemands font
[6:00] déjà eux aussi de la recherche atomique.
[6:03] À ce stade, personne ne sait si la création d'une bombe serait
[6:06] possible, mais on préfère pas prendre de risque pour fabriquer
[6:09] une bombe. On connaît déjà l'uranium 238
[6:11] qui est le plus abondant, mais on pense qu'il n'est pas
[6:14] possible de créer une arme avec. En revanche, un autre isotope
[6:17] plus facilement fissible, l'uranium 235 pourrait
[6:19] fonctionner. Problème, pour l'obtenir, il
[6:20] faut enrichir du 238. Et ça, c'est un procédé qui est
[6:25] très coûteux et très dangereux. Surtout qu'à cette époque, on
[6:27] n'est même pas sûr que l'on puisse vraiment en fabriquer.
[6:32] Einstein et d'autres scientifiques réclament donc aux
[6:35] Américains un soutien financier et matériel dans la recherche
[6:38] atomique. Vous l'aurez d'ailleurs compris,
[6:40] contrairement à ce que l'on peut entendre parfois, non, Einstein
[6:43] n'a pas inventé la bombe atomique.
[6:45] Il a juste signé une lettre pour Roosevelt qui a été l'impulsion
[6:48] qui a conduit au projet Manhattan.
[6:50] Par la suite, il a d'ailleurs avoué avoir regretté écrit cette
[6:53] lettre. Sa lettre envoyée en août.
[6:56] Einstein ne recevra une réponse qu'en octobre, après qu'Hitler
[6:59] ait lancé son invasion de la Pologne.
[7:02] Après ça, quelques programmes sont donc lancés aux États-Unis,
[7:05] mais rien de très ambitieux pour le moment.
[7:08] Le seul vrai changement pour le moment, c'est la censure de
[7:11] toutes les publications scientifiques qui ont plus ou
[7:13] moins un rapport avec la recherche dans le nucléaire.
[7:16] Le but est d'éviter d'éveiller les soupçons des puissances
[7:18] étrangères qui pourraient penser que l'Amérique développe une
[7:21] arme atomique. Pendant que l'Allemagne met à
[7:24] genoux une partie de l'Europe, elle met la main sur les
[7:26] réserves d'eau lourde de la Norvège, élément essentiel à
[7:30] leur recherche atomique. Au même moment, en Californie,
[7:34] les physiciens de l'université de Berkeley développent une
[7:37] alternative à l'uranium 235, le neptunium, un métal radioactif.
[7:40] En février 1941, après quelques années de recherches, le
[7:43] chimiste Glenn Cyborg décide d'enrichir le neptunium et
[7:46] réussit à créer pour la première fois du plutonium.
[7:50] On découvre ensuite rapidement que ce plutonium peut lui aussi
[7:54] être fissible, tout comme l'uranium 235.
[8:00] Et en plus de ça, la production de plutonium est beaucoup plus
[8:03] simple et moins chère que l'uranium.
[8:05] Mais pour le moment tout ça reste très théorique.
[8:08] Le gouvernement américain a subventionné quelques programmes
[8:10] par ci par là, mais pour le moment ça reste très timide.
[8:13] En même temps, pour quoi faire ? l'Amérique est ultra
[8:16] isolationniste et on parle quand même d'une guerre qui a lieu
[8:19] hyper loin. Y a vraiment aucune raison qui
[8:21] pourrait pousser l'Amérique à développer en urgence une bombe
[8:24] atomique. Vraiment aucune.
[8:31] Ouais, je vais peut être parler trop vite.
[8:33] Le 7 décembre 1941, l'attaque japonaise contre la base
[8:35] américaine de Pearl Harbor, Hawaii, jette les États-Unis
[8:37] dans la 2nde Guerre mondiale. Immédiatement, le gouvernement
[8:40] américain mobilise tous ces scientifiques pour concevoir des
[8:44] innovations pour la Marine, l'armée de l'air et
[8:46] l'infanterie. Mais le département de la
[8:49] défense souhaite aussi se doter de cette nouvelle arme
[8:51] surpuissante dont parlent les physiciens, bien qu'elle soit
[8:53] encore hypothétique. C'est le début, en 1942, d'un
[8:59] programme top secret pour mettre au point une arme atomique.
[9:01] Nom de code projet, Manhattan. À sa tête, le général Leslie
[9:05] Groves, du corps des ingénieurs militaires.
[9:08] Il obtient de suite des moyens matériels et financiers
[9:10] considérables. Avec un budget de 2 milliards de
[9:14] dollars étalé sur 5 ans. Une somme titanesque pour
[9:16] l'époque. Groves veut mettre en place un
[9:19] archipel d'usines, de laboratoires et de bases
[9:21] militaires sur tout le territoire américain.
[9:25] Le projet va évidemment nécessiter des dizaines de
[9:27] milliers de personnes à travers tout le pays, mais il faut bien
[9:29] comprendre que la plupart des gens qui travaillent dessus
[9:31] ignorent sa finalité. Les gens connaissent le strict
[9:34] nécessaire pour accomplir leur tâche et c'est tout.
[9:36] D'ailleurs, je suis tombé sur l'anecdote d'une femme qui, des
[9:39] années après le projet Manhattan, a découvert en allant
[9:41] dans un musée une photo qui était pour une exposition
[9:44] consacrée au projet Manhattan. Une photo sur laquelle elle
[9:47] apparaissait alors que jusque là elle ignorait totalement qu'elle
[9:51] avait travaillé sur le projet. La plus grande crainte de
[9:54] Groves ? C'est l'espionnage aussi bien
[9:56] allemand que soviétique. C'est pourquoi il fait installer
[10:00] les infrastructures du projet Manhattan dans des endroits
[10:02] isolés. La principale usine de plutonium
[10:05] est établie à Hanford, dans les montagnes de l'État de
[10:07] Washington, et pour enrichir l'uranium produit, un complexe
[10:11] secret est bâti à oakridge, dans le Tennessee, pendant qu'au même
[10:15] moment, une grande partie des travaux de recherche se sont
[10:17] conduits à l'université de Chicago.
[10:20] C'est là que le scientifique italien Enrico Fermi.
[10:23] Parvient le 2 décembre 1942 à obtenir la première réaction en
[10:26] chaîne contrôlée dans une pile de graphites et d'uranium.
[10:29] Le procédé est ensuite immédiatement repris et répété
[10:32] par les équipes du projet Manhattan, mais cette bombe, il
[10:36] faut ensuite l'assembler. C'est là qu'est construit un
[10:38] immense laboratoire d'assemblage en plein milieu du désert du
[10:41] nouveau Mexique à Los Alamos. Lieu totalement secret, le
[10:45] complexe de Los Alamos, surnommé le site, y, ne figure sur aucune
[10:50] carte. Pourtant, c'est en fait une
[10:53] véritable ville qui sort de terre en quelques mois.
[10:55] On y trouve des laboratoires, des ateliers où travaillent et
[10:59] vivent des milliers de personnes, scientifiques,
[11:02] militaires, ouvriers et employés de bureau.
[11:05] Tout est fait pour que l'existence du site reste
[11:07] secrète et de nombreux messages rappellent aux habitants que
[11:10] tout ce qu'ils font et voient doit rester ici.
[11:14] Et de prendre garde à ce qu'ils écrivent ou disent à cause du
[11:16] risque d'espionnage. A partir de février 1943.
[11:22] Groves place à la tête du programme la figure de proue de
[11:25] la physique américaine, un certain Robert Oppenheimer.
[11:29] Et ce malgré son passé plutôt ambigu de militant de gauche.
[11:33] Ouais, faut aussi que je vous raconte ça.
[11:35] Né en 1904, il est élevé parmi la bourgeoisie juive et
[11:37] progressiste de Manhattan. Après avoir obtenu son diplôme
[11:41] de chimie puis avoir passé son doctorat de physique à
[11:43] Cambridge, en Angleterre, il part ensuite poursuivre sa
[11:45] formation en Allemagne, à gottingen, où il est témoin de
[11:49] la montée du nazisme et de l'antisémitisme.
[11:52] Mais protégé par son statut d'étudiant étranger, il évite
[11:55] les ennuis. De retour aux États-Unis, il
[11:57] mène plusieurs travaux de recherche dans différentes
[11:59] universités. Parallèlement, il développe des
[12:01] opinions politiques qu'on pourrait classer plutôt à
[12:02] gauche. Il se rapproche de membres du
[12:04] Parti communiste américain et de syndicalistes défenseurs des
[12:07] droits civiques. Lorsque le FBI décide en 1937 de
[12:10] mettre sur écoute le Parti communiste américain, ses liens
[12:12] avec Oppenheimer sont clairement établis et lorsqu'il est choisi
[12:16] par Groves pour prendre la tête du projet Manhattan 6 ans plus
[12:19] tard. La crainte qu'oppenheimer soit
[12:23] un agent travaillant pour les services soviétiques refait
[12:25] surface. Il faudra un dossier de 7000
[12:28] pages qui conclut qu'oppenheimer n'est plus en lien avec le Parti
[12:31] communiste et l'intervention personnelle du général Grose
[12:34] pour lever les derniers doutes. Pour le moment.
[12:37] Arrivé à Los Alamos, Oppenheimer se sert de son immense réseau
[12:40] tissé au fil des ans entre l'Amérique et la
[12:42] Grande-Bretagne, où se trouvent également des scientifiques
[12:45] allemands exilés pour convaincre plusieurs brillants
[12:47] scientifiques de rejoindre le projet Manhattan, ce qui n'est
[12:50] pas chose évidente. Car malgré sa renommée,
[12:53] openheimer n'a pas de prix Nobel, il n'a jamais travaillé
[12:55] avec l'armée. Et surtout, tout le monde sait
[12:57] que les recherches en matière de fission nucléaire piétinent
[13:00] depuis plusieurs années. Pour servir l'effort de guerre,
[13:02] la plupart des scientifiques préfèrent se tourner vers le
[13:04] développement de sonars, de radars ou de torpilles.
[13:07] Bref, des choses plus concrètes. Pour rappel, encore une fois, on
[13:11] est toujours pas sûr qu'une bombe atomique puisse être
[13:12] réalisable, mais grâce à sa force de conviction.
[13:16] Oppenheimer parvient à convaincre certains grands noms
[13:18] de le rejoindre, comme Léo Zilard ou Enrico Fermi, qu'on a
[13:21] déjà abordé tous ces experts désormais réunis, ils vont
[13:25] pouvoir maintenant se consacrer à une seule chose, fabriquer
[13:28] l'arme absolue. Début 1944, les Américains n'ont
[13:36] désormais plus qu'une crainte, voire l'Allemagne, réussir à
[13:38] fabriquer l'arme atomique en premier.
[13:42] Mais fabriquer ce gadget, comme le surnomme les scientifiques,
[13:45] n'a rien d'évident. Des calculs complexes sont
[13:48] réalisés afin d'optimiser la taille et la forme de la bombe,
[13:52] mais aussi son mode d'allumage et la quantité de matériaux
[13:55] nucléaires nécessaires pour obtenir l'effet le plus puissant
[13:58] avec le moins de ressources possible.
[13:59] N'étant pas sûrs de ce que cela allait donner, les scientifiques
[14:02] de Los Alamos décident de fabriquer 2 bombes bien
[14:05] différentes. La première, baptisée Little
[14:08] boy, devra fonctionner avec de l'uranium 235.
[14:12] Tandis qu'une 2nde bombe Fatman utilisera du plutonium,
[14:15] plusieurs systèmes de mise à feu sont testés.
[14:18] Le premier, c'est l'implosion. On place au cœur de la bombe du
[14:21] plutonium qu'on force à s'effondrer sur lui même avec
[14:24] une petite explosion à l'intérieur de la bombe qui va
[14:27] comprimer des neutrons contre le plutonium pour déclencher la
[14:31] réaction en chair. C'est ce qui sera utilisé sur le
[14:33] gadget et sur fatman. Et le 2nd système, plus simple à
[14:37] mettre en place mais moins efficace, c'est le Gun Method.
[14:41] Qui consiste à tirer comme un coup de fusil un morceau
[14:43] d'uranium qui entre en collision avec un autre morceau placé à
[14:47] l'autre bout de la bombe. Ce qui déclenche l'explosion,
[14:50] c'est le système qui sera conservé pour Little boy.
[14:53] A l'origine, ces 2 bombes auraient dû être larguées sur
[14:56] l'Allemagne. Mais les Américains vont bientôt
[14:59] faire une découverte qui va totalement remettre en question
[15:01] cette course à la bombe. Lorsque les alliés débarquent en
[15:07] France en juin 44, ils sont suivis par un petit groupe de
[15:10] scientifiques du projet Manhattan, dirigé par le
[15:12] physicien Samuel Gutschmitt et le colonel Pach.
[15:15] Il s'agit de l'opération Alsace. Le but est de découvrir où en
[15:20] sont les Allemands dans leur programme atomique.
[15:22] Ils mettent la main sur les scientifiques du projet uranium,
[15:25] dont le physicien Werner Heisenberg à la tête du
[15:28] programme. Mais c'est là touche froide pour
[15:31] les Américains. Comme il manquait de
[15:33] connaissances, heisenberg et ses collègues avaient fini par
[15:36] penser que créer une bombe atomique était tout bonnement
[15:38] impossible. Ils avaient du coup préféré
[15:40] concentrer leurs efforts sur la création d'un prototype de
[15:42] réacteur nucléaire. Contrairement aux craintes des
[15:45] alliés, les Allemands étaient en réalité très loin d'avoir une
[15:48] bombe atomique fonctionnelle. Les bombardements sur les villes
[15:51] et les usines du Reich, de plus en plus soutenu, mettaient à mal
[15:53] l'effort de guerre et Hitler, qui ne croyait plus au projet,
[15:57] préférait mettre ses scientifiques sur ses projets
[16:00] d'armes secrètes, comme le missile V 2.
[16:04] En mai 1945, les Soviétiques prennent Berlin et l'Allemagne
[16:06] capitulent avant qu'une première bombe ne soit au point.
[16:10] Mais la guerre est loin d'être terminée.
[16:12] Dans le Pacifique, les Américains mènent toujours de
[16:15] 100 ans. Combat contre les Japonais.
[16:16] Les pertes pour les 2 camps sont effroyables et le début de
[16:21] l'utilisation de pilote kamikaze choque les Américains.
[16:28] Pourtant, depuis peu, le Japon est à portée de tout nouveau
[16:30] Bombardier américain B 29, super forteresse avec un rayon
[16:34] d'action de plusieurs milliers de kilomètres.
[16:35] Début 1945, le Japon commence donc à être touché par de
[16:39] violents bombardements, comme sur Tokyo dans la nuit du 9 au
[16:42] 10 mars, qui fait plus de 100000 victimes.
[16:44] Mais l'obsession suicidaire des chefs japonais à continuer le
[16:48] combat est toujours là. le Japon ne semble toujours pas prêt à se
[16:51] rendre et les Américains le savent.
[16:54] Un débarquement coûterait la vie de centaines de milliers
[16:57] d'hommes supplémentaires. Mais heureusement pour eux, les
[17:00] hommes du projet Manhattan estiment que l'arme atomique
[17:03] sera bientôt prête. Tout va s'accélérer.
[17:12] A l'été 1945, après 3 ans de travail acharné, le projet
[17:15] Manhattan touche au but. Plusieurs tests sont d'abord
[17:19] réalisés dans le désert du nouveau Mexique, dans un premier
[17:21] temps sans charge atomique. Le but c'est pas de tout faire
[17:25] péter maintenant, mais de tester le mécanisme de langage du B 29.
[17:28] Puis après on fait d'autres essais avec de l'uranium et du
[17:31] plutonium qui d'ailleurs laissent les militaires et
[17:34] scientifiques plutôt mitigés. Après ça, Groves et Oppenheimer
[17:37] planifient un premier vrai test grandeur nature.
[17:40] Ce premier essai atomique de l'histoire est prévu pour le 16
[17:44] juillet 1945. Nom de code ce test, Trinity, la
[17:47] bombe chargée de plutonium. Est suspendu à 100 pieds de haut
[17:54] au sommet d'un pylône d'acier. 8 groupes sont créés, chargés
[17:58] d'activer la mise à feu puis de mesurer l'onde de choc, les
[18:01] secours sismiques, les émissions radioactives ou encore gérer la
[18:05] capture vidéo du test. Mais Oppenheimer et Growth sont
[18:09] inquiets. Personne ne sait avec certitude
[18:11] ce qui peut se passer. Le général craint notamment
[18:15] d'être poursuivi en justice si les radiations du test
[18:17] atteignent les populations civiles.
[18:21] Le 16 juillet 1945 au petit matin, le jour que tous les
[18:24] membres du programme attendent est arrivé.
[18:26] Il est temps pour eux d'enfin tester leurs armes.
[18:28] Sur place, les observateurs, scientifiques et techniciens ont
[18:32] reçu l'ordre de se placer à au moins 10 km de l'explosion et de
[18:37] se retrancher dans des bunkers. Mais à quelques heures du test,
[18:40] certaines craintes persistent. Certains officiers scientifiques
[18:42] craignent que l'explosion devienne tout bonnement
[18:45] incontrôlable. Il y a même une rumeur qui
[18:48] circule. Qui dit que l'explosion pourrait
[18:51] Consumer toute l'atmosphère ? Mais peu importe, il est trop
[18:54] tard pour reculer maintenant. A 05h29, le gadget explose.
[19:12] C'est l'explosion la plus violente qui ait jamais engendré
[19:14] l'humanité. La région entière se met à
[19:17] trembler. Une immense colonne de fumées et
[19:19] de flammes s'élève sur 8 km de hauteur et 600 M de large.
[19:22] Au cœur de l'explosion, il fait plus de 10000000 de degrés
[19:26] Celsius. Le pylône d'acier sur lequel
[19:29] était accrochée la bombe est pulvérisé et laisse place à un
[19:32] cratère de 400 M d'envergure. Les scientifiques sont bouche
[19:35] bée. Les retombées radioactives de
[19:37] l'explosion dépassent toutes les prévisions et se dispersent dans
[19:40] une zone de près de 150 km. Les témoins de l'explosion
[19:46] seront marqués à tout jamais par ce qu'ils ont vu.
[19:48] Dans une interview donnée en 1962, Oppenheimer dira, nous
[19:50] savions que le monde ne serait plus jamais le même.
[19:54] En réaction, certains tentent même de faire machine arrière,
[19:57] contrairement à Oppenheimer qui maintient qu'utiliser l'arme
[20:00] atomique pour mettre fin à la guerre est nécessaire.
[20:03] Leo zilar et d'autres scientifiques du projet
[20:05] Manhattan signent une pétition pour demander au président
[20:08] Truman, qui a succédé à Roosevelt après sa mort quelques
[20:11] semaines plus tôt. De ne pas faire usage de la
[20:14] bombe contre le Japon, estimant que sa seule existence
[20:17] constituait déjà un avertissement suffisant.
[20:21] Mais vous connaissez la suite, ils n'ont pas été écoutés.
[20:24] Au même moment, en Allemagne se tient la conférence de Potsdam,
[20:27] près de Berlin, qui réunit les vainqueurs du nazisme, dont
[20:30] Staline et Truman qui en profitent pour informer le chef
[20:33] de l'u. RSS du succès de l'essai d'une
[20:35] toute nouvelle arme, sans préciser pour autant qu'il
[20:38] s'agit de la bombe atomique. Mais Staline ne semble pas
[20:42] vraiment surpris par cette annonce.
[20:44] En fait, il sait très bien de quelle arme il s'agit.
[20:47] Ces espions avaient infiltré le projet Manhattan.
[20:50] Staline savait tout depuis un moment.
[20:52] Au sein du projet Manhattan, le Target Committee doit déterminer
[20:57] quelle ville sera ciblée selon plusieurs critères, être une
[21:00] ville, avoir une véritable valeur stratégique et avoir été
[21:03] épargnée jusque là par les bombardements. 5 villes sont
[21:06] retenues, Yokohama, Kokura. Hiroshima, Nagasaki et Kyoto qui
[21:12] elle, est vite écartée car c'est la capitale culturelle du Japon.
[21:16] Pendant ce temps, un Postdam américain, soviétique,
[21:19] britannique et chinois lance un dernier ultimatum au Japon pour
[21:22] exiger sa reddition. Mais les alliés se heurtent à un
[21:25] refus. Alors, le 21 juillet 1945, pour
[21:29] mettre fin à la guerre le plus rapidement possible et pour
[21:31] impressionner son rival soviétique, le président
[21:33] américain Truman autorise les bombardements atomiques.
[21:38] Au matin du 6 août 1945, le Bombardier B 29, surnommé Enola
[21:42] Gay s'apprête à décoller depuis les îles Mariannes pour
[21:45] Hiroshima. Quelques temps avant, le pilote
[21:48] du Bombardier, Paul Tibette, avait rencontré Oppenheimer à
[21:50] Los Alamos, qui l'avait mis en garde, quand vous aurez largué
[21:54] votre bombe, l'onde de choc pourrait bien pulvériser votre
[21:57] appareil. Je suis désolé, mais je ne peux
[21:59] pas promettre que vous allez survivre.
[22:00] Mais peu importe, tous ces hommes connaissent les risques
[22:04] et veulent aller jusqu'au bout de leur mission.
[22:09] Et nolaget décolle à 02h45 du matin.
[22:14] Quelques heures plus tard, à 08h15, il largue Little boy qui
[22:18] explose à 580 M au-dessus du sol, pulvérisant entièrement la
[22:23] ville d'Hiroshima, sans réponse de Tokyo.
[22:27] Le 9 août, c'est fatman qui tombe sur Nagasaki.
[22:31] Dans les secondes qui suivent leur détonation, les 2
[22:34] explosions atomisent plus de 110000 personnes.
[22:40] Pour ceux qui survivent, leur sort est encore plus terrible.
[22:44] Après avoir échappé à la fureur de l'explosion, ce sont
[22:47] maintenant des poussières radioactives mortelles qui
[22:49] retombent sur la population, ce qui fait que les radiations et
[22:52] les brûlures continueront de tuer bien après l'explosion.
[22:56] D'après certaines estimations, les retombées de l'explosion
[22:59] tueront 2 fois plus que les explosions en elles-mêmes le
[23:04] Japon. Déjà durement touché par les
[23:07] nombreux raids aériens sur ces villes et surpris entre les 2
[23:10] attaques atomiques par une fulgurante offensive soviétique
[23:12] en mandjuri contraint l'empereur hirohito à annoncer la reddition
[23:16] de son pays le 15 août. C'est la fin de la 2nde Guerre
[23:20] mondiale. En faisant le choix d'utiliser
[23:23] l'arme atomique à 2 reprises contre la population japonaise,
[23:25] le président Truman vient de faire basculer le monde dans
[23:28] l'âge atomique. Rapidement, les grandes
[23:31] puissances entament à leur tour une course pour obtenir la
[23:33] bombe. Tandis que le monde fête la fin
[23:36] de la guerre, l'arme qui avait permis d'y mettre fin pourrait
[23:39] bien plonger la planète dans un 3e conflit mondial.
[23:48] Si Little boy et fatman ont en partie contribué à mettre fin à
[23:51] la 2nde Guerre mondiale, il devient rapidement évident pour
[23:54] tous les camps qu'ils ne mettront pas fin aux guerres.
[23:57] Après la 2nde Guerre mondiale, 2 super puissants s'imposent comme
[24:00] les grands vainqueurs, les États-Unis et l'Union
[24:03] soviétique. Au-delà de 2 pays, ce sont
[24:06] surtout 2 idéologies qui s'affrontent à la fin de l'année
[24:09] 1945. La tension n'est donc pas
[24:10] redescendue et il reste encore une question, que faire de la
[24:14] bombe atomique aux États Unis ? À la fin de la guerre, la
[24:18] population américaine découvre l'existence du projet Manhattan
[24:20] et ce projet les divise. Nombreux sont ceux sidérés
[24:24] d'apprendre qu'un tel secret leur aurait été dissimulé.
[24:30] Encore plus lorsqu'ils découvrent tout l'argent
[24:32] englouti par le programme. Mais au-delà du coup, si
[24:34] certains voient la bombe atomique comme une avancée
[24:36] scientifique majeure, d'autres ont peur qu'elle ne fasse
[24:39] qu'apporter la mort à plus grande échelle.
[24:41] C'est pourquoi les États-Unis décident rapidement d'encadrer
[24:44] l'usage du nucléaire sur son territoire.
[24:46] En 1946, le président Truman dissout le projet Manhattan, qui
[24:49] est remplacé par une commission à l'énergie atomique supervisée
[24:52] par le Congrès, qui doit encourager le développement du
[24:55] nucléaire dans tous les domaines.
[24:58] En cette commission, on retrouve Oppenheimer, qui souhaite que le
[25:01] nucléaire serve dans les domaines énergétiques,
[25:04] industriels et médicales. Mais la Commission souhaite
[25:07] aussi renforcer le nucléaire dans le domaine militaire, avec
[25:11] notamment le début des recherches qui conduiront à la
[25:13] bombe à hydrogène, plus connue sous le nom de bombes
[25:16] thermonucléaires, encore plus puissantes que la bombe
[25:18] atomique. Oppenheimer, encore traumatisé
[25:22] par les événements d'Hiroshima et Nagasaki, s'oppose à ses
[25:25] programmes militaires. Qu'il qualifie de potentiel
[25:28] instrument de génocide. Ses déclarations lui attirent la
[25:31] colère de certains physiciens favorables à la bombe
[25:34] thermonucléaire, mais aussi du nouveau président Asen hower et
[25:37] surtout du sénateur Joseph McCarthy qui mène alors une
[25:41] traque paranoïaque contre les communistes aux États-Unis.
[25:44] Et sans surprise, son passé de militant de gauche est déterré
[25:48] et le Congrès va même jusqu'à l'accuser de collaboration avec
[25:51] l'u. RSS.
[25:52] Il faut dire qu'au même moment, les Américains viennent
[25:55] d'apprendre une terrible nouvelle.
[25:56] Le 29 août 1949, les Soviétiques viennent de tester avec succès
[26:00] leur première bombe atomique. La guerre froide bascule dans
[26:03] une nouvelle phase, celle de l'équilibre de la terreur.
[26:06] Forcément, on accuse Oppenheimer d'avoir aidé les Soviets.
[26:09] Sauf qu'évidemment, il n'a rien à voir là-dedans.
[26:13] Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu d'espionnage.
[26:16] Des personnes travaillant pour le projet Manhattan avaient bel
[26:19] et bien été recrutées par les services soviétiques, comme par
[26:22] exemple Theodor Hole, David Gringlass ou encore Klaus Fuchs
[26:26] qui a carrément transmis les plans du gadget à Moscou.
[26:29] Mais il n'y a pas d'openheimer dans la liste, alors même si
[26:33] Oppenheimer est donc innocent dans cette histoire, son
[26:36] insubordination va lui coûter son poste.
[26:39] En 1953, il est renvoyé de la commission à l'énergie atomique.
[26:44] Et on lui retire ses accès à tous les sites de recherches
[26:46] confidentiels. C'est le début d'une véritable
[26:49] descente aux enfers pour Oppenheimer, qui va durer
[26:51] plusieurs années. Alors, il se retire de la vie
[26:54] publique pour continuer ses travaux à l'université de
[26:56] Princeton, aux côtés notamment d'Albert Einstein.
[26:59] Il lui faudra attendre presque 10 ans pour être réhabilité par
[27:03] le président Kennedy. En 1962.
[27:04] Il continuera ses travaux qui lui vaudront le prix Fermi en
[27:07] 1963. Une récompense qui porte le nom
[27:08] de l'un de ces acolytes de Los Alamos.
[27:13] C'est un des prix les plus prestigieux pour un scientifique
[27:15] américain, même si au final, il n'aura jamais eu le prix Nobel.
[27:19] Au fil du temps, oppenheimer devient favorable à un contrôle
[27:22] plus strict des armes nucléaires.
[27:24] Et même s'il ne l'a jamais avoué publiquement, certaines de ses
[27:27] interventions à la fin de sa vie laissent clairement penser qu'il
[27:30] a regretté son invention, comme dans cette interview française
[27:33] de 1962 où il se montre pessimiste.
[27:37] Beaucoup de gens pensent que, en trouvant le moyen de désintégrer
[27:40] la matière. L'homme a découvert un secret
[27:42] qui le dépasse et qu'il est en train de creuser son propre
[27:46] tombeau. Qu'en pensez-vous vous ?
[27:49] C'est bien possible, je ne suis pas optimiste, mais je maintiens
[27:55] un espoir. Grand fumeur, le physicien meurt
[28:01] en 1967 à 62 ans, terrassé par un cancer de la gorge.
[28:08] Aujourd'hui, le débat existe toujours entre historiens pour
[28:11] savoir si oui ou non les bombes atomiques ont été décisives dans
[28:14] la fin de la guerre. En revanche, il y a une chose
[28:17] dont on est sûr, les travaux de Los Alamos ont eu un impact
[28:20] immense après la guerre. On voit fleurir tout un tas
[28:23] d'innovations que l'on connaît aujourd'hui, que ce soit pour le
[28:25] nucléaire civil ou militaire, avec le début d'une course entre
[28:29] Américains et Soviétiques pour développer des bombes de plus en
[28:32] plus puissantes, poussant même certains membres du projet
[28:35] Manhattan, dont Oppenheimer, à regretter leur invention.
[28:38] Qui, malgré eux, a changé à jamais l'équilibre du monde.

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