# Episode 21 “Des Voix et des droits”, le podcast de la LDH, avec Nathalie Tehio, présidente de la LDH

An episode of [Des voix et des droits, le podcast de la LDH](https://invisiblenetwork.ai/podcast/1717604225), 3 Jul 2024, 10 min.

Audio: https://dts.podtrac.com/redirect.mp3/www.vodio.fr/emissions/_rjounin59E8/ldh-nathalietehio3juillet2024.mp3

A 4 jours du second tour des élections législatives qui risquent de porter le RN au pouvoir, Nathalie Téhio détaille les principaux risques encourus et la nécessité de tout faire pour empêcher la destruction de nos acquis constitutionnels.

## Transcript

Nathalie Tailloux, bonjour. Vous êtes depuis peu la présidente de la Ligue des Droits de l'Homme.
On est le 3 juillet 2024. On est à quatre jours de ce qui pourrait être un séisme dans l'histoire de France, en quelque sorte.
Qu'est-ce qu'on fait là, à l'heure actuelle ? Et quelles sont, j'ai envie de dire, les priorités ?
Les priorités, c'est qu'il faut se mobiliser, parce que de toute façon, rien n'est joué encore.
Il y a des endroits où il y a des triangulaires. Et on sait que s'il y a des triangulaires, le risque est grand qu'il y ait effectivement un élu RN.
Donc je parle de triangulaire, évidemment, où il y a un élu RN, parce que sinon, la question ne se pose pas.
Mais dans ce cas-là, il faut absolument se mobiliser pour aller chercher les abstentionnistes et leur dire que là, il faut vraiment qu'ils votent,
qu'ils aillent voter. Et ensuite, pour essayer de faire en sorte que le candidat contre le RN, quel qu'il soit, et parfois, ça ne fait franchement pas plaisir,
mais il faut absolument que ce soit lui qui passe, parce que demain, sinon, c'est un parti qui non seulement est xénophobe, ça, on le sait,
mais le problème, c'est qu'il veut s'attaquer à l'État de droit, c'est-à-dire qu'il veut faire en sorte qu'on ne puisse plus se faire…
puisqu'il veut supprimer le Conseil constitutionnel, qu'on ne puisse plus faire vérifier si la loi est conforme ou non aux droits et aux libertés
qui sont garantis par la Constitution. Il veut aussi que la France dénonce la Convention européenne des droits de l'homme.
Ça signifie que là encore, les juges ne pourront plus s'appuyer sur un texte dans lequel il y a énormément de droits et de libertés qui sont garantis.
Et les juges appliquent déjà aujourd'hui ces textes pour ne pas appliquer la loi, en fait. C'est juste ça.
Ils mettent de côté la loi pour appliquer directement le droit ou la liberté qui est garantie par la Convention.
Par exemple, le droit à la vie privée et familiale. Par exemple aussi, la question de l'interdiction des traitements inhumains.
Et ça va être ça qui va faire que, par exemple, on va dire qu'il faut qu'il y ait alimentation pendant la guerre de la vie,
alors même que ce n'est pas prévu par un texte. Mais si pendant 24 heures on n'est pas alimenté, c'est un traitement inhumain.
Et ça, c'est dans la Convention. Donc si la France dénonce cette Convention, les juges ne peuvent plus l'appliquer et c'est en cascade.
Tous les droits et garanties pourraient être atteints en faisant passer en force des... Enfin, en force même pas, s'ils ont la majorité absolue,
en faisant passer des lois qui seraient non seulement liberticides, mais qui portent atteinte gravement à des droits.
Ça pourrait être même des lois racistes. Il faut en être conscient.
C'est ça. En fait, on peut se dire que lundi prochain, on va peut-être être obligé de passer au burin ce qui est écrit sur le fronton des mairies.
Alors ça ne va pas se faire du jour au lendemain. Et peut-être même qu'ils vont attendre la présidentielle parce qu'ils visent quand même aussi 2027.
Ça ne va pas se faire du jour au lendemain. Mais c'est quand même ça le but. Et on ne peut pas laisser un parti gouverner alors qu'on sait en plus que
l'extrême droite, quand elle arrive au pouvoir, elle veut toujours y rester par tous les moyens. On le voit avec Trump, on le voit avec Bolsonaro.
Donc la question, elle est là aussi. Est-ce qu'on veut laisser la majorité qui va... Si elle a un gouvernement, ça signifie que le ministre de l'Intérieur va être d'extrême droite,
le ministre de la Justice va être d'extrême droite alors qu'il donne des ordres au parquet. Ça va être aussi le ministre de la Défense alors qu'il y a quand même
des accointances avec Poutine. Il y a des choses comme ça qui sont dangereuses. Et il faut absolument, là, se mobiliser actuellement pour éviter ça.
Parce que c'est encore possible. Parce qu'on voit que dans le cas où il y ait un report de voix possible sur celui qui est en deuxième position,
il suffit de 50% à peu près de report de voix. Ce qui n'est pas énorme. C'est possible. On peut l'atteindre. Donc voilà. Pour l'instant, il faut vraiment se mobiliser.
Et sinon, je le répète, ce sont les droits et libertés qui peuvent à terme être atteints. Je pense même aux droits de grève. C'est inscrit dans la Constitution.
Donc s'il n'y a plus le Conseil constitutionnel, comment on va faire ? Voilà. – Et vous disiez tout à l'heure que peu importe que ça ne fasse pas plaisir.
– Dans mon arrondissement, j'ai beaucoup de chance. C'est un écologiste qui est passé, c'est-à-dire le Nouveau Front Populaire, qui est passé au premier tour.
Donc je n'ai même pas allé voter. Et j'ai beaucoup de chance. Mais il faut évidemment aller se mobiliser là où, même dans son arrondissement
ou dans sa ville, on n'a pas de problème. Il faut aller se mobiliser à côté, là où il y a des soucis. Mais moi, je pense par exemple à ceux de Tourcoing,
où c'est M. Darmanin qui est arrivé en deuxième position. Et vu tout ce qui s'est passé, les lois qui sont passées, ça fait mal. Et pourtant, il faut le faire.
Et pourtant, il faut le faire parce qu'encore une fois, le parti qui arriverait, la bascule, c'est par rapport à l'état de droit.
C'est-à-dire le fait qu'il y ait des droits et des libertés garantis. Après, ils peuvent y toucher. Ils peuvent faire des restrictions.
On sait bien avec M. Darmanin au pouvoir, c'est ça, c'est restriction de liberté. On se bat. Mais regardez sur la loi immigration.
Le Conseil constitutionnel a censuré vraiment beaucoup de dispositions. Donc on peut se battre quand il y a des outils. Le problème, c'est quand il n'y a plus ces outils.
Donc là, il faut faire attention à ces partis. – Je crois que c'est l'ancien ministre Roland Lescure qui disait clairement qu'en se désistant,
donc c'est un ministre macroniste, en se désistant, il n'a pas pris sa carte à LFI. Mais de toute façon, et de même que ceux d'en face qui se désistent,
enfin ceux de gauche qui se désistent dans l'autre sens, n'ont pas non plus adhéré à leur programme.
– Mais de toute façon, dans tous les cas, si c'est des politiques qui ne sont pas conformes aux droits et libertés, la Ligue va toujours se battre.
C'est une évidence. Donc de toute façon, on va se battre. Mais il faut au moins qu'on ait des outils. Il faut nous laisser les outils.
Il faut laisser les outils au juge. Donc c'est ça, l'enjeu, en fait. – Et tous les secteurs sont touchés.
Parce que là, on parle de la justice, mais on pourrait parler de la culture, on pourrait parler de...
– Oui, mais quel que soit le secteur touché, si on veut se battre, il faut se reposer sur ce qui est garanti dans des textes qui ont valeur supérieure à la loi.
C'est-à-dire la Constitution ou les conventions, d'ailleurs. Parce qu'il n'y a pas que la Convention européenne des droits de l'homme.
J'imagine que s'ils veulent supprimer la Convention européenne des droits de l'homme, demain, ça va être d'autres conventions.
Donc voilà, il y a la question de... La culture, elle est aussi garantie par des textes.
Donc si on supprime la possibilité de se référer à ces textes pour empêcher qu'il y ait des lois ou des décrets, pour empêcher qu'il y ait un certain nombre de choses qui adviennent,
dans ce cas-là, le juge n'a plus d'outil, ne pourra plus se fonder sur ces textes pour freiner et dire non, cette loi n'est pas conforme à un texte supérieur.
Donc soit je ne l'applique pas, c'est le cas quand il y a une convention, soit je la censure parce qu'il n'y a que le Conseil constitutionnel qui puisse le faire.
Donc voilà, l'enjeu il est là, il est sur ça. Après, bien sûr que les nominations, s'il n'y a pas de conflit d'intérêt, même si c'est une personnalité qui est vraiment tout à fait négative
et qui peut aller à l'encontre de la culture par exemple, on ne pourra rien faire parce que là, ce n'est pas un enjeu de texte.
Mais au moins qu'on ne fasse pas passer des textes qui aboutissent à ce qu'il y ait de la préférence en réalité ethnique ou bien qu'il y ait une régression au regard des droits des femmes
parce qu'il faut quand même se dire que c'est ça aussi l'enjeu, et également vis-à-vis des LGBTI.
Après on peut décliner sur tous ceux qui risquent d'être touchés, mais de toute façon l'enjeu principal il est là, c'est qu'on garde des outils pour pouvoir faire en sorte que les lois ne puissent pas passer
même si le Conseil, on le critique, il ne contrôle pas assez, d'accord, mais il a au moins le mérite d'exister.
Et on l'a vu par exemple sur la loi immigration, sur la question aussi des prestations sociales, il y avait une idée de référendum pour reculer la possibilité d'avoir des prestations sociales
concernant des étrangers en situation régulière, c'est-à-dire qui sont sur les territoires tout à fait régulièrement en France.
Eh bien ça, le Conseil a dit non, c'est contraire au principe de solidarité qui est inscrit dans la Constitution.
Donc c'est extrêmement important en fait de continuer à avoir ces possibilités-là.
Donc en conclusion, c'est ce que vous disiez tout à l'heure, il faut absolument se bouger, aller faire comprendre ça,
c'est-à-dire qu'en gros il y a une digue qui protège tout le reste.
Et là, quand bien même on s'est battu, on le sait, on s'est battu contre la loi immigration, on s'est battu contre la loi sécurité globale,
contre la loi de 2019 sur les manifestants.
Bon, on a parfois gagné par exemple, au moins une partie, on le voit, par exemple sur la loi de 2019,
on a gagné le fait que le préfet ne puisse pas interdire individuellement, juste avant une manifestation telle ou telle, de manifester.
Donc il y a des choses sur lesquelles on peut effectivement s'appuyer devant le Conseil constitutionnel.
Mais là, il faut qu'on peut, ce sont des restrictions de liberté qui sont menées par la Macronie, on le sait.
Mais ce sont des restrictions, des reculs, mais ce n'est pas le socle même de l'État de droit.
Alors que c'est en cela que le RN ou même l'extrême droite, ce ne sont pas des partis comme les autres.
C'est qu'ils veulent attaquer la démocratie même, le cœur de la démocratie.
Et on sera vigilants après, mais ça c'est un second temps.
On en reparlera. Merci Nathalie Thériault.
Merci.

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